Prieres et spiritualite

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Catéchisme
SOMMAIRE

PETIT CATÉCHISME POUR ENFANTS

+ Dieu et la sainte
    Trinité
+ L'Incarnation
+ La Rédemption
+ L'homme
+ L'Église
+ Les vertus
    Théologales
+ Le Décalogue
+ Le péché
+ Les sacrements
+ La confession
+ La communion
+ La prière

CATÉCHISME POUR ADULTES

+ Le chrétien
+ Dieu
+ Les perfections
    de Dieu
+ La sainte Trinité
+ La création
+ Les Anges
+ L'homme
+ Chute de l'homme
+ Le péché originel
+ L'Incarnation
+ La vie de Jésus
+ La mort de Jésus
+ La Rédemption
+ Ensevelissement
+ Le Saint Esprit
+ L'Église
+ Les caractères
    de la vraie Église
+ Hors de l'Église
    point de salut
+ L'enseignement
    de l'Église
+ La communion
    des Saints
+ La mort
+ Vie surnaturelle
+ Résurrection et Jugement général
+ Symbole des
    Apôtres
+ Signe de la Croix

La morale et les péchés :

+ Les vertus
    Théologales
    + La Foi
    + L'Espérance
    + La Charité
+ Le Décalogue

Commandements
de Dieu :


+ Le premier
    commandement
+ Culte des Saints
+ Le second
    commandement
+ Le troisième
    commandement
+ Le quatrième
    commandement
+ Le cinquième
    commandement
+ Le sixième
    commandement
+ Le septième
    commandement
+ Le huitième
    commandement
+ Le 9 et 10 ème
    commandement

Commandements
de l'Église :


+ Etude préliminaire
+ Trois premiers
    commandements
+ Le quatrième
    commandement
+ Le 5 et 6 ème
    commandements
+ Le Péché
+ Péchés capitaux
    + L'orgueil
    + L'avarice
    + La luxure
    + L'envie
    + La gourmandise
    + La colère
    + La paresse

La Grâce,
les Sacrements,
la prière


+ La Grâce
+ Les Sacrements
+ Le Baptême
+ Les promesses
    du Baptême
+ La Confirmation
+ Cérémonie de
    Confirmation
+ L'Eucharistie
+ La communion
+ La Messe
+ La Pénitence
+ Examen de
    Conscience
+ La Contrition
+ Le bon Propos
+ La Confession
+ L'Absolution
+ La Satisfaction
+ Les Indulgences
+ Extrême Onction
+ L'Ordre
+ Le Mariage
+ La prière
+ L'oraison
    dominicale

+ La Salutation
    Angélique

+ L'exercice du
    chrétien



+ Faire un don

ENSEIGNEMENT

CATÉCHISME POUR LES ADULTES

.

CINQUANTE QUATRIÈME LEÇON


LA GRÂCE

PARAGRAPHE I

OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES

Le mot grâce signifie, en général, un don, une faveur, un bienfait de pure libéralité, et qui n'est dû à aucun titre ;  autrement, dit saint Paul, ce ne serait plus une grâce » (Actes Rom. X). Or, Dieu fait des dons à l'homme, il lui accorde des faveurs, répand sur lui des bienfaits, et dans l'ordre naturel et dans l'ordre surnaturel. D'où il suit qu'il y a deux sortes de grâces : des grâces naturelles et des grâces surnaturelles.

1°) Les grâces naturelles :

Les grâces naturelles sont celles que Dieu accorde à l'homme sans l'élever au-dessus de la condition de sa nature, ce qui se rapportent par elles-mêmes et directement à la vie présente : comme la santé, l'usage de la raison, le libre arbitre, la faculté de voir, d'entendre, de sentir, de penser, de juger. Toutes ces choses sont sans doute autant de bienfaits, autant de grâces de Dieu, puisque Dieu ne les doit à personne ; mais ce sont des grâces purement naturelles, parce qu'elles ont pour objet direct la vie présente, qu'elles sont une suite de la nature de l'homme et de sa création, et qu'elles ne relèvent point, par conséquent, au-dessus de lui-même, au-dessus de ce qu'il doit être, en tant que créature libre et intelligente composée d'un corps et d'une âme.

On doit aussi regarder comme des grâces purement naturelles certaines qualités plus ou moins remarquables, certaines perfections plus ou moins extraordinaires que Dieu accorde à telles et telles personnes : comme la beauté, l'esprit, une bonne mémoire, une imagination vive et brillante, un jugement exquis, une conception aisée et facile, un cœur noble, une âme grande et généreuse ... ; parce que ces qualités, ces perfections, quoiqu'elles élèvent celui qui les possède au-dessus du commun des hommes, ne sont cependant pas au-dessus de la condition de la nature humaine, telle qu'il a plu à Dieu de la constituer.
Ainsi, les personnes qui apprennent en cinq minutes ce qui demande à d'autres une journée entière de travail et d'étude ; celles qui ont plus d'intelligence que d'autres ; que tel individu soit parvenu jusqu'à l'âge de cent ans ou dispose d'une fortune, qu'il se trouve placé au faîte des honneurs et de la gloire, etc., ce sont là, bien certainement, des grâces, des dons, des bienfaits de Dieu ; mais il n'y a en tout cela rien de surnaturel, rien qui élève l'homme au-dessus de sa nature. Ce sont, par conséquent, des grâces purement naturelles, des grâces qui se rapportent directement et par elles-mêmes à la vie présente ; bien qu'on puisse, avec la grâce surnaturelle, en faire autant d'instruments de sanctification et de salut.
Ajoutons que ces grâces naturelles deviennent souvent, par l'abus qu'on en fait, une source féconde de péchés ; aussi Dieu semble en faire si peu de cas, qu'il les accorde indistinctement et comme sans choix aussi bien à ses ennemis qu'à ses amis ; et souvent même, d'après les desseins de la Providence, plus abondamment aux pécheurs qu'aux justes.

2°) Les grâces surnaturelles :

Les grâces surnaturelles sont celles que Dieu donne à l'homme pour l'élever au-dessus de sa nature, et qui se rapportent par elles-mêmes et directement au salut. Telles furent celles qu'il donna à Adam et à Eve. Il aurait pu les créer dans l'état de nature pure, c'est-à-dire dans un état où ils auraient été sans grâce surnaturelle et en même temps sans péché, avec toutes les perfections attachées à la nature humaine, comme l'entendement, la mémoire, la volonté, le libre arbitre ..., et aussi avec toutes les imperfections propres à cette même nature, comme un certain mouvement vers le bien sensible, la faim, la soif, les maladies, la mort ... Un tel état était possible, parce que ces misères ayant leur racine dans l'essence même de l'homme (1), et étant une conséquence nécessaire de l'union de l'âme avec le corps, et de l'impression que produisent naturellement sur les sens les objets extérieurs, Dieu n'était nullement tenu d'en préserver nos premiers parents. Aussi l'Église a-t-elle condamné cette proposition de Baïus :  Dieu n'aurait pu dès le commencement créer l'homme tel qu'il naît maintenant (2) » Toutefois, l'état de nature pure n'a jamais existé :  Dieu, nous disent les livres saints, a créé l'homme immortel ; il l'a rempli de la lumière de l'intelligence ; il a créé en lui la science de l'esprit ; il a rempli son cœur de sens, et lui a fait voir les biens et les maux. » Or, ces grâces furent vraiment surnaturelles, puisqu'elles élevèrent Adam et Eve au-dessus de leur nature ; car il est au-dessus de la nature de l'homme d'être immortel, exempt de maladie, rempli de lumière et maître absolu de tous les mouvements de son âme et de son corps. C'est pour cela que l'Église a condamné la proposition suivante :  L'immortalité du premier homme n'était pas un bénéfice de la grâce, mais sa condition naturelle (3) ».

3°) La grâce sanctifiante :

A cette première espèce de grâces surnaturelles, Dieu en ajouta d'autres d'une espèce encore plus sublime : il donna à l'homme la grâce sanctifiante, il orna son âme de la sainteté et de la justice, et lui promit le ciel, s'il s'en rendait digne en persévérant dans cet état de sainteté, et lui accorda en même temps tous les secours dont il avait besoin pour persévérer. Ces secondes grâces sont encore évidemment surnaturelles, puisque rien n'est plus au-dessus de la nature de l'homme que de devenir l'ami de Dieu par la grâce sanctifiante, et de pouvoir aspirer à la possession éternelle de Dieu dans le ciel. C'est cet heureux état de l'homme, dont nous venons de parler, qu'on appelle l'état d'innocence ou de nature élevée. On lui donne ce dernier nom parce que, comme nous venons de le dire, Dieu aurait pu ne pas lui accorder non-seulement l'immortalité, mais encore la sainteté et la justice. Aussi l'Église a-t-elle condamné les deux propositions suivantes :  C'est une opinion fausse de croire que le premier homme eût pu être créé de Dieu sans la justice originelle (4) » et  La grâce d'Adam est une suite de la création, et était due à la nature saine et entière (5). » Par le péché d'Adam, la nature humaine a été dégradée, rabaissée en quelque sorte au-dessous d'elle-même ; car non-seulement l'homme fut dépouillé de la grâce sanctifiante, de la sainteté et de la justice qu'il avait reçues de son Créateur, exclu du ciel et privé des secours nécessaires pour y parvenir, mais il devint sujet à l'ignorance, aux révoltes de la concupiscence, aux maladies et à la mort. C'est ce qu'on appelle l'état de la nature tombée ; c'est celui dans lequel naissent tous les hommes, depuis la chute d'Adam.

L'homme n'aurait jamais pu, abandonné à ses propres forces, sortir de ce malheureux état, ni fléchir la colère d'un Dieu justement irrité. Mais Dieu eut pitié de l'homme et voulut le tirer de l'abîme de perdition où il était tombé. A cet effet, il résolut d'envoyer son Fils sur la terre pour être notre médiateur et satisfaire pour nous ; et, par là, l'homme tombé entra dans l'état qu'on appelle l'état de la nature réparée ; parce que Dieu, en vue des mérites infinis que le Verbe fait chair devait acquérir par ses souffrances, ses humiliations et l'effusion de tout son sang, consentit à pardonner à l'homme et à le recevoir en grâce.

Par la médiation de Jésus-Christ, l'homme n'a point recouvré la première espèce de grâces surnaturelles que Dieu avait données à Adam ; il est resté sujet aux souffrances, aux maladies, à la mort, à l'ignorance et aux révoltes des passions. Mais il a recouvré les grâces surnaturelles de la seconde espèce : il a été rétabli dans le droit d'aspirer au ciel, s'il s'en rend digne par ses bonnes œuvres ; et, par une conséquence nécessaire, Dieu lui donne tous les secours dont il a besoin pour y parvenir.

Dans cette leçon, qui continuera à nous occuper le mois prochain et qui est une des plus importantes du catéchisme, il ne s'agit ni des grâces naturelles, ni de la première espèce de grâces surnaturelles que le premier homme reçut de son créateur ; mais uniquement des grâces surnaturelles que la rédemption, opérée par Jésus-Christ, nous a fait recouvrer, des moyens de sanctification et de salut que ce divin Sauveur nous a mérités, procurés, en souffrant et en mourant pour nous sur la croix.

 

PARAGRAPHE II

DE LA GRACE EN GÉNÉRAL, DES GRACES EXTÉRIEURES
ET DES GRACES INTÉRIEURES

DEMANDE : Pouvons-nous de nous-mêmes éviter le péché et pratiquer les vertus chrétiennes ?
RÉPONSE : Non, nous ne le pouvons qu'avec le secours de la grâce.

Pour parvenir au ciel, il faut fuir le mal et faire le bien, garder les commandements de Dieu et de l'Église, et pratiquer les vertus chrétiennes. Mais nous ne sommes que misères, faiblesse et corruption ; abandonnés à nous-mêmes, il nous est impossible d'exécuter les conditions de l'accomplissement desquelles dépend notre bonheur éternel ; nous avons besoin d'être aidés, secourus ; et cette aide, ce secours qui nous est indispensable, s'appelle la grâce de Dieu ; c'est Jésus-Christ qui l'a dit :  Sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jean XV, 5). La grâce nous est absolument nécessaire pour faire le bien : c'est encore une décision du saint Concile de Trente, fondée sur les mêmes paroles de notre divin Maître. Voici comme s'exprime un canon de ce Concile œcuménique :  Si quelqu'un dit que, sans l'inspiration prévenante du Saint-Esprit et sans son aide, l'homme peut croire, espérer, aimer ou se repentir comme il faut, pour que la grâce de la justification lui soit accordée, qu'il soit anathème. » (session 6, canon 3). Il est donc de foi que nous ne pouvons garder les commandements de Dieu sans la grâce. Sans elle nous ne pouvons rien faire pour notre salut ; mais, avec elle, si nous avons soin d'y coopérer, tout nous est possible. Avec elle, il n'est point de devoir que nous ne puissions remplir, point de péché que nous ne puissions éviter, point de vertu que nous ne puissions pratiquer, point de passion dont nous ne puissions triompher, point de victoire que nous ne puissions remporter sur les ennemis de notre sanctification et de notre bonheur.

D : D. Qu'est-ce que la grâce ?
R : R. C'est un don surnaturel que Dieu nous fait par sa pure bonté, en vue des mérites de Jésus-Christ, pour faire le bien, éviter le mal, et opérer notre salut.

La grâce est :
1°) un don, c'est-dire un secours, une faveur, un bienfait, un appui qui nous aide, comme quand une mère prête la main à son enfant pour l'aider à marcher. Nous marchons comme de faibles enfants dans les voies de Dieu ; nous chancelons, nous avons besoin de soutien ; nous tomberions si le bon Dieu ne nous tendait la main pour soutenir nos faibles démarches.
2°) Ce don est surnaturel : il nous élève ou tend à nous élever au-dessus de la condition de notre nature ; il nous vient d'en haut, il nous est donné pour les choses du salut ; c'est ce qui distingue la grâce proprement dite des secours purement naturels que Dieu nous donne aussi, comme la santé, la force du corps, la solidité du jugement, la vivacité de l'esprit, et les autres avantages semblables ; ces dons même naturels sont aussi des grâces de Dieu ; mais la véritable grâce c'est cette grâce surnaturelle qui nous est donnée pour marcher dans la voie des commandements de Dieu et parvenir au terme d'une vie spirituelle, qui est le Ciel.
3°) C'est Dieu qui nous fait ce don : il n'y a que Dieu qui puisse nous accorder la grâce ; les anges et les saints, la Reine des anges et des saints Elle-même, l'auguste Vierge Marie, ne peuvent que la demander pour nous et l'obtenir par leur puissante médiation.
4°) Dieu nous fait ce don par sa pure bonté : nous n'y avons absolument aucun droit ; il pourrait nous le refuser sans blesser en rien sa justice, et nous ne le devons qu'à sa suprême miséricorde.
5°) C'est par Jésus-Christ que Dieu nous accorde ce secours spirituel, parce que nous sommes incapables de le mériter et de l'obtenir par nous-mêmes ; c'est donc en vue et par les mérites de Jésus-Christ que nous devons le demander, comme fait l'Eglise dans toutes ses prières : les grâces que recevait Adam dans l'état d'innocence et avant son péché étaient un pur effet de la libéralité du Seigneur ; les mérites de Jésus-Christ n'y avaient aucune part. Celles que nous recevons dans l'état présent de la nature réparée sont le prix du Sang de Jésus-Christ ; Dieu nous les accorde en considération de ce que ce divin Sauveur a souffert pour nous ; et en nous appliquant les mérites de cette ineffable Rédemption que l'Homme-Dieu a opérée sur le Calvaire.
6°) Dieu nous fait ce don pour nous faire opérer notre salut, c'est-à-dire afin qu'avec le concours de la grâce qu'Il veut bien nous accorder, nous fassions des œuvres méritoires et parvenions, après cette vie, au salut éternel. Tel est le but qu'Il se propose, et vers lequel nous devons tendre de tous nos efforts. Voilà ce que c'est que la grâce, ce bienfait que vous sollicitez dans vos prières lorsque vous dites : mon Dieu, faites-moi telle grâce.

D : Pourquoi ce secours est-il appelé  grâce » ?
R : Parce que Dieu nous l'accorde gratuitement, ou sans mérite de notre part.

Gratuitement, c'est-à-dire qui n'est pas dû. Dieu ne nous doit rien, il est le Maître de nous accorder, ou non, ce qu'Il veut bien nous donner ; nous ne le méritons pas et nous ne pouvons le mériter par nous-mêmes ; si ces secours pouvaient se mériter par nos œuvres, ce ne serait plus une grâce (Rom. XI, 6).
Tout le mérite de l'homme pécheur consiste dans le bon usage qu'il fait de la grâce. Ce bon usage qui vient de la grâce peut attirer d'autres grâces, et ainsi de grâce en grâce l'homme parvient à la vie éternelle par Jésus-Christ.

D : En quoi consiste ce secours ?
R : En ce que Dieu éclaire notre esprit par sa divine lumière, et touche notre cœur par les bons mouvements qu'il y forme.

Dieu éclaire notre esprit ; c'est-à-dire qu'il nous fait connaître ce que nous devons faire ; il nous touche le cœur, c'est-à-dire qu'il nous donne de la bonne volonté, du penchant, du goût, un attrait, du courage pour faire accomplir ce qu'il nous montre. Revenons à la comparaison de cette bonne mère qui conduit son enfant : si le chemin est sombre, elle prend une torche électrique pour éclairer ses pas, voilà la lumière ; elle le soutient, le conduit par la main, voilà le mouvement ; c'est ainsi que Dieu éclaire notre esprit, dirige et soutient notre cœur pour faire le bien et éviter le mal.

D : D. D'où vient notre coopération à la grâce ?
R : Elle vient de la grâce même qui coopère en nous et avec nous.

 Ce n'est pas moi, dit Saint Paul, mais c'est la grâce qui opère avec moi ». Revenons à notre comparaison. Lorsqu'une maman apprend à écrire à son petit enfant, elle lui prend sa main ; c'est cette main qui guide la sienne dans son écriture, qui lui imprime la force, l'adresse, la tournure qui forme la lettre ; elle agit avec cette main, et c'est par elle que l'enfant opère ; de même c'est Dieu qui, par sa grâce, nous inspire et nous guide pour faire une bonne action ; c'est par une force aimable et sans contrainte que nous agissons avec cette grâce bienfaisante.

D : N'y a-t-il pas plusieurs sortes de grâces ?
R : Oui, il y a des grâces extérieures, que Dieu nous donne, pour ainsi dire, hors de nous, et des grâces intérieures, que Dieu nous donne au dedans de nous-mêmes, par rapport à notre salut.

Dieu, pour nous aider à parvenir au ciel que Jésus-Christ a acheté pour nous au prix de Son Sang, agit hors de nous et au dedans de nous. De là des grâces extérieures et des grâces intérieures.
Les grâces extérieures sont des secours que Dieu nous accorde, hors de nous, pour nous porter à faire le bien et nous conduire au salut éternel. Tels sont : les bons exemples, les avis charitables, l'éducation chrétienne, la prédication évangélique, les lectures pieuses, etc.
Les grâces intérieures sont celles que Dieu nous donne, au dedans de nous-mêmes, relativement à notre salut. Elles consistent :
l°) en de bonnes pensées, en de saintes inspirations, par lesquelles Dieu éclaire notre esprit : c'est ce qu'on appelle grâces d'intelligence ;
2°) en de salutaires affections, en de pieux sentiments qui touchent nos cœurs : c'est ce qu'on appelle grâces de volonté. Ainsi, ces vives lumières qui tout à coup vous illuminent et vous font apercevoir l'abîme où vous ne manqueriez pas de tomber, si vous succombiez à telle tentation, si vous commettiez tel péché mortel ; cette force que vous sentez en vous mêmes pour vous éloigner de telle occasion dangereuse ; cette tristesse que vous éprouvez au souvenir des fautes que vous avez commises, et ces remords de la conscience qui vous déchirent ; cette foi, infuse dans vos âmes, qui vous amène dans le lieu saint, vous montre Jésus-Christ réellement présent sur nos autels, et vous porte à vous tenir devant Lui avec recueillement et adoration ; cette espérance du ciel qui vous soutient dans l'accomplissement de vos devoirs ; cet ardent désir de posséder un jour les biens éternels, qui vous excite à la pratique des vertus chrétiennes ; ces sentiments d'amour qui vous portent à préférer Dieu à tout, à lui sacrifier, à lui immoler tout : ce sont là autant de grâces intérieures que Dieu vous accorde pour vous porter au bien et vous éloigner du mal.
Parmi les grâces que Dieu donne intérieurement, il en est qui se l'apportent directement à l'utilité et à la sanctification de celui qui les reçoit : telles sont celles dont nous venons de parler. On les appelle grâces qui rendent agréable, parce que tout don qui peut rendre l'homme meilleur tend aussi à le rendre plus agréable à Dieu. Il en est aussi qui sont accordées principalement pour l'utilité et le salut du prochain, comme le don des langues, l'esprit prophétique, le pouvoir de faire des miracles. Quoique de pareils dons ne soient presque jamais faits qu'à des saints, ils n'augmentent cependant pas la sainteté de celui qui les reçoit ; ils ne sont pas même des moyens directs de devenir saint ; mais ils rendent celui qui en est doué plus capable de travailler utilement à la sanctification de ses frères. Ces sortes de faveurs sont appelées par les théologiens, grâces données gratuitement.
Les grâces extérieures ne suffisent pas pour conduire l'homme au salut. D'après l'enseignement de la foi, pour que l'homme puisse faire le bien et mériter le ciel, il faut que Dieu touche intérieurement son cœur, qu'il éclaire son esprit, et vivifie sa volonté. Saint Paul compare la prédication de l'Évangile et les autres grâces extérieures aux travaux des laboureurs, et la grâce intérieure à l'accroissement que Dieu donne aux semences.  J'ai planté, dit-il, Apollo (6) a arrosé, mais c'est Dieu qui a donné l'accroissement, qui a fait fructifier notre travail ; ainsi, celui qui plante n'est rien, celui qui arrose n'est rien, mais c'est Dieu qui donne l'accroissement (7), et qui opère en nous la volonté et l'exécution, selon qu'il lui plait » (I Cor. III, 6). Le travail du laboureur ne produit rien, si Dieu Lui-même ne donne la fertilité à la terre et l'accroissement à la semence : de même les grâces extérieures demeurent sans fruit, si Dieu n'y joint l'onction de la grâce intérieure. Mais les grâces extérieures sont presque toujours accompagnées de grâces intérieures. Par exemple, quand nous sommes témoins d'une action édifiante, à cette grâce extérieure dont Dieu frappe nos sens, il joint une grâce intérieure qui nous porte à imiter un bon exemple que nous avons sous les yeux. Quand nous recevons quelque bon conseil, quelque avis charitable, à cette grâce extérieure Dieu joint ordinairement une grâce intérieure qui nous excite à suivre le bon conseil, l'avis charitable qui nous est donné. Vous avez le bonheur de recevoir une éducation chrétienne : c'est là une grâce extérieure bien précieuse sans doute ; eh bien ! à cette grâce extérieure, Dieu veut bien joindre une grâce qui vous touche intérieurement, qui vous porte à ne jamais vous écarter du chemin de la religion et de la sagesse qui vous est montré, et vous en fait prendre la résolution. Quand vous entendez une instruction qui vous intéresse, un sermon touchant et éloquent, c'est une grâce extérieure que Dieu vous accorde, laquelle est accompagnée d'une grâce intérieure qui vous excite à mettre en pratique ce qui vous est enseigné. Quand vous faites une lecture pieuse, une lecture qui vous apprend ou vous rappelle les vérités et les devoirs de la religion : c'est encore une grâce extérieure qui vous est donnée, mais à laquelle Dieu ajoute une grâce intérieure qui éclaire votre esprit, touche votre cœur, et vous porte à croire les vérités et à pratiquer les devoirs de religion et d'état. Les grâces extérieures sont donc accompagnées, ordinairement du moins, de grâces intérieures suffisantes pour conduire au salut.
C'est ainsi que les habitants de Ninive firent pénitence à la prédication du prophète Jonas, et le larron, à la vue de la patience admirable de Jésus-Christ. C'est aussi pour cette raison que Jésus-Christ menaça d'un juste châtiment les villes de Corozaïm et de Bethzaïde, parce qu'elles ne profitaient point de la vue de ses miracles ni de sa prédication :  Malheur à toi, Corozaïm (8) ! Malheur à toi, Bethsaïde (9) ! Parce que si les miracles qui ont été faits au milieu de vous avaient été faits dans Tyr (10) et Sidon (11), il y a longtemps qu'elles auraient fait pénitence dans le sac et dans la cendre. C'est pourquoi je vous déclare qu'au jour du jugement Tyr et Sidon seront traitées moins rigoureusement que vous » (Matth, XI, 22,23).

 

PARAGRAPHE III

LA GRACE SANCTIFIANTE OU HABITUELLE

D : Combien y a-t-il de sortes de grâces intérieures que Dieu nous donne pour nous faire opérer notre salut ?
R : Il y on a de deux sortes : la grâce sanctifiante ou habituelle, et la grâce actuelle.
D : Qu'est-ce que la grâce sanctifiante ou habituelle ?
R : La grâce sanctifiante ou habituelle est un don surnaturel, répandu dans notre âme, qui nous rend saints ou plus saints aux yeux de Dieu.

1°) La grâce sanctifiante est un don, c'est-à-dire une faveur, un bienfait auquel nous n'avons aucun droit, aucun titre, et que Dieu nous accorde par un effet de sa pure bonté, de sa gratuite libéralité.

2°) La grâce sanctifiante est un don surnaturel : en tant qu'hommes, ainsi que nous l'avons déjà dit, en tant que créatures raisonnables et intelligentes, nous tenons de Dieu, notre créateur, à un degré plus ou moins grand (car il est absolument maître de ses dons), certaines qualités de l'âme et du corps, comme la force, la santé, un esprit juste, un fonds d'équité et de droiture... ; c'est ce qu'on appelle qualités naturelles, dons naturels.

3°) La grâce sanctifiante est un don qui ne nous est point du en vertu de notre création, un don que Dieu met en nous et qu'il ajoute à ceux dont nous venons de parler. C'est une qualité, c'est-à-dire une chose qui rend notre âme différente de ce qu'elle était auparavant ; mais une qualité surnaturelle, puisqu'elle nous élève au-dessus de notre nature, nous rend justes et amis de Dieu, nous fait vivre d'une vie toute divine et nous donne droit à la vie éternelle.

4°) La grâce sanctifiante est un don surnaturel répandu dans notre âme : elle est, par conséquent, quelque chose d'intrinsèque à l'âme, une qualité qui s'y imprime, s'y attache, et qui, selon le sentiment du plus grand nombre des théologiens, n'est autre chose que la charité elle-même, suivant ces paroles de saint Paul :  La charité de Dieu est répandue en nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné » (Rom. V, 5).

5°) La grâce sanctifiante nous rend saints aux yeux de Dieu, en effaçant et détruisant en nous le péché qui nous rendait ses ennemis ; de même, s'il est permis d'employer cette comparaison bien imparfaite sans doute, qu'une lumière qu'on introduit dans un lieu obscure en chasse aussitôt les ténèbres.

6°) La grâce sanctifiante nous rend saints ou plus saints : elle n'est pas au même degré dans tous les justes, mais elle est plus ou moins abondante, selon qu'ils sont plus ou moins enracinés dans la charité et dans la justice, et plus elle est abondante, plus ceux qui la possèdent sont saints et agréables aux yeux de Dieu.

D : La grâce sanctifiante ne produit-elle point d'autres effets que ceux dont nous venons de parler ?
R : Elle en produit beaucoup d'autres qui ne sont pas moins admirables.

Non-seulement la grâce sanctifiante nous rend saints ou plus saints aux yeux de Dieu ; elle nous fait encore devenir les enfants adoptifs, héritiers du Père céleste, frères et cohéritiers de Jésus-Christ et temples du Saint-Esprit ; elle est la véritable vie de l'âme et le plus précieux de tous les trésors ; enfin elle nous rend en quelque sorte consorts de la nature divine.

1°) Par la grâce sanctifiante, nous devenons les enfants adoptifs du Père céleste. Le péché, en nous séparant de Dieu qui est la vie de nos âmes, nous réduit à un état de mort ; et, tant qu'il réside en nous, nous sommes les enfants du démon, et nous sommes sous son tyrannique empire. Mais la grâce sanctifiante nous communique une vie en quelque sorte divine, une vie surnaturelle ; elle brise les liens qui nous empêchaient de nous unir à Dieu ; et chasse loin de nous l'esprit impur, en nous lavant dans le précieux Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ. Transfigurés par ce Sang adorable, le Père céleste ne voit plus en nous que des enfants chéris, nous adopte pour tels, abaisse sur nous ses regards avec complaisance et avec une tendresse vraiment paternelle, et, dès ce moment, nous pouvons lui adresser avec vérité ces paroles que le divin maître nous met Lui-même sur les lèvres :  Notre Père qui êtes aux cieux ». Devenir les enfants adoptifs, non d'un grand de la terre, d'un prince, d'un puissant monarque ; mais de Dieu Lui-même : quelle gloire ! Quel incompréhensible honneur ! Quelle bonté, quelle charité de la part de Dieu ! C'est ce qui fait dire à l'apôtre saint Jean :  Voyez quelle charité le Père a eue pour nous, de vouloir que nous soyons appelés, et que nous soyons réellement enfants de Dieu. » (I Jean III, 1). —  Or, si nous sommes les enfants de Dieu, nous sommes aussi ses héritiers et cohéritiers du Christ, pourvu cependant que nous souffrions avec Lui, afin d'être glorifiés avec Lui », dit saint Paul dans Rom. VIII, 17) : car il est dans l'ordre que les enfants entrent dans l'héritage de leur père.

2°) Par la grâce sanctifiante, nous devenons les frères de Jésus-Christ. Nous avons le même Père que Lui, puisque nous avons reçu l'Esprit d'adoption des enfants, par lequel nous crions :  Abba (Père) » (Rom. VIII, 15) ; or, tous les enfants d'un même Père sont frères. Nous sommes membres de la même famille ; nous sommes unis à ce divin Sauveur de la manière la plus intime ; nous ne faisons plus qu'un avec Lui ; tous ses trésors sont à nous, et nous avons des droits certains et incontestables au ciel, comme étant les membres et les cohéritiers de Celui que le grand Apôtre appelle notre frère aîné ((Rom. VIII, 17 et 29) ; car il est dans l'ordre que les enfants partagent ensemble l'héritage de leur père.

3°) Par la grâce sanctifiante, nous devenons les temples du Saint-Esprit, qui, dès que nous avons le bonheur de la posséder, habite en nous d'une manière toute particulière. C'est encore le grand Apôtre qui nous l'apprend :  Ne savez-vous pas, dit-il, que vos membres sont le temple de l'Esprit-Saint, qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et qu'ainsi vous n'êtes plus à vous-mêmes ? Car vous avez été achetés à haut prix. Glorifiez et portez Dieu dans votre corps » (I Cor. VI,  19).

4°) La grâce sanctifiante est la véritable vie de l'âme. Celui qui la possède peut dire comme saint Paul :  Je vis, non plus moi, mais le Christ vit en moi » (Gal. II, 20). Elle lui donne droit à la vie éternelle et, si son âme en est ornée au moment où il quitte la terre, il est sûr d'aller jouir éternellement du bonheur des élus de Dieu. Mais aussi celui qui, à la mort, en est dénué, tombe aussitôt dans l'enfer.

5°) La grâce sanctifiante est le plus précieux de tous les trésors. Est-il, en effet, un bien comparable à ce bien ? Non, tous les trésors du monde n'ont pas même l'ombre d'une valeur quelconque relativement à la grâce sanctifiante.  La sublimité de la grâce, dit saint Augustin, ne s'élève pas seulement au-dessus des astres et des cieux mêmes, mais encore elle porte au-dessus de l'élévation des esprits célestes. » La qualité de Mère de Dieu, cette sorte de parenté divine, qui ne laisse Marie inférieure qu'à Dieu seul, et la rend supérieure à tout ce qui n'est pas Dieu, cette étonnante élévation, détachée de la grâce, dont elle fut toujours inséparable dans la plus sainte de toutes les créatures, ne peut entrer en comparaison, nous dit le même Docteur de L'Eglise, avec le plus petit degré de la grâce sanctifiante. Cette grâce est en nous, selon l'expression de saint Thomas d'Aquin, la gloire commencée, de même que la gloire est la grâce consommée. La gloire consommée, c'est l'union parfaite du Créateur avec la créature, union en vertu de laquelle l'âme, pour ainsi dire déifiée, ne fait plus qu'un Dieu. Le premier degré de la grâce sanctifiante est le commencement de cette union.

6°) C'est pour cela que le prince des apôtres appelle les chrétiens à devenir participants de la nature divine en fuyant la corruption de la concupiscence qui est dans le monde (II Petr. I, 4); car, de même que le premier homme fut créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, ainsi, dans la seconde naissance qu'opère le christianisme, quiconque reçoit l'Esprit-Saint, reçoit en lui l'impression de son cachet divin ; et, scellé de la sorte, il porte en lui-même la figure de son auteur ; car la grâce nous donne avec Dieu un rapport si intime, et Lui-même se communique à l'âme d'une manière si substantielle, que nous devenons un même esprit avec Lui (I Cor. VI, 17).

D : Quels sont les dons surnaturels qui accompagnent la grâce sanctifiante ?
R : La grâce sanctifiante, en se répandant dans une âme, y est accompagnée de toutes les vertus chrétiennes et de tous les dons du Saint-Esprit.

L'habitude surnaturelle de la charité ne se reçoit jamais qu'avec la grâce sanctifiante, dont elle est tellement inséparable, que beaucoup de théologiens la confondent l'une avec l'autre ; elle se perd avec elle. Quant à la foi et à l'espérance, les enfants que l'on présente au baptême, avant l'usage de la raison, les reçoivent en même temps que la grâce de la justification. Il n'en est pas ainsi des adultes, qui, pour recevoir la grâce sanctifiante par le baptême ou la recouvrer par le sacrement de pénitence, doivent déjà croire et espérer.
Ainsi, la foi et l'espérance précèdent en eux la grâce sanctifiante qui ; en se répandant en eux, rend leur foi plus vive, leur espérance plus ferme ; en même temps elle leur communique toutes les autres vertus chrétiennes : l'humilité, l'esprit de pénitence, la douceur, la patience, une horreur soudaine pour le péché, etc.. De plus, le Saint-Esprit, en prenant possession d'une âme, y entre avec tous ses dons, qui sont au nombre de sept :
        — le don de sagesse,
        — le don d'intelligence,
        — le don de conseil,
        — le don de force,
        — le don de science,
        — le don de piété,
        — le don de crainte du Seigneur.
Ces dons sont en tous ceux qui possèdent la grâce sanctifiante ; mais ils y sont plus ou moins abondants, selon que la grâce sanctifiante et la charité sont elles-mêmes plus ou moins abondantes, et aussi selon les vues et les desseins que Dieu se propose dans la distribution de ses dons.

Quelle est donc belle, l'âme ornée de la grâce sanctifiante ! Ses attraits sont si ravissants, que Dieu Lui-même en est épris, jusqu'à lui dire :  Vous êtes toute belle ! Ô ma bien aimée ! Et il n'y a point de tache en vous ! » (Cant des Cant., IV, 7).

D : Pourquoi la grâce sanctifiante est-elle appelée habituelle ?
R : Parce qu'elle demeure en nous d'une manière stable et permanente.

Le mot habituel indique une chose qui a une certaine continuité, qui dure pendant un certain temps. La grâce sanctifiante est appelée habituelle, parce que, après avoir purifié nos âmes, elle réside en nous d'une manière stable, permanente et sans interruption, tant que nous ne la perdons pas, et que nous n'y renonçons pas nous-mêmes par le péché mortel ; en sorte que, dans tous les instants et toutes les circonstances de la vie, soit que nous travaillions ou que nous soyons oisifs, soit que nous veillions ou que nous dormions, cette grâce demeure continuellement en nous, cette qualité surnaturelle enrichit et embellit notre âme.

Une comparaison va rendre cette vérité plus sensible. Quand un savant dort, sa science reste en lui, quoiqu'il n'en fasse alors aucun usage ; quand un avare ou un ambitieux dort et se divertit, il ne cesse pas d'être avare et ambitieux, quoiqu'il ne fasse rien alors pour satisfaire la passion dont il est esclave, parce que l'amour de l'argent ou des honneurs vit et règne persévéramment dans son cœur. De même, quand un juste dort, ou qu'il est occupé d'affaires temporelles, la grâce sanctifiante demeure toujours en lui, quoiqu'il ne fasse pas alors d'actes d'amour de Dieu.
Il en est de même des petits enfants : ils ont reçu, par le baptême, la grâce sanctifiante, qui s'attache à leur âme, comme une habitude, et y persévère jusqu'au jour à jamais déplorable où, abusant de leur raison et de leur liberté, ils violent en matière grave la loi du Seigneur.

D : La grâce sanctifiante est-elle susceptible d'accroissement ?
R : Oui, la grâce sanctifiante est susceptible d'accroissement.

La grâce sanctifiante rend tous ceux qui la possèdent agréables à Dieu ; mais pas tous au même degré, parce qu'elle peut être plus ou moins parfaite ; c'est un trésor qui peut être plus ou moins abondant. On l'augmente par l'usage des sacrements, la prière, les bonnes œuvres faites en vue de Dieu et par un motif surnaturel, et par la pratique des vertus chrétiennes.  Si quelqu'un dit que la justice reçue ne se conserve pas et même ne s'accroît pas devant Dieu par les bonnes œuvres, mais que ces œuvres ne sont que le fruit et le signe de la justification obtenue et non pas aussi la cause de son accroissement : qu'il soit anathème. » Ainsi s'exprime le saint concile de Trente (Session VI, canon 24).
Ainsi donc, ceux qui ont été justifiés et sont devenus amis de Dieu et membres de sa famille (Jean 15, 15 ; Eph. 2, 19) marchant de vertu en vertu (Ps 83, 8), se renouvellent (comme dit l'Apôtre) de jour en jour (2 Cor 4, 16), c'est-à-dire en mortifiant les membres de leur chair (Col 3, 5) et en les présentant comme des armes à la justice pour la sanctification (Rom 6, 13-19), par l'observation des commandements de Dieu et de l'Église ; ils croissent dans cette justice reçue par la grâce du Christ, la foi coopérant aux bonnes œuvres (Jacques 2, 22) et ils sont davantage justifiés, selon ce qui est écrit :  Celui qui est juste, sera encore justifié et que celui qui est saint se sanctifie encore ! » (Apoc 22, 11) et aussi :  Ne crains pas d'être justifié jusqu'à la mort » (L'Ecclésiastique 18, 22) et encore  Vous voyez que l'homme est justifié par les œuvres et non par la foi seule » (Jacques 2, 24). Cet accroissement de justice, la sainte Église le demande quand elle dit dans la prière :  Seigneur, augmentez en nous la foi, l'espérance et la charité ».

 Le sentier des justes, dit-il au livre des Proverbes (IV, 19), est comme une lumière éclatante ; il s'allonge, il s'accroît, jusqu'au jour parfait. » — Saint Augustin s'exprime aussi sur ce sujet d'une manière formelle :  Nous avons été justifiés ; mais la justice elle-même s'accroît quand nous faisons des progrès dans la vertu ». Si la grâce sanctifiante n'était pas susceptible d'accroissement, la justice qu'elle procure serait nécessairement égale dans tous. Or, qui pourrait, à moins d'avoir renoncé au sens commun, prétendre qu'un homme quelconque, nouvellement baptisé ou réconcilié à Dieu par le sacrement de pénitence, après avoir commis beaucoup de péchés, est juste d'une justice aussi parfaite que le plus grand des saints, que celui qui, depuis bien des années, se livre à toutes sortes de bonnes œuvres et à la pratique des plus sublimes vertus ?
Non-seulement la grâce sanctifiante est susceptible d'accroissement, mais il nous est expressément recommandé de la faire croître en nous.  Croissez dans la grâce et dans la connaissance de Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ », nous dit saint Pierre dans sa seconde Epitre (III, 18).

Les bonnes œuvres faites en état de grâce, avec le secours de la grâce actuelle et par le motif de quelque vertu chrétienne (comme de l'humilité, de la pénitence, de la mortification, de l'obéissance à l'Église, de l'amour de Dieu et du prochain), n'augmentent pas seulement la grâce sanctifiante : elles deviennent encore méritoires pour la vie éternelle, et chacune d'elles, jusqu'à un verre d'eau froide donné aux pauvres pour l'amour de Jésus-Christ (Matth X, 42), donne droit à un nouveau degré de gloire dans le ciel. Ce mérite de nos bonnes œuvres, nous le devons à la bonté toute gratuite de Dieu, sans la grâce duquel nous ne pouvons rien dans l'ordre surnaturel ; et Dieu, en nous récompensant, couronne ses propres dons. Mais ce Dieu de bonté a daigné nous remettre en droit d'aspirer à l'héritage céleste, et nous l'a proposé comme une récompense qu'il fallait mériter par nos bonnes œuvres ; dès lors nos bonnes œuvres, quoique nous ne puissions les accomplir qu'avec le secours de la grâce actuelle, doivent être regardées comme méritoires par elles-mêmes, et elles le sont en effet. Le fond du mérite, nous le répétons, vient de Dieu ; il est un don de Sa miséricorde et l'œuvre de Sa grâce. Il en est de même du bon usage et de la coopération de notre libre arbitre, lequel ne peut rien faire qui conduise à la vie éternelle qu'autant qu'il est mû et élevé par le Saint-Esprit. Mais enfin Dieu a dit :  Faites des bonnes œuvres, et le ciel sera votre récompense » ; la condition étant remplie, la promesse doit l'être également. Aussi l'Écriture promet-elle la gloire aux justes à titre de récompense et de justice ? Ce qui suppose nécessairement le mérite :  Une grande récompense vous est réservée dans les cieux » ; ce sont les paroles de Jésus-Christ Lui-même (Matth V, 12).  J'ai bien combattu, disait saint Paul, j'ai achevé ma course ; j'ai gardé la foi. Il ne me reste qu'à attendre la couronne de justice qui m'est réservée, et que le Seigneur, comme un juste Juge, me rendra dans ce grand jour » (II Tim., V, 7 et 8).

Toutefois il ne suffit pas, pour que nos bonnes œuvres soient méritoires, qu'elles soient faites en état de grâce ; il faut, de plus, qu'elles soient faites par le mouvement d'une grâce actuelle, en vue de Dieu ; car si on n'agit que par des motifs humains, par des vues naturelles, par humeur, par tempérament, par habitude, quoiqu'on soit en état de grâce, on ne mérite rien pour la vie éternelle. Telle est l'aumône faite à un pauvre par pure compassion naturelle ; telles sont les prières qu'on fait par habitude, sans l'attention nécessaire ; et à plus forte raison, ces œuvres cessent-elles d'être méritoires lorsqu'on les fait par vanité, par hypocrisie, par respect humain ou par d'autres motifs semblables.

Les bonnes œuvres faites en état de grâce, et en vue de plaire à Dieu, de lui obéir, de satisfaire à sa justice, d'obtenir la récompense promise à la vertu, s'appellent des œuvres vivantes, parce qu'elles sont animées par le Saint-Esprit, qui est la vie de l'âme et qu'elles sont dignes de la vie éternelle. Au contraire, les œuvres faites en état de péché mortel, s'appellent des œuvres mortes, parce qu'elles ne sont point animées par le Saint-Esprit. Celles-ci ne sont d'aucune valeur pour l'éternité, et ne seront jamais récompensées dans le ciel.  Comme le sarment, dit Jésus-Christ, ne saurait porter du fruit, s'il ne demeure uni au cep ; il en est de même de vous, si vous ne demeurez en moi par la charité. » ((Jean XV, 4).

Cependant les bonnes œuvres, faites en péché mortel, sont loin d'être inutiles. Elles ôtent les obstacles à la conversion : comme lorsqu'on se détermine à ne plus aller dans telle maison où l'on est exposé à offenser Dieu, à ne plus voir telle personne qui porte au péché, à ne plus exercer telle profession plus ou moins dangereuse pour le salut de l'âme, etc. ; elles diminuent les peines dues au péché, en tant qu'elles empêchent de nouvelles transgressions pour lesquelles il serait puni : comme quand on rend le bien mal acquis, qu'on entend la sainte messe, qu'on observe les préceptes de l'abstinence et du jeûne, etc. ; enfin elles sont ordinairement suivies de bénédictions temporelles et spirituelles. Que faut-il de plus pour engager les pécheurs, non-seulement à ne point interrompre le cours de leurs bonnes œuvres, mais à les rendre plus fréquentes que jamais ?.

D : Pouvons-nous perdre la grâce sanctifiante ?
R : Oui, la grâce sanctifiante se perd par un seul péché mortel.

Selon les protestants, ce qui nous rend agréable à Dieu, n'est rien en nous, n'opère aucun changement dans notre âme ; mais Dieu nous tient pour justes, lorsque, par la foi, nous nous approprions la justice et la sainteté de Jésus-Christ, lorsque nous croyons, sans aucune hésitation, que nos péchés nous ont été remis à cause de Jésus-Christ. Cette justice de Jésus-Christ qui nous est ainsi imputée par la loi, n'efface point, disent-ils, à proprement parler, nos péchés, mais seulement elle les voile. Ils subsistent toujours dans l'âme ; mais Dieu n'y a point égard, et consent à ne point les punir, désarmé qu'il est par la justice de Jésus-Christ, qui couvre nos iniquités, et devient pour nous comme un bouclier et un rempart. Ils ajoutent que la justice, une fois acquise par la foi, ne peut plus se perdre, de quelque péché qu'on se rende coupable.
Nous avons fait voir que la grâce sanctifiante, que l'on reçoit la première fois dans le baptême (et même avant le baptême, si on fait un acte de charité parfaite, avec le désir de le recevoir), est quelque chose d'intrinsèque et d'inhérent à l'âme ; que cette grâce est vraiment médicinale, comme disent les théologiens ; que par elle les péchés sont effacés, en sorte que l'homme se trouve établi dans une justice propre et intérieure ; que la justification, par conséquent, c'est-à-dire l'action par laquelle l'homme, de pécheur qu'il était, devient juste et saint,  n'est point cette justice de Jésus-Christ par laquelle il est juste lui-même, mais celle par laquelle il nous rend justes ; celle qu'il nous donne par sa grâce, afin de nous renouveler intérieurement, et de nous faire passer de la mort à la vie » (Concile de Trente, sess. V, can. 7). Il n'est pas moins certain que cette justice peut se perdre ; rien même n'est plus fragile :  Nous portons ce trésor, dit le grand Apôtre, dans des vases d'argile » (II Cor. IV, 7) et faciles à briser. Un seul péché mortel ne fût-ce qu'une pensée, un désir, un jurement, un blasphème, une imprécation, une désobéissance grave, une injure, une vengeance, une parole, une action déshonnête, une injustice, un dommage considérable, une médisance grave, etc., suffit pour nous en priver. Que le ciel vous préserve d'une si grand perte ! Veillez sur vous et autour de vous ; prenez garde aux ruses du diable, au mauvais compagnon, au séducteur qui peut vous enlever ce précieux trésor ; fuyez le péché, puisqu'il vous ferait perdre cette grâce habituelle et sanctifiante qui est le plus grand de tous les biens ; fuyez comme vous fuiriez un voleur qui voudrait vous ravir un trésor. Nos premiers parents la perdirent en mangeant du fruit défendu, et ils en mangèrent une seule fois ; les anges rebelles la perdirent par une simple pensée d'orgueil ; David la perdit par un regard. Aussi l'Église a-t-elle frappé d'anathème quiconque dit que l'homme une fois justifié, ne peut plus ni pécher ni perdre la grâce (Concile de Trente, sess. VI, can.22). Quoi de plus monstrueux, d'ailleurs, et de plus contraire à la raison que l'opinion de Calvin et autres courants protestants ? et quel est l'homme sensé qui pourra jamais s'imaginer qu'on puisse conserver la sainteté et la justice, tout en se rendant coupable des fautes les plus graves, et en se livrant aux plus grands excès ? Une pareille doctrine n'ouvre-t-elle pas la barrière à toutes les passions, et n'est-elle pas de nature à produire et à justifier de nombreux péchés ? Il est donc certain, et c'est une Vérité de Foi catholique, qu'on peut perdre la grâce sanctifiante, et que, par un seul péché mortel, on cesse d'être juste et saint.

Ainsi, pour être en état de grâce, c'est-à-dire pour conserver la grâce sanctifiante ou habituelle, il faut être exempt de tout péché mortel.

Quant au péché véniel, il ne nous fait pas perdre cette grâce ; mais il l'affaiblit en nous, nous dispose au péché mortel, et, par conséquent, à la perte totale de l'amour de Dieu ; car il est écrit :  Celui qui méprise les petites choses, tombera peu à peu » (Eccl.,XIX, 1). Que faut-il de plus pour nous porter à l'éviter et à l'avoir en horreur ? Ceci s'applique également à la tiédeur et à la négligence, sources fécondes de péchés véniels.

Le péché mortel nous fait perdre la grâce sanctifiante ; mais nous pouvons, avec le secours de la grâce actuelle, nous disposer à la recouvrer, de la même manière que nous pouvons nous disposer à la recevoir la première fois : c'est-à-dire en nous excitant à un vif regret de nos fautes, en commençant à aimer Dieu comme source de toute justice, comme justifiant le pêcheur par sa pure miséricorde, et en renonçant à tout ce qui pourrait être pour nous une occasion de rechute. Si, pénétrés de ces sentiments, nous nous présentons au tribunal de la réconciliation (au confessionnal) pour y faire un sincère aveu de tous nos péchés, nous trouverons la grâce ; car la miséricorde du Seigneur est inépuisable, infinie, et il pardonne au pécheur toutes les fois qu'il retourne à Lui avec un cœur contrit et humilié (Psal.,50 et Ezech.,33, 12).

Ainsi, c'est par le baptême que l'on reçoit la première fois la grâce sanctifiante ; on la perd par le péché mortel, et on la recouvre par le sacrement de pénitence. La contrition parfaite joint au vœu du sacrement de pénitence, produit le même effet.
Toutefois n'oublions pas que les rechutes fréquentes finissent par lasser la patience divine ; et alors Dieu n'accorde plus au pécheur que des grâces ordinaires, on s'endurcit dans le péché, et on n'en sort plus, quoiqu'on ne manque jamais des grâces suffisantes pour en sortir.

D : Pouvons-nous être absolument certains de posséder la grâce sanctifiante ?
R : Personne, sans une révélation spéciale de Dieu, ne peut être absolument certain de posséder la grâce sanctifiante.

Calvin prétend que chacun peut être absolument certain de sa justification, et, par conséquent, s'assurer parfaitement qu'il possède la grâce sanctifiante ; c'est une erreur que l'Église a condamnée :  De même, dit le saint concile de Trente, qu'un homme pieux ne doit jamais douter ni de la miséricorde de Dieu, ni du mérite de Jésus-Christ, ni de la vertu et de l'efficacité des sacrements, de même chacun, en regardant son infirmité et sa faiblesse propre, doit trembler et craindre au sujet de son état de grâce ; attendu que nul ne peut savoir, d'une certitude de foi, de cette certitude incompatible avec l'erreur, qu'il a obtenu la grâce de Dieu. » (Concile de Trente, session VI, canon 9).

Les divines Écritures ne sont pas moins formelles à ce sujet :
          —  Qui peut dire : Mon cœur est pur ; je suis exempt de tout péché ? » (Prov.,XX, 9) ;
          —  Personne ne sait s'il est digne d'amour ou de haine » (Eccl.,IX, 1) ;
          —  Je ne me sens coupable de rien, disait saint Paul, mais je ne suis pas pour cela justifié » (I Cor.,IV, 4) ; je ne suis pas sûr pour cela d'être dans la grâce de Dieu.
Nous devons tous tenir le même langage que l'Apôtre : il peut y avoir, en effet, en nous quelque péché secret que nous ignorions par notre faute, et qui soit un obstacle à notre justification.

Mais pourquoi Dieu a-t-il voulu que nous fussions dans une aussi cruelle incertitude ? C'est afin de nous tenir dans l'humilité, et de nous inspirer une crainte salutaire : la sécurité engendre l'orgueil ; or,  Dieu résiste aux orgueilleux, et c'est aux humbles qu'il donne la grâce. » (I Pierre V, 5). Il ne faut pas, du reste, que cette incertitude nous porte au trouble et au découragement. Si nous ne possédons pas la grâce sanctifiante, il est certain que nous pouvons l'obtenir comme nous venons de le dire, en entrant avec le secours des grâces actuelles, dans les dispositions de foi, de crainte, d'espérance, d'amour et de pénitence que Dieu demande de nous ; et, si nous sentons en nous mêmes ces dispositions, abandonnons-nous, sans cependant jamais cesser de craindre, à sa miséricorde infinie ; ayons la douce confiance que nous sommes en grâce auprès de Lui, et que, s'Il lui plaisait de nous retirer de cette terre, nous trouverions en Lui, non pas un Juge sévère, mais un Père plein de bonté et de tendresse.

Nous pouvons, excités et aidés par le Saint-Esprit, nous disposer à recevoir et à recouvrer la grâce sanctifiante ; ce qui n'empêche pas qu'elle ne soit absolument gratuite.  Nous sommes justifiés gratuitement, dit le saint concile de Trente, en ce sens que rien de ce qui précède la justification, ni la foi, ni les œuvres, ne peut nous mériter la grâce de la justification » (Session IV, canon 9). Si Dieu nous la donne, c'est par un pur effet de Sa miséricorde, à cause de Jésus-Christ et en vue des mérites infinis de sa Passion et de sa mort. Ajoutons qu'il convient à la divine bonté d'avoir égard aux pleurs et aux gémissements qu'elle a elle-même inspirés au pécheur qui commence à se convertir ; et que, si le pécheur n'est pas digne de la justification, il est digne de Dieu de prendre en pitié un cœur qu'Il a touché et humilié, et qu'Il se doit à Lui-même d'être fidèle à la promesse qu'Il a faite d'accorder ses grâces à tout pécheur qui reviendrait à Lui, avec un vrai repentir.

Ce que nous venons de dire, sur la manière dont on se dispose à recevoir la grâce sanctifiante, ne s'applique point aux enfants qui n'ont pas encore l'usage de la raison. Ceux-ci n'ont besoin d'autre disposition que d'être présentés au baptême, et, par la vertu de ce sacrement, ils sont aussitôt justifiés et rendus saints.

En résumé : Avant terminer ce paragraphe, nous croyons qu'il ne sera pas inutile de résumer en peu de mots ce que nous venons de dire de la grâce habituelle ou sanctifiante, et de la justification.

1°) La justification est un bienfait de Dieu, par lequel nous passons de l'état du péché à l'état de la grâce ; ou, en d'autres termes, c'est l'application des mérites de Jésus-Christ par l'infusion de la grâce sanctifiante dans l'âme de l'homme.

2°) L'homme, avant ce bienfait, est un misérable pécheur, un enfant de colère et de perdition condamné à l'enfer car esclave du démon ; et, par ce bienfait, son péché est remis et effacé ; il devient juste et saint, enfant de Dieu et héritier du ciel.

3°) C'est par l'infusion de la grâce sanctifiante dans nos âmes que Dieu nous justifie et nous rend saints.

4°) La grâce sanctifiante est une qualité surnaturelle, inhérente à notre âme, qui nous rend justes et saints, et nous donne droit à la vie éternelle.

5°) Les actions les plus vertueuses et les plus saintes en elles-mêmes, faites par celui qui n'est point en état de grâce, ne sont d'aucune valeur pour le ciel ; car Dieu ne doit rien à quiconque est son ennemi par le péché mortel. Mais toute bonne œuvre faite, par un motif surnaturel, par celui qui est en état de grâce, est méritoire pour la vie éternelle.

6°) Nous ne pouvons, par nous-mêmes, mériter la grâce sanctifiante ; mais nous pouvons, avec le secours de la grâce actuelle, nous disposer à la recevoir, et nous devons l'attendre avec confiance de la bonté de Dieu, par les mérites de Jésus-Christ.

7°) On reçoit, la première fois, la grâce sanctifiante dans le baptême ; on la perd par le péché mortel ; on la recouvre par la pénitence ; on l'augmente par la réception des autres sacrements, par la prière, les bonnes œuvres et l'exercice des vertus chrétiennes.

8°) Celui qui meurt avec la grâce sanctifiante est sauvé ; mais celui qui meurt dépouillé de cette grâce est damné. Mais n'oublions jamais que cette grâce est l'application des mérites de Jésus-Christ. Ces paroles du Sauveur :  Sans Moi, vous ne pouvez rien faire » (Jean XV) sont rigoureusement vraies, même dans l'ordre de la vie naturelle, à plus forte raison dans l'ordre surnaturel. II est écrit :  C'est par Lui que toutes choses ont été faites, et rien n'a été fait sans Lui » (Jean I). Rien ne subsiste non plus sans Lui dans le monde, car  Il porte tout par le verbe de Sa vertu » (Hébreux I). Cause de l'être et de l'existence, il est aussi la cause première de l'action de toute créature ; tout mouvement cesserait sans l'influence incessante de ce grand moteur  en qui nous avons la vie, le mouvement et l'être. » (Jean 15).  Le Christ est mort pour tous » (II Cor.,15) et Lui-même dit :  Comme le sarment ne peut produire de fruits de soi-même s'il ne demeure attaché à la vigne, ainsi vous ne le pouvez non plus si vous ne demeurez en moi. » (Jean 15).
En nous faisant comprendre par cette comparaison à quel point notre âme a besoin de lui être unie pour recevoir la nourriture, le Verbe fait chair nous révèle ce qu'Il est pour le monde :  Je suis la voie, la vérité et la vie. » Voilà le Christ tout entier, Sa Doctrine et Ses Mystères.  La vie éternelle c'est la connaissance de Dieu et de Jésus-Christ qu'Il a envoyé » (Colossiens I, 17). En dehors donc de Jésus-Christ plus de voie de salut ; on ne peut que s'égarer ; plus de vérité : Il est le commencement, la fin, la mesure  de toutes choses qui subsistent en Lui » (Jean 1) ; plus de vie, car  la vie c'est la lumière des hommes » (Jean I, 4).

 

PARAGRAPHE IV

LA GRACE ACTUELLE

D : Qu'est-ce que la grâce actuelle ?
R : La grâce actuelle est un secours surnaturel par lequel Dieu nous aide, dans le moment présent, à faire le bien et à éviter le mal.

1°) La grâce actuelle est un secours surnaturel : Dieu, en nous créant, a donné à notre âme un certain degré de lumière qui la rend capable de penser, de réfléchir, d'acquérir des connaissances plus ou moins étendues ; cette lumière s'appelle lumière naturelle. Il a en même temps donné à notre âme, en la tirant du néant, une certaine force pour modérer le penchant qui la porte à désirer ce qui peut satisfaire les sens, et réprimer les inclinations vicieuses qu'on appelle les passions ; cette force s'appelle force naturelle.
La grâce est un don, un secours ajouté à la lumière et à la force dont nous venons de parler ; c'est une lumière de l'esprit que nous n'aurions pas de nous-mêmes, en tant que créatures raisonnables et intelligentes, et une force qui surpasse celle de notre libre arbitre ; une lumière, une force qui ne nous sont point dues en vertu de la création, mais qui sont un pur effet de la libéralité du Seigneur et le prix des mérites de Jésus-Christ.

2°) La grâce actuelle est un secours surnaturel par lequel Dieu nous aide, dans le moment présent, à faire le bien et à éviter le mal : cette grâce n'est point, comme la grâce habituelle, quelque chose de stable et de permanent ; c'est un secours passager qu'il nous donne, en telle et telle circonstance, pour que nous puissions faire le bien qu'il nous commande et éviter le mal qu'il nous défend ; c'est pour cela qu'on l'appelle grâce actuelle, c'est-à-dire grâce du moment.
C'est une opération de Dieu, par laquelle il éclaire notre esprit, excite et aide notre volonté, embrase notre cœur, pour nous faire accomplir une bonne œuvre, surmonter une tentation, réprimer une passion, rectifier une inclination déréglée, réformer une habitude perverse. Ainsi, quand on dit : Dieu m'a fait la grâce de résister à tel mauvais conseil ; il m'a donné le courage de braver, en telle occasion, le respect humain ; il n'a pas permis que je me laisse entraîner par le torrent du mauvais exemple ; il m'a inspiré la pensée et la volonté d'assister telle famille qui est dans l'indigence : c'est de la grâce actuelle qu'il s'agit, c'est-à-dire de ce secours surnaturel et intérieur que Dieu nous donne, en telle et telle circonstance, et qui est nécessaire pour faire le bien qu'il nous commande ou nous conseille, et éviter le mal qu'il nous défend. Par exemple, quand vous entendez sonner les cloches de l'église, Dieu vous inspire le désir et la volonté d'assister au saint Sacrifice de la Messe : ce désir et cette volonté sont une grâce actuelle. Quand vous êtes à l'église, Dieu vous donne la pensée de vous y tenir avec respect et recueillement : cette pensée est une grâce actuelle. Quand vous assistez à une instruction de catéchisme, Dieu vous aide à tenir vos esprits et vos cœurs dans les dispositions où vous devez être pour en profiter : voilà encore une grâce actuelle.

D : Comment divise-t-on la grâce actuelle ?
R : La grâce actuelle se divise en grâce suffisante et en grâce efficace.
D : Qu'est-ce que la grâce suffisante ?
R : La grâce suffisante est un secours surnaturel, ou une grâce actuelle, que Dieu nous accorde pour faire le bien, et qui nous donne un véritable pouvoir de le faire, mais avec laquelle nous ne le faisons cependant pas, parce que nous y résistons.

Que Dieu nous accorde des grâces suffisantes, c'est une vérité que l'on ne saurait révoquer en doute. En effet, Dieu reproche aux hommes, en une infinité de passages des Écritures, la résistance qu'ils apportent à sa grâce, à sa voix, à ses conseils, à ses invitations :
—  Je vous ai appelés, et vous n'avez point voulu m'écouter, j'ai tendu la main, et il ne s'en est pas trouvé un seul qui me regardât. Vous avez dédaigné tout conseil de ma part, et négligé mes reproches. » (Prov. I, 24-25) ;
—  Jugez entre ma vigne et moi. Qu'est-ce que j'aurais pu faire à ma vigne que je n'aie pas fait ? J'ai attendu qu'elle produisît des raisins ; elle n'a produit que des grappes sauvages » (Isaïe V, 3-4) ;
—  Hommes à têtes dures et aux cœurs incirconcis, vous résistez toujours au Saint-Esprit » (Actes VII, 51), ainsi parlait aux juifs le diacre saint Etienne ;
—  Le Seigneur dit : Me voici ; je me tiens debout à la porte ; je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et m'ouvre la porte, j'entrerai avec lui. » (Apoc. III, 20) ;
—  Nous vous exhortons, dit l'apôtre saint Paul aux fidèles de Corinthe, à ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu. » (II Cor. VI, 1) ;
—  Veillez à ce que personne ne manque à la grâce de Dieu. » (Heb. XII, 15).
Par tous ces textes et une infinité d'autres semblables, il est clair que Dieu accorde aux hommes une grâce intérieure à l'aide de laquelle ils pourraient faire le bien, et avec laquelle cependant ils ne portent aucun fruit de salut, parce que leur volonté y résiste ; et c'est là précisément ce qu'on entend par la grâce suffisante.
D'ailleurs, s'il n'y a point de grâce suffisante qui donne le pouvoir d'observer les commandements de Dieu dans le moment même où on les viole, comment l'observation de ces commandements est-elle possible et comment pèche-t-on en les violant ? Ne faudrait-il pas dire que Dieu commande l'impossible, et dès lors que deviendrait sa justice ? Il faut donc, pour ne pas tomber dans l'absurde, admettre une grâce vraiment suffisante, une grâce qui n'a point l'effet auquel elle tend par sa nature et par la volonté de Dieu qui nous l'accorde, mais qui pourrait le produire, si nous n'avions pas le malheur d'y résister. Par exemple, quelqu'un nous excite à user des aliments gras un jour où l'Église le défend ; nous sentons en nous-mêmes un avertissement intérieur de ne pas suivre le mauvais conseil que l'on nous donne, et cependant nous le suivons. Nous avons eu une grâce qui suffisait pour nous faire observer la loi de l'Église, et c'est par notre faute que nous n'y avons pas répondu.

D : Qu'est-ce que la grâce efficace ?
R : La grâce efficace est un secours ou une grâce actuelle que Dieu nous donne pour faire le bien, et qui nous le fait faire certainement et infailliblement.

L'Église enseigne qu'il y a une grâce efficace, une grâce qui est toujours accompagnée de son effet, et qui l'obtient infailliblement, sans gêner toutefois la liberté. Ce point de foi est appuyé sur l'Écriture :
—  Je vous donnerai un cœur nouveau ; je placerai mon esprit nouveau au milieu de vous, [...] et je ferai en sorte que vous marchiez dans la voie de mes commandements, et que vous gardiez mes jugements. » (Ezech. XXXVI, 26-27) ;
—  Le Seigneur est maître du cœur du roi, comme des moindres ruisseaux d'eau courante : il le fera pencher partout où il voudra. » (Prov. XXI, 1) ;
—  Le bien n'est ni de celui qui veut, ni de celui qui court ; mais de Dieu, qui est miséricordieux. » (Rom. IX, 16) ;
—  C'est Dieu qui opère en vous le vouloir et l'exécution, selon sa bonne volonté. » (Ep. Philip. II, 13) ;
—  Que le Dieu de paix vous rende disposés à toute bonne œuvre, afin que vous fassiez sa volonté, lui-même faisant en vous ce qui lui est agréable par Jésus-Christ. » (Heb. XIII, 21).
Les Livres saints sont remplis d'une foule de textes semblables, qui énoncent dans les termes les plus clairs et les plus précis, que Dieu change les cœurs des hommes, qu'il les entraîne, les transporte, agit au dedans d'eux, opère en eux la volonté de l'action, les pousse, et les fait agir. Or, toutes ces manières de parler ne peuvent s'entendre que de la grâce efficace, telle que nous l'avons définie.
La tradition n'est pas moins formelle sur ce point. Bornons-nous à citer saint Augustin :  Il est certain, dit-il, que quand nous voulons, c'est nous qui voulons ; mais c'est Dieu qui fait que nous voulons le bien. Quand nous agissons, il est certain que c'est nous qui agissons ; mais c'est Dieu qui fait que nous agissons, en donnant à notre volonté des forces très-efficaces ».

D : La grâce actuelle est-elle absolument nécessaire à l'homme pour faire son salut ?
R : Oui, la grâce actuelle est absolument nécessaire à l'homme pour faire son salut.

Dans l'ordre surnaturel, l'homme ne peut rien faire de bon et d'utile pour le salut sans la grâce actuelle et intérieure qui nous est donnée par Jésus-Christ. Nous ne pouvons de nous-mêmes, ni accomplir les commandements, ni prier Dieu, ni avoir une bonne pensée, ni un bon désir par rapport au salut éternel ; nous avons besoin pour tout cela de la grâce de Jésus-Christ, et quand même nous ferions quelque chose de bon par un mouvement purement naturel, comme les païens qui faisaient l'aumône par une compassion naturelle, ces bonnes actions ne seraient d'aucun mérite pour le ciel, parce qu'elles ne seraient pas inspirées et conduites par la grâce, en vue de Dieu et dans l'ordre du salut.
Il suit de là qu'à chacune de nos actions nous avons, pour la bien faire, besoin d'une grâce particulière, et que sans cela nous sommes incapables de penser, de parler ou d'agir jamais d'une manière méritoire pour le ciel. Toute notre suffisance vient de Dieu, nous dit l'Apôtre (2 Cor. III, 5). Bien plus, la concupiscence nous incline si fortement au mal que nous le ferions nécessairement et souvent, si dans la tentation la grâce nous manquait.
Cependant nous ne sommes jamais dans l'impossibilité de pratiquer le bien ni dans la nécessité de faire le mal ; et quand Dieu exige l'un et l'autre de notre faiblesse, il est toujours disposé à nous en donner le pouvoir, en nous aidant de sa grâce et en la faisant même surabonder là où l'iniquité abonde (Rom. V, 20). Je peux tout, nous dit aussi le même Apôtre, dans le Seigneur qui me fortifie. Demandons avec humilité et confiance ce que nous ne pouvons pas, la grâce nous fortifiera aussi afin que nous le puissions. Dieu l'a promis, et il sera fidèle.

1°) L'homme, sans la grâce, ne peut ni vouloir ni faire aucune œuvre relative au salut.  Je suis la vigne, dit Jésus-Christ à ses disciples, et vous les sarments. Celui qui demeure en moi et moi en lui portera beaucoup de fruits ; parce que sans moi vous ne pouvez rien faire. » (Jean XV, 5) —  Personne parlant dans l'esprit de Dieu, dit saint Paul, ne peut prononcer ces mots : Seigneur Jésus, que par l'Esprit-Saint » (Cor. XII, 3). D'où il suit que chaque bon désir, chaque mouvement du cœur, chaque bonne pensée utile au salut, c'est l'œuvre et le fruit de la grâce.

2°) L'homme, sans la grâce, ne peut avoir ni la foi, ni le commencement de la foi. Nous lisons dans l'Évangile selon saint Jean, qu'un jour les juifs demandèrent à Jésus-Christ :  Que ferons-nous pour opérer les œuvres de Dieu ? » et que Jésus-Christ leur répondit :  Ce qui est une œuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en Celui qui m'a envoyé. » (Jean VI, 29) —  Personne ne peut venir à Moi (c'est-à-dire ne peut croire en Moi), à moins que mon Père qui m'a envoyé ne le lui accorde » (Jean VI, 44).
Partout l'Apôtre saint Paul attribue la foi à la grâce :  C'est par la grâce que vous avez été sauvés au moyen de la foi, et cela ne provient point de vous, car c'est un don de Dieu. » (Ephes. II, 8) —  Nous ne sommes pas capables de penser quelque chose de nous-mêmes, comme de nous-mêmes ; mais tout ce que nous avons vient de Dieu » (II Cor. III, 5). Partant de ce texte, saint Augustin dit :  Ainsi donc, dans toute bonne œuvre, qu'il s'agisse de la commencer ou de l'accomplir, nous ne pouvons rien que par Dieu. Ainsi, personne ne se suffit à soi-même, pour commencer ou perfectionner la foi, mais tout ce que nous pouvons vient de Dieu. »

3°) Lors même que la grâce a prévenu l'homme (et il est nécessaire qu'elle le prévienne en quelque circonstance qu'on le suppose), lors même qu'elle a porté sa volonté au bien, il ne peut pas pour cela agir par lui-même ; il est encore nécessaire que la grâce aide et accompagne son action depuis le commencement jusqu'à la fin. Cette vérité est fondée sur ces paroles de l'Apôtre que nous avons déjà citées :  C'est Dieu qui opère en nous la volonté et l'exécution » (Lettre aux Philipp. II, 13) et c'est pour cela que l'Église dit à Dieu, dans une de ses prières :  Prévenez, Seigneur, nos actions par votre inspiration, et aidez-en l'exécution par votre grâce. »
La grâce qui prévient l'esprit et le cœur de l'homme, la volonté et la pensée même de tout bien, est appelée par les théologiens grâce prévenante ; ils donnent le nom de grâce concomitante à celle qui aide et accompagne la bonne action jusqu'à la fin.

4°) L'homme, sans la grâce, ne saurait vaincre les tentations, au moins celles qui sont fortes, ni résister même à la moindre tentation d'une manière utile à son salut. En effet, si l'homme n'avait pas besoin du secours de la grâce pour triompher des tentations, ce serait sans raison que les Livres saints attribueraient à Dieu la victoire sur les tentations, et nous exhorteraient à implorer contre elles son assistance ; et cependant, rien de plus fréquent dans l'Écriture :  Dieu est fidèle ; il ne permettra pas que vous soyez tentés au-dessus de vos forces ; mais il fera tirer profit de la tentation même, afin que vous puissiez persévérer. » (I Cor. X, 13) —  Revêtez-vous de l'armure de Dieu, afin que vous puissiez tenir contre les embûches du démon » (Ephes VI, 11) —  Votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde autour de vous cherchant qui il pourra dévorer. Résistez-lui, forts dans la foi. » (I Pierre V, 8) —  Veillez et priez, pour que vous n'entriez point en tentation. » (Matth. XXVI, 41) — Et enfin dans l'oraison dominicale :  Ne nous laissez pas succomber à la tentation. »

La tradition n'est pas moins formelle sur ce point :  Quand nous prions, dit saint Cyprien, pour que nous ne succombions point à la tentation, nous sommes par là avertis de notre faiblesse et de notre infirmité. Que personne donc ne s'enorgueillisse, que personne ne s'attribue rien, ni par orgueil, ni par arrogance. ». Le Concile de Diospolis, au tout début du christianisme, dit :  Quand nous combattons contre les tentations et les aiguillons de la concupiscence (12) la victoire provient, non de notre volonté, mais de l'aide de Dieu » ; telle est la nécessité de la grâce ; sans elle, nous ne pouvons absolument rien dans l'ordre surnaturel. Nous avons même besoin de grâces plus fortes que celles qui furent accordées au premier homme dans l'état d'innocence : car Adam n'ayant aucun obstacle à vaincre pour persévérer dans la sainteté, n'avait besoin que de grâces de santé et de conservation. Au lieu que, pour nous, la grâce ayant à surmonter les mouvements de la concupiscence, qui nous porte sans cesse au mal avec tant de violence, nous avons besoin de grâces médicinales et de guérison, de grâces qui non-seulement nous préviennent et nous excitent au bien, mais qui guérissent en même temps notre volonté et fortifient notre faiblesse.

Nous ne pouvons rien sans la grâce ; mais aussi avec elle nous pouvons tout. Ce que disait saint Paul :  Je puis tout dans Celui qui me fortifie » (Lettre aux Philipp. IV, 13), tout chrétien a droit de le répéter après lui ; tout chrétien, quel qu'il soit, quelque faible, quelque fragile, quelque imparfait qu'il soit. Contemplez les martyrs sur les échafauds, les anachorètes dans les déserts, les moines dans les cloîtres : voilà les témoins de la force victorieuse de la grâce. Considérez tout ce qu'il y a eu dans le christianisme d'actions saintes, généreuses, héroïques : en voilà les effets.

D : La grâce actuelle est-elle aussi nécessaire aux justes qui ont la charité habituelle et la grâce sanctifiante ?
R : Sans la grâce actuelle, les justes eux-mêmes ne peuvent faire aucune action utile au salut.

Il est certain, il est de foi que la grâce sanctifiante non-seulement efface les péchés, mais qu'elle aide encore à n'en plus commettre et à vivre saintement. Toutefois, pour opérer le bien surnaturel, pour faire quelque action utile au salut, l'homme a besoin, outre la grâce sanctifiante, d'un secours actuel, d'un mouvement actuel et surnaturel. C'est ce qui résulte de ces paroles que Jésus-Christ adressait aux apôtres :  Comme la branche ne saurait porter du fruit d'elle-même, et sans demeurer attachée au cep de la vigne ; il en est ainsi de vous, si vous ne demeurez en moi » (Jean XV, 4). De même donc que la branche a besoin d'une sève perpétuelle et continuelle, pour qu'elle puisse produire des fruits, de même le juste a besoin du secours de la grâce pour faire le bien.  L'œil du corps, dit saint Augustin, ne peut voir, même dans un état de santé, s'il n'est aidé de l'éclat de la lumière ; ainsi l'homme, fût-il justifié, ne peut bien vivre, s'il n'est aidé de la lumière éternelle de la Justice ». Citons encore les paroles du concile d'Orange :  Toutes les fois que nous faisons le bien, Dieu Lui-même opère en nous et avec nous, pour que nous l'opérions ». Ces expressions sont générales et regardent aussi bien les justes que les pécheurs. La grâce actuelle est donc nécessaire même aux justes, et, sans elle, ils ne peuvent faire aucun acte utile au salut.

D : L'homme ne peut-il pas, sans la grâce actuelle, faire quelque bien ou éviter quelque mal par des motifs purement naturels ?
R : Oui, sans aucun doute, il le peut, et l'Église a condamné ceux qui ont enseigné le contraire.

L'homme peut faire, sans la grâce, et par les seules forces naturelles, des œuvres conformes à la raison, des œuvres moralement bonnes, et dignes de quelques récompenses temporelles. Il peut aussi, sans la grâce, et par des motifs purement naturels, s'abstenir de tel ou tel mal ; d'où il suit que toutes les œuvres des infidèles et des pécheurs ne sont pas des péchés. En effet, 1°) l'Écriture sainte loue, en beaucoup d'endroits, des actions faites par des païens, telles que celle des sages-femmes d'Egypte, qui ne firent point mourir les enfants mâles des Hébreux, comme Pharaon l'avait ordonné ; celle du roi Nabuchodonosor, à qui Dieu donna la terre d'Egypte, pour avoir fait la guerre aux Tyriens, comme il le lui avait commandé (Ezech. XXIX, 18-19) ; celle du tribun Lysias, qui tira saint Paul d'entre les mains des juifs qui voulaient le tuer ; celle de Jules, le centurion, qui traita le même apôtre prisonnier avec bonté, etc.
2°) La raison et le bon sens suffisent pour nous montrer que le pécheur et l'infidèle peuvent faire quelques bonnes actions dans l'ordre naturel, sans le secours de la grâce : comme de rendre un dépôt, parce que cela est juste ; d'obéir à ses parents, parce que la loi naturelle l'ordonne ; de donner l'aumône par un motif d'humanité et de compassion, etc. Qui ne comprend qu'il reste dans l'homme, après le péché d'Adam, une raison capable de connaître au moins les premiers principes de la loi naturelle, et un pouvoir suffisant pour éviter quelque mal, résister à quelques légères tentations, et de faire quelque bien moral, lorsqu'il n'y a pas pour cela de grandes difficultés à surmonter ? Qui pourrait se résoudre à croire que l'homme, sans la grâce, soit nécessité à pécher dans toutes ses actions ?

L'homme peut donc, sans la grâce, faire des œuvres moralement bonnes et qui peuvent lui attirer, comme à Nabuchodonosor, quelque récompense temporelle ; mais ce n'est qu'avec la grâce qu'il peut en faire qui soient utiles au salut et méritoires des récompenses éternelles. En effet, les moyens doivent être proportionnés à la fin ; donc, pour parvenir à une fin surnaturelle, pour arriver au ciel et faire des œuvres qui en rendent dignes, l'homme a besoin d'un secours surnaturel, de la grâce.

D : Dieu accorde-t-il toujours à l'homme les grâces qui lui sont nécessaires ?
R : Oui, Dieu donne toujours à l'homme des grâces suffisantes pour faire le bien et éviter le mal.

Nous ne pouvons rien, dans l'ordre du salut, sans le secours de la grâce ; c'est une vérité certaine et incontestable. Mais, d'un autre côté, nous devons être persuadés que ce secours ne nous est jamais refusé. En effet, Dieu nous ordonne, sous peine des châtiments les plus rigoureux, d'observer ses commandements : il faut donc croire qu'il nous donne la force de les observer. Autrement, en nous châtiant, il agirait envers nous injustement, puisqu'il nous punirait pour n'avoir pas fait le bien qu'il nous était impossible de faire, ou pour n'avoir pas évité le mal qu'il nous était impossible d'éviter. Un élève n'aurait-il pas droit d'accuser son professeur d'injustice, si, sachant, à n'en pouvoir douter, qu'il n'a pas pu apprendre telle leçon, parce que la maladie ne lui a pas permis de l'étudier, il le punissait cependant, parce que il ne saurait pas cette leçon ? Pareillement n'aurions-nous pas droit d'accuser Dieu d'injustice, s'il nous refusait les secours dont nous avons besoin pour accomplir sa loi, et qu'il nous punît ensuite pour ne l'avoir pas accomplie ? Mais qui pourrait avoir de Dieu une idée aussi contraire à sa bonté infinie ?  Non, dit le saint concile de Trente, Dieu ne commande rien d'impossible ; mais, en nous commandant une chose, il nous avertit de faire ce que nous pouvons, de demander ce que nous ne pouvons pas, et il nous aide afin que nous puissions » (Session VI, § II). Ce secours que Dieu nous donne ne nous est dû à aucun titre, c'est de sa part un don purement gratuit ; mais ayant envoyé son Fils sur la terre pour nous racheter, et, par ses mérites, nous remettre en droit de regarder le ciel comme notre héritage, c'est une conséquence nécessaire qu'il nous accorde les moyens d'y parvenir, et par conséquent la grâce, sans laquelle nous ne pouvons rien. Cette grâce, ce secours, nous le répétons, est purement gratuit, en ce sens qu'il n'est pas dû par justice ; il peut être, toutefois, la récompense du bon usage que l'homme a fait d'une grâce précédente.

Il est de foi que les justes, en cas d'urgence d'un précepte, reçoivent une grâce suffisante avec laquelle ils peuvent l'accomplir. Dieu a les yeux ouverts sur les justes —  Quel est l'homme, ayant persévéré dans les commandements de Dieu, qui ait été abandonné de Dieu ? » ; ainsi s'exprime l'Esprit-Saint au livre de l'Ecclésiastique, chapitre 2, verset 12. Dieu honore donc les justes d'une faveur spéciale ; comment supposer, dès lors, qu'il leur refuse les grâces qui leur sont nécessaires pour pouvoir faire ce qu'il leur commande ? Aussi, le saint concile de Trente frappe d'anathème celui qui dit que les commandements de Dieu sont impossibles à observer pour l'homme même justifié, et en état de grâce. On ne peut douter, et c'est la doctrine commune des théologiens, que les pécheurs ordinaires reçoivent des grâces suffisantes pour observer les préceptes quand ils obligent. Cette doctrine est fondée sur la bonté de Dieu envers les hommes, sur sa volonté de les sauver tous, sur la mort soufferte par Jésus-Christ pour le salut de tous.

Les pécheurs, même les plus aveuglés et les plus endurcis, ne sont point privés de certaines grâces à l'aide desquelles ils peuvent revenir à Dieu et se réconcilier avec Lui. S'ils n'ont point la grâce immédiate, le pouvoir actuel et présent pour pratiquer le bien, pour résister à des passions impétueuses, jusqu'à en triompher, ils ont au moins la grâce de la prière, c'est-à-dire une grâce qui les excite et les aide à prier Dieu d'aider leur faiblesse ; et, s'ils y sont fidèles, ils obtiendront d'autres grâces avec lesquelles ils pourront se disposer à recevoir le bienfait de la justification. C'est dans ce sens que saint Thomas a dit : Dieu ne refuse point la grâce à celui qui fait ce qui dépend de lui ; c'est-à-dire que celui qui, avec le secours de la grâce qu'il a actuellement, fait tout le bien qui est en son pouvoir, est sûr d'obtenir une grâce plus forte et plus puissante. Si donc ils s'excusent sur leur malheureuse impuissance, s'ils prétendent qu'ils n'ont pas le pouvoir de se vaincre, nous leur répondrons avec saint Augustin :  Si le pouvoir de faire le bien vous manque, jamais vous ne manquez de celui de prier ; car voici la ressource qui reste toujours au libre arbitre, à la volonté du pécheur, quelque tyrannisé qu'il puisse être sous l'empire de ses passions. Ce n'est pas que l'homme ait toujours le pouvoir d'accomplir la justice toutes les fois qu'il le veut ; mais c'est qu'il est toujours en sa puissance de se tourner, par le mouvement d'une piété suppliante, vers Celui par la grâce de qui il peut l'accomplir ». Jésus-Christ n'a-t-il pas dit :  Demandez, et on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et on ouvre à celui qui frappe ? » (Luc XI, 9).

S'il était vrai qu'il y eût des pécheurs privés de la grâce même de la prière, on ne pourrait pas dire pour cela que la grâce leur manque entièrement. Dieu emploie d'autres moyens pour les ramener à Lui, tels que les remords, les dégoûts, les chagrins, les maladies, etc. Ces divers accidents, qui paraissent pour l'ordinaire tout naturels ou des effets du hasard, sont quelquefois des grâces surnaturelles qui, si l'on y répond, en obtiennent de plus grandes, et font ainsi rentrer par degré dans la voie du salut.

De tout cela il faut conclure qu'il n'est point de pécheur qui soit excusable, puisqu'il n'en est point qui n'ait les moyens nécessaires pour se convertir et éviter le péché. Au reste, si quelques pécheurs, à force de se livrer au péché, avaient mérité que Dieu les abandonnât jusqu'à leur refuser tout moyen de sortir de leur déplorable état, ils ne devraient s'en prendre qu'à eux-mêmes, parce que, dit saint Augustin,  Dieu n'abandonne que ceux qui l'abandonnent les premiers ».
Les infidèles eux-mêmes, d'après l'enseignement commun des théologiens, ne sont pas étrangers aux bienfaits de la rédemption, aux grâces surnaturelles, fruit du sacrifice offert sur le Calvaire pour le salut du monde ; et s'ils se montrent dociles à ces premières impressions de grâce toute gratuite, ils en recevront de nouvelles, et de lumière en lumière ils pourront arriver à la connaissance de la Vérité.  Dieu, dit saint Thomas, ne laissera point mourir dans l'infidélité celui qui, aidé de la grâce, le cherche dans la simplicité de son cœur ; il lui enverrait plutôt un ange pour lui annoncer les vérités qu'il est nécessaire de croire pour arriver au salut, ou il userait de quelque moyen extraordinaire pour le conduire à la foi ».

D : Pouvons-nous rendre la grâce actuelle inutile ?
R : Nous pouvons rendre la grâce actuelle inutile, en n'y coopérant pas.

La grâce, quelque puissante qu'on la suppose, nous laisse toujours le pouvoir de lui résister, parce que nous sommes libres. La grâce efficace elle-même, tout en nous faisant faire le bien certainement et infailliblement, nous laisse toujours la liberté de ne pas le faire.  Bienheureux l'homme qui a été trouvé sans tache [...] qui a pu transgresser et qui ne l'a pas fait ; qui a pu faire le mal, et qui s'en est abstenu » (Ecclésiastique XXXI, 10). On trouve un grand nombre de passages semblables dans les Écritures soit de l'Ancien, soit du Nouveau Testament, qui supposent évidemment que l'homme, quand il fait le bien, n'est contraint par aucune nécessité ; mais qu'excité, prévenu par la grâce, il agit librement ; de telle sorte qu'il est toujours en son pouvoir, lors même que la grâce le presse, de ne point agir, et qu'il pourrait, s'il le voulait, lui refuser son consentement. C'est pour cela que le saint concile de Trente a formellement décidé que l'homme peut, s'il le veut, refuser son assentiment aux mouvements que Dieu excite en lui. Ainsi il est de foi que la grâce inférieure, tout en dirigeant notre volonté, ne lui enlève point sa liberté ; que nous pouvons y résister en n'y coopérant pas, et que les grâces même appelées victorieuses, triomphantes, parce qu'elles nous font surmonter les tentations les plus violentes et franchir avec courage et facilité tous les obstacles qui s'opposent à notre sanctification, nous laissent cependant libres de résister à leur force et à leur attrait, quoique, dans la réalité, nous n'y résistions pas.

Mais comment la grâce de Dieu s'accorde-t-elle avec la liberté de l'homme ? Quelle est, dans nos actions, la part du libre arbitre ? Quelle est celle de la grâce ? Comment cette faculté et cette puissance coexistent-elles sans se contredire ? De telles questions sont insolubles à la raison humaine. C'est le mystère même des rapports de Dieu et de l'homme, de l'infini et du fini, qu'il faudrait connaître en soi pour les résoudre. Nous pouvons résister à la grâce, et nous savons par notre propre expérience que cela n'arrive que trop souvent. Combien de pécheurs qui croupissent dans l'iniquité et qui ne tarderaient pas à se convertir, si, par leur résistance, ils ne rendaient pas la grâce inutile ! Combien de fois la grâce ne vous a-t-elle pas inspiré à être plus recueillis aux saints offices, plus assidus à la prière ? et cependant, toujours même inapplication, même légèreté, même dissipation jusqu'au pied des autels ! Combien de fois la grâce de Dieu ne vous a-t-elle pas reproché, au fond de vos consciences, votre peu de respect, d'amour et d'obéissance pour vos parents ? Et cependant toujours même duplicité, mêmes jurements, mêmes désobéissances, mêmes murmures, même indocilité ! Ne sont-ce pas là autant de résistances à la grâce, autant de moyens de salut que vous rendez inutiles, en n'y coopérant pas ?

D : Qu'est-ce que coopérer à la grâce ?
R : Coopérer à la grâce c'est en suivre le mouvement et l'inspiration.

Quoique la grâce nous prévienne et nous pousse au bien, elle ne le fait cependant pas sans nous. Elle fait tout en nous, mais nous faisons aussi tout avec elle et par elle. C'est ce qui fait dire à saint Augustin :  Celui qui vous a fait sans vous, ne peut vous sauver sans vous ». Par conséquent, la pratique du bien, notre salut, n'est l'ouvrage ni de Dieu seul, ni de l'homme seul, mais il est l'œuvre tout ensemble de Dieu et de l'homme ;  c'est la grâce de Dieu avec moi », dit saint Paul (I Co XV, 10).  Comme la terre ne produit rien sans la pluie, ni la pluie sans la terre : ainsi la grâce sans notre volonté n'opère rien, ni notre volonté sans la grâce » ; ce sont les paroles de saint Jean Chrysostome. Il faut donc coopérer à la grâce ; mais que faut-il entendre par là ? Cela ne veut pas dire qu'il est nécessaire que nous joignions nos forces naturelles aux forces surnaturelles de la grâce, comme un enfant qui joindrait ses petites forces à celle d'un homme robuste pour porter un grand poids ; car si nous faisons une bonne œuvre, ce n'est que par les seules forces que la grâce nous donne.

Coopérer à la grâce, c'est agir avec elle, se laisser conduire par elle, consentir librement au bien duquel elle nous excite et qu'elle nous fait faire, éviter le mal dont elle cherche à nous détourner ; c'est se montrer docile à ses inspirations, céder sans résistance au mouvement et à l'impulsion qu'elle donne.
Par exemple, vous rencontrez un pauvre qui vous demande l'aumône ; Dieu vous inspire la pensée de l'assister et de lui donner quelques secours dont vous pouvez disposer ; la pensée de faire cette bonne action est une grâce, et si vous la faites en effet, vous coopérez à la grâce.

Nous lisons dans les Actes des apôtres (§ 9), que saint Paul (qui s'appelait Saul avant sa conversion et son baptême), allant à Damas pour y persécuter les chrétiens, fut, dans le chemin, terrassé, frappé d'aveuglement, et qu'il entendit une voix qui lui dit :  Saul, Saul, pourquoi me persécutez-vous ? » A cette voix il change aussitôt de sentiment, renonce à son projet et s'écrie :  Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? ». Voilà un bel exemple de coopération à la grâce.

D : Pouvons-nous résister aux mouvements intérieurs de la grâce ?
R : Oui, et nous n'y résistons que trop souvent.

Nous pouvons résister à la grâce, et cela n'est que trop vrai, puisque nous lui résistons si souvent ; il n'est personne de nous qui n'en ait fait la triste expérience. Voilà pourquoi l'Apôtre Saint Paul nous dit :  Prenez garde ; faites attention de ne pas manquer à la grâce de Dieu » (Hebr. XII, 15). Nous l'avons dit, Dieu nous laisse libres sous l'impression de sa grâce ; il nous propose la vie ou la mort, mais son désir le plus ardent est que nous choisissions la vie (Deut. XXX, 19) ; mais, hélas, nous n'y résistons que trop souvent ! C'est ce qui nous arrive toutes les fois que nous péchons, c'est toujours par une résistance à la grâce que nous transgressons la loi de Dieu, car cette grâce ne nous manque jamais si nous la demandons comme il faut ; et nous avons toujours la grâce de la prière pour la solliciter : demandez et vous recevrez. Si donc nous tombons dans le péché, c'est que nous résistons aux secours divins qui nous étaient donnés pour l'éviter et pour faire le bien.

D : Que devons-nous craindre en ne coopérant point à la grâce de Dieu ?
R : Nous devons craindre que Dieu, en punition de notre résistance à ses grâces, n'en diminue le nombre et la force ; ce qui nous exposerait à tomber dans l'aveuglement de l'esprit et dans l'endurcissement du cœur.

Un pauvre qui jetterait dans la boue une aumône considérable qu'on lui aurait faite, ne se rendrait-il pas, par cela seul, indigne de recevoir un nouveau secours ? N'est-ce pas néanmoins ce que nous faisons, quand nous résistons à la grâce et nous refusons d'y coopérer ? Aussi, comme le bon usage des grâces de Dieu nous en attire de nouvelles, l'abus ou le mépris que nous en faisons les éloigne de nous.  Quand une terre souvent abreuvée des eaux de la pluie qui y tombe, dit saint Paul, ne produit que des ronces et des épines, elle est vouée à la malédiction, et à la fin on y met le feu » (Hebreux VI, 8). Paroles terribles, qui ont fait trembler les plus grands saints, et qui doivent nous faire craindre que Dieu, pour nous punir de tant d'infidélités dont nous nous sommes rendus coupables, ne nous retire ses grâces, ou du moins qu'il n'en diminue le nombre et la force. Alors nos esprits ne seraient plus qu'aveuglement et ténèbres, nos cœurs que corruption et ignominie : présages funestes d'une éternelle réprobation.
Coopérons donc, avec la plus constante fidélité, à toutes les grâces que Dieu daigne nous accorder.

 

PARAGRAPHE V

LA GRACE DE LA PERSÉVÉRANCE FINALE
ET
LA PRÉDESTINATION

D : Qu'est-ce que la grâce de la persévérance finale ?
R : C'est la grâce de mourir saintement, c'est-à-dire de mourir dans l'amour de Dieu, en conservant jusqu'au dernier soupir la grâce sanctifiante.

La persévérance finale est une grâce particulière distinguée de la grâce sanctifiante, une grâce qui est la dernière, et qui met le comble à toutes les autres ; une grâce que Dieu ne nous doit point ; mais il l'accorde toujours à celui qui par sa constance dans le bien et sa fidélité à accomplir la loi, s'efforce de s'en rendre digne :  Le don de Dieu, est-il dit au livre de l'Ecclésiastique, demeure ferme dans les justes » (Eccl., XI, 17).
Dieu ne nous doit pas la grâce de la persévérance finale ; mais, nous ne craignons pas de le dire, il se doit à Lui-même de nous l'accorder ; il la doit à sa véracité, puisqu'Il s'est engagé à sauver ceux qui persévèrent :  Car, qui a persévéré dans ses commandements, et a été abandonné ? » (Eccl., II, 12). D'où il suit que le moyen d'obtenir la persévérance finale, c'est la persévérance quotidienne. Pour être trouvé persévérant à la mort, il faut avoir persévéré pendant la vie ; et ceux qui après avoir vécu longtemps dans l'habitude du péché, ne pensent que dans leurs derniers moments à revenir à Dieu, meurent communément comme ils ont vécu, suivant cette Parole du Sauveur :  Vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché » (Jean, VIII, 21).

D : Qu'est-ce que la grâce de la prédestination ?
R : C'est le choix que, de toute éternité, Dieu a fait des élus, c'est-à-dire de ceux qu'il a prédestinés au salut éternel.

Le mot prédestination signifie grammaticalement une destination antérieure ; mais, dans le langage théologique, il exprime la volonté ou le dessein que Dieu a formé, de toute éternité, de conduire par sa grâce un certain nombre d'hommes au salut éternel, de manière à les y faire arriver infailliblement, sans leur ôter le libre arbitre.

Selon saint Augustin, la prédestination est la préparation de la grâce. Saint Thomas nous dit que la prédestination est la manière dont Dieu conduit la créature raisonnable à la vie éternelle :  la préparation de la grâce pour la vie présente, et de la gloire pour la vie future. »

Quoique Dieu donne à tous les hommes les grâces nécessaires au salut, c'est un dogme catholique de croire qu'il ne leur donne pas à tous les mêmes grâces ; qu'Il a des grâces particulières, des grâces de choix, qu'Il accorde aux uns plutôt qu'aux autres : et qu'Il réserve, de toute éternité, la vie éternelle à ceux qui auront persévéré jusqu'à la fin. Aussi, Dieu donne aux hommes les moyens nécessaires et efficaces pour y parvenir.
Quoi de plus précis, en effet, que ces paroles de Jésus-Christ :  Venez, les bénis de mon Père ; possédez le royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. » (Matthieu XXV, 34).

L'apôtre saint Paul s'exprime d'une manière non moins formelle :  Ceux qu'Il a prédestinés, il les a appelés ; et ceux qu'il a appelés, il les a justifiés, et ceux qu'il a justifiés, il les a glorifiés » (Romains VIII, 30).

Ceux qui sont prédestinés à la gloire seront infailliblement sauvés :  Mes brebis, dit Notre-Seigneur, écoutent ma voix ; moi je les connais, et elles me suivent ; et je leur donne la vie éternelle ; et elles ne périront jamais, et personne ne les ravira de mes mains » (Jean X, 27-28) ; mais sommes-nous certain d'être du nombre de ceux que la miséricorde divine a choisis, de toute éternité, pour les faire jouir de sa gloire et de sa félicité ? Nous ne pouvons en être assurés. Les noms des prédestinés sont écrits dans le ciel : ils ne sont pas révélés à la terre. Personne, en effet, ne peut donc dire avec certitude j’irai au ciel. Ce que nous savons positivement, c'est que le gage le plus certain que nous puissions avoir de notre prédestination à la gloire, c'est notre persévérance.

La prédestination est, de la part de Dieu, une suite de grâces continuellement accordées, et, de la part de l'homme, une suite d'actes méritoires sans cesse produits. Ces deux opérations de Dieu et de l'âme fidèle, concourant ensemble, s'aident, s'entretiennent, s'accroissent mutuellement ; elles sont réciproquement l'une à l'autre cause et effet. Les grâces célestes, en tombant avec abondance, engendrent de nouvelles vertus, et les œuvres vertueuses, en se multipliant, attirent encore de nouvelles grâces. Ainsi, de vertus en vertus (Ps., 83 ; 8), le juste s'avance majestueusement vers le terme de ses désirs ; la route qu'il parcourt, éclairée par une continuité de grâces, lui offre une lumière toujours croissante, jusqu'à ce qu'enfin elle le conduise à ce jour pur, brillant et parfait, qui ne connaît pas de nuit (Prov., IV ; 18).

Mais, direz-vous peut-être, si l’homme est prédestiné à la gloire, et par conséquent à la grâce qui lui est nécessaire pour parvenir à cette gloire, il sera infailliblement sauvé ; il est donc inutile qu’il travaille, soit à mériter le ciel, soit à éviter l'enfer. Il ne reste donc qu'à attendre l'exécution de sa prédestination, en vivant sans remords au gré de mes désirs. Rien n'est plus faux que ce raisonnement. La prédestination à la gloire n'a lieu qu'en conséquence des mérites prévus. En effet, la béatitude éternelle que Dieu destine à ses élus nous est représentée dans les livres saints comme une récompense (13), comme quelque chose qui dépend des bonnes œuvres que Dieu a prévu avec certitude qu'ils opéreraient, et qui se coordonne avec elles ; d'où il faut conclure que c'est d'après la prévision des mérites que Dieu désigne à chacun le sort de son éternité ; qu'il ne prédestine au salut que ceux qui le mériteront par leurs bonnes œuvres faites en état de grâce, de même qu'il n'a résolu de réprouver que ceux qui, par leurs péchés, attireront sur eux le poids de sa colère.
Dieu ne prédestine personne à l’enfer ; ceux qui y tombent, le font parce qu’ils ont refusé la Grâce de Dieu. Ils y tombent d’eux-mêmes, par leur propre faute. Dieu veut sauver tous les hommes, mais Sa volonté seule ne rend pas les hommes saints. Il ne veut donner la gloire qu'à ceux qui auront vécu dans l'innocence ou la pénitence, de même il ne condamne à l'enfer que ceux qui auront vécu ou qui seront morts dans le péché.

Cela posé, il est évident que, quoique vous soyez prédestiné, vous devez travailler à mériter le ciel, en faisant, avec le secours de la grâce, tout le bien qui est en votre pouvoir ; car vous ne l'obtiendrez jamais sans cela. Il n'est pas moins évident que vous devez travailler à éviter l'enfer, parce que, si vous le faites, vous ne serez certainement pas du nombre des réprouvés.

Dieu n'a pas seulement prévu de toute éternité ce qui regarde notre sort dans la vie future, il a encore prévu tous les événements de la vie présente. Tout, ici-bas, est soumis à sa prescience et à sa volonté. Personne ne pousse sa vie au delà des bornes que Dieu lui a prescrites ; personne ne recueille, n'arrive au port, ne remporte la victoire que quand Dieu le veut, et de la manière qu'Il le veut. S'avise-t-on pour cela de négliger les moyens de conserver ou de recouvrer sa santé ? Néglige-t-on de s’occuper de son foyer, de travailler pour faire vivre sa famille, de diriger son vaisseau vers le port, de prendre toutes les mesures propres à triompher de ses ennemis ? Non sans doute. Pourquoi donc ne pas se comporter de même pour ce qui regarde le Salut ?

Le Salut ne s’improvise pas. Dans notre vie, nous préparons beaucoup de choses : des diplômes, des concours, des compétitions sportives, les vacances, les repas entre amis ou en famille, un mariage, sa retraite, ses funérailles parfois, etc., mais malheureusement nous pensons peu à préparer notre salut.
Sans doute direz-vous : je suis catholique, je vais à la messe chaque dimanche, je me confesse régulièrement, donc je pense aller un jour au Ciel. Oui, Dieu tiendra sans doute compte de votre ferveur au moment du Jugement particulier, mais faire son salut, préparer son salut, ce n’est pas s’en tenir à de bonnes pratiques religieuses ou à être bon avec son prochain. Et il faut bien faire attention à cela ! Le Salut est de nos jours une chose des plus négligées. Ici bas, en cas d’échec, nous pouvons faire des épreuves de rattrapage : pour un diplôme, son permis de conduire, etc., mais pour son Salut éternel, on ne le peut pas ! Même le Purgatoire n’est pas un rattrapage, puisque l’âme sera jugée dans l’état où elle se présentera devant Dieu au moment de notre mort physique.

Dieu, qui a prédestiné l’homme à la gloire, ordonne en même temps de prendre les moyens nécessaires pour y parvenir : la vigilance chrétienne, la prière, la fuite du péché, la pratique constante des bonnes œuvres. C'est pour cela que l'apôtre saint Pierre nous dit :  Appliquez-vous davantage à rendre certaines par vos bonnes œuvres votre vocation et votre élection ; car agissant ainsi, vous ne pécherez jamais » (II Pierre I, 10).

D : Quels sont les principaux moyens d'obtenir la grâce ?
R : Les principaux moyens d'obtenir la grâce sont les sacrements et la prière.

Jésus-Christ ne s'est pas contenté de nous mériter la grâce par ses souffrances, ses humiliations et la mort ignominieuse qu'Il a endurée sur la croix ; il nous a encore enseigné les moyens de l'obtenir. Ces moyens sont en grand nombre ; mais les deux principaux sont de recevoir les sacrements avec les dispositions requises, et de prier avec humilité, confiance et persévérance.

D : Est-ce que certaines âmes sont exclues de la prédestination ?
R : Non, la prédestination est le couronnement au ciel de la grâce donnée sur la terre aux âmes qui ont accepté librement le secours surnaturel de Dieu. En effet, ceux qui font leur salut le font librement ; ils conservent toujours leur libre arbitre : au moment même où il faut correspondre à la grâce, ils peuvent y résister ou l’accepter.

Saint Augustin a enseigné que la grâce est nécessaire pour être sauvé, et que le ciel n'est donné qu'à ceux que Dieu y prédestine. Aucune âme n’est exclue de cette prédestination par une damnation antécédente à ses mérites.

RÉCAPITULATION PRATIQUE

1°) Estimez la grâce comme le plus précieux de tous les biens ; concevez-en la nécessité absolue pour faire votre Salut.

2°) Recourez A Dieu dans toutes vos actions importantes, dans tous les dangers, dans toutes les tentations, et demandez-lui la grâce de faire le bien et d'éviter le mal.

3°) Soyez toujours dociles aux lumières et aux mouvements de la grâce ; ne vous en rendez pas indignes par de coupables résistances.

4°) Conservez la grâce en amitié avec Dieu, comme le plus précieux de tous les trésors ; veillez et priez sans cesse pour sa conservation, et que la mort vous trouve en cet heureux état car vous ne savez ni le jour, ni l’heure.

TRAITS HISTORIQUES

Le brigand et le Saint Sacrement — On sait que la grâce de Dieu convertit saint Paul au moment où il allait persécuter les chrétiens. Un voleur de grand chemin se convertit dans les mêmes circonstances. Il attendait, pistolet au poing, un marchand qui devait revenir de la foire. Depuis plusieurs heures, il se tenait blotti derrière une haie, lorsqu'il entendit un bruit de pas ; il leva son arme, mais ce n'était pas le marchand ; c’était un prêtre qui passait par là, portant le viatique. A cette vue, il baissa le canon de son arme : la grâce avait pénétré dans son cœur. Il se jeta aux pieds du prêtre et lui confessa son intention délictuelle et le désir de changer de vie. Le prêtre lui dit alors :  Tu vois bien que Jésus-Christ ne t'abandonne pas. Puisque tu n'es pas venu à lui, il est venu à toi dans la forêt. Fais donc pénitence et sois un autre homme. » Le voleur changea complètement de vie et chercha à expier ses péchés par la pénitence. — On ne doit jamais désespérer du pécheur avant sa mort, car il peut se convertir au dernier moment.

Luther et la tache d'encre. — Pendant que Luther se trouvait à la Wartburg sa conscience lui faisait parfois d'amers reproches. Il dit lui-même :  Mon cœur tremblait de frayeur et se demandait : "es-tu seul à être sage, tous les autres seraient-ils dans l'erreur ? Que serait-ce si tu errais toi-même et si tu induisais en erreur tant de gens, qui seraient tous damnés ? Qui est-ce qui t'a appelé à prêcher l'Evangile ?" ».
Au lieu de reconnaître en ces reproches la voix de Dieu, Luther se persuada que le diable le taquinait. Pour le chasser, il lança son encrier contre le mur. La tache en fut longtemps visible à la Wartburg. — Luther montre clairement qu'on peut résister à la grâce.

PRIÈRE

C'est par votre grâce, ô mon Dieu, que je suis tout ce que je suis, que j'ai tout ce que j'ai  voilà la grande vérité que cette leçon vient de nous enseigner. Je viens d'apprendre ce que c'est que la grâce, sa nécessité, les heureux effets qu'elle produit lorsqu’elle est répandue et habite dans nos cœurs !
Mon Dieu ! Que vous êtes bon envers vos créatures  oui, la grâce surabonde où avait abondé le péché. Je le reconnais avec la plus touchante évidence  cependant quel usage ai-je fais jusqu'ici d'un pareil bienfait ? Quel usage j’en ferai dans la suite ?
Pardon, Seigneur, des abus que j’ai fait des secours divins que vous m’avez prodigués avec tant de générosité  pardon d'avoir péché contre le Saint-Esprit ! Oui, mon Dieu, désormais je serai plus dociles aux impressions salutaires de votre grâce, je veillerai davantage à la conservation de ce bien suprême.
Ainsi soit-il.

____________________________

(1) Ce qui ne les empêche pas d'être aujourd'hui un châtiment, puisque Dieu, qui en avait affranchi l'homme, a voulu tout en lui pardonnant, qu'il y restât assujetti.
(2) 55ème prop. de Baïus, condamnée par les Papes St. Pie V, Grégoire XIII et Urbain VIII.
(3) 78ème proposition de Baïus, condamnée par le Pape St. Pie V, en l'an 1567.
(4) 79ème proposition de Baïs, condamnée par le Pape St. Pie V, en l'an 1567. — Michel Baïus, docteur de l'Université de Louvain, mourut en 1589 après avoir rétracté ses erreurs.
(5) 35ème proposition de Quesnel, condamnée par Clément XI. dans sa Constitution Unigenitus, du 8 septembre 1713.
(6) Apollo, juif de la ville d'Alexandrie, était un homme éloquent et savant dans les Ecritures. Il prêcha à Corinthe et y produisit beaucoup de fruit ; ainsi il arrosa dans cette ville ce que saint Paul y avait planté.
(7) 1 Corinth. III, 6, 7.
(8) Corozaïm, ville de Galilée, dans laquelle Jésus-Christ prêcha souvent et fit un grand nombre de miracles.
(9) Bethsaïde, autre ville de Galilée, assez voisine de Corozaïm.
(10) Tyr, ville fameuse de la Phénicie.
(11) Sidon, capitale de la Phénicie, province de Syrie.
(12) La concupiscence ou convoitise est un penchant à jouir, avec dérèglement, des biens sensibles. Elle nous entraîne au péché. Elle est l'amour de soi porté jusqu'au mépris de Dieu. Saint Jean la décompose en trois éléments : la concupiscence de la chair, des yeux et de l'orgueil de la vie, c'est-à-dire l'amour désordonné des plaisirs des sens, la curiosité malsaine et l'attachement exclusif aux biens de la terre, l'estime exagérée de nous-mêmes qui nous fait tout rapporter à nous-mêmes, sans rapporter nos qualités à Dieu. Elle est une suite du péché originel. Le baptême ne la détruit pas. Aussi y a-t-il deux hommes en nous, l'un qui veut le bien, l'autre le mal, et une lutte entre la volonté libre aidée par la grâce, et la concupiscence.
(13) Dans l'Évangile et dans les Épitres de saint Paul, cette prédestination est appelée  le salaire du juste »,  le prix qu'il a mérité »,  la couronne de justice ».


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