Prieres et spiritualite

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Catéchisme
SOMMAIRE

PETIT CATÉCHISME POUR ENFANTS

+ Dieu et la sainte
    Trinité
+ L'Incarnation
+ La Rédemption
+ L'homme
+ L'Église
+ Les vertus
    Théologales
+ Le Décalogue
+ Le péché
+ Les sacrements
+ La confession
+ La communion
+ La prière

CATÉCHISME POUR ADULTES

+ Le chrétien
+ Dieu
+ Les perfections
    de Dieu
+ La sainte Trinité
+ La création
+ Les Anges
+ L'homme
+ Chute de l'homme
+ Le péché originel
+ L'Incarnation
+ La vie de Jésus
+ La mort de Jésus
+ La Rédemption
+ Ensevelissement
+ Le Saint Esprit
+ L'Église
+ Les caractères
    de la vraie Église
+ Hors de l'Église
    point de salut
+ L'enseignement
    de l'Église
+ La communion
    des Saints
+ La mort
+ Vie surnaturelle
+ Résurrection et Jugement général
+ Symbole des
    Apôtres
+ Signe de la Croix

La morale et les péchés :

+ Les vertus
    Théologales
    + La Foi
    + L'Espérance
    + La Charité
+ Le Décalogue

Commandements
de Dieu :


+ Le premier
    commandement
+ Culte des Saints
+ Le second
    commandement
+ Le troisième
    commandement
+ Le quatrième
    commandement
+ Le cinquième
    commandement
+ Le sixième
    commandement
+ Le septième
    commandement
+ Le huitième
    commandement
+ Le 9 et 10 ème
    commandement

Commandements
de l'Église :


+ Etude préliminaire
+ Trois premiers
    commandements
+ Le quatrième
    commandement
+ Le 5 et 6 ème
    commandements
+ Le Péché
+ Péchés capitaux
    + L'orgueil
    + L'avarice
    + La luxure
    + L'envie
    + La gourmandise
    + La colère
    + La paresse

La Grâce,
les Sacrements,
la prière


+ La Grâce
+ Les Sacrements
+ Le Baptême
+ Les promesses
    du Baptême
+ La Confirmation
+ Cérémonie de
    Confirmation
+ L'Eucharistie
+ La communion
+ La Messe
+ La Pénitence
+ Examen de
    Conscience
+ La Contrition
+ Le bon Propos
+ La Confession
+ L'Absolution
+ La Satisfaction
+ Les Indulgences
+ Extrême Onction
+ L'Ordre
+ Le Mariage
+ La prière
+ L'oraison
    dominicale

+ La Salutation
    Angélique

+ L'exercice du
    chrétien



+ Faire un don

ENSEIGNEMENT

CATÉCHISME POUR LES ADULTES

.

CINQUANTE ET UNIÈME LEÇON


1°) LA GOURMANDISE

DEMANDE : Qu'est-ce que la gourmandise ?
RÉPONSE : La gourmandise est un amour déréglé du boire et du manger.

Le peche de gourmandiseOn est gourmand quand on aime trop à boire et à manger ; lorsqu'on boit ou mange au-delà du nécessaire, sans besoin, avec excès, de manière à s'incommoder ; hors des repas, quand on recherche des nourritures trop exquises, ce qu'on appelle friandises, ou vulgairement chatteries.
Le désir du boire et du manger n'est point en soi un péché ; ce désir est juste et raisonnable, quand il tend à conserver la vie et la santé. De même ce n'est pas un péché que d'éprouver du plaisir en buvant et en mangeant ; Dieu ayant donné aux aliments une saveur et un goût agréable, ce n'est pas un mal de les prendre avec satisfaction. Ce que Dieu défend, c'est de boire et de manger à l'excès, sans besoin et pour le seul plaisir ; c'est de boire et de manger avec trop d'avidité et de délectation, et de s'en faire une espèce de félicité ; c'est en cela que consiste la gourmandise.
On ne peut douter qu'elle ne soit un très-grand péché, puisque saint Paul la met au nombre des péchés qui excluent du royaume des cieux. — Ce vice est particulier aux hommes sans éducation ; et, quand une personne bien élevée s'y abandonne, on est sûr de lui trouver de la grossièreté, des goûts ignobles et de la bassesse dans les sentiments.

D : Quelles sont les filles de la gourmandise ?
R : Les péchés dont elle est la source sont le dégoût des choses spirituelles, la négligence de ses devoirs, la colère, l'emportement, les jurements, les blasphèmes, l'intempérance de langage, les actions déshonnêtes, l'hébétude de l'esprit à l'endroit des choses de l'intelligence ; la joie inepte ; la bouffonnerie ; l'impureté.

D : Ces vices là sont-ils particulièrement laids ? Et pourquoi viennent-ils spécialement de la gourmandise ?
R : Oui ; ces vices sont particulièrement laids, parce qu'ils impliquent davantage une diminution ou une quasi-absence de la raison ; et ils viennent de la gourmandise, parce que la raison, comme assoupie ou endormie par elle sous l'action de ses pesanteurs, ne tenant plus le gouvernail d'une main ferme, tout s'en va à la dérive dans l'homme.

D : La gourmandise est-elle un vice capital ?
R : Oui, la gourmandise est un vice capital ; parce qu'elle porte sur un des plaisirs qui sont le plus de nature à provoquer le désir de l'homme et à le faire agir dans son sens.

On pèche par gourmandise en cinq manières :
1°) en usant d'aliments prohibés par l'Église ou en manquant aux jeûnes auxquels on est obligé, soit par un commandement de l'Église, soit par un vœu spécial, soit par la règle d'un Ordre religieux dans lequel on est entré.
2°) en faisant des excès au préjudice de la santé soit de l'âme, soit du corps, ou en buvant jusqu'à perdre la raison ou troubler le jugement.
3°) en recherchant, quant à la qualité, des mets et des vins exquis et précieux, que ne réclament ni les besoins particuliers, ni l'état de la personne, et cela uniquement pour satisfaire la sensualité.
4°) en mangeant plus souvent qu'il ne convient, hors des temps ordinaires, dans des occasions où cela peut être nuisible, en des lieux qui ne sont pas convenables, contrairement à une défense particulière, ou à la règle, si l'on est religieux.
5°) en mangeant avec passion, en savourant la nourriture, ou bien d'une manière immodeste, avec précipitation, absorbé tout entier dans ce que l'on fait, ne pensant pas à autre chose, et ne parlant pas d'autre chose.

On doit s'examiner soigneusement ensuite sur tous ces points, et confesser devant Dieu toutes les fautes commises ; après quoi, on pourra Lui adresser cette prière : « O mon Dieu, ayez pitié de ma fragilité ; ne me refusez pas le secours de votre grâce, afin que je ne me laisse jamais entraîner par la gourmandise. »
Ensuite, former une énergique résolution de mortifier ce vice, et s'appliquer à garder les règles de la tempérance dans les cinq points marqués ci-dessus : dans l'observation des commandements ; dans la quantité des aliments ; dans le temps et la manière de les prendre. Pour la quantité, il y a deux extrêmes à éviter, le trop et le trop peu. Il faut que la nourriture suffise pour soutenir la personne, il ne faut pas qu'elle charge l'estomac. Pour la qualité, se contenter d'aliments ordinaires, plutôt grossiers que délicats, fuyant toute singularité, hors le cas d'une nécessité évidente. Quant à la manière, suivre le conseil du Saint-Esprit ; ne pas s'abandonner à l'appétit, ne pas se jeter sur les mets ; toujours maître de soi-même, tandis que le corps prendra sa réfection, donner à l'esprit la sienne, modérant ainsi l'avidité naturelle. Pour se déterminer à agir de la sorte, aidons-nous des considérations que fournit le point suivant :

Les châtiments de la gourmandise : les châtiments de ce vice peuvent se réduire à trois classes. Il en est qui proviennent de la gourmandise elle-même : tout mauvais arbre produit de mauvais fruits. Il en est d'autres, que Dieu envoie en cette vie pour montrer à quel point ce vice lui déplaît. Il en est enfin qu'il réserve pour l'autre vie.

1°) La gourmandise est à elle-même son châtiment, et la peine suit de près la faute. Le corps est appesanti, la santé altérée, la vie abrégée, la mort avancée. De plus, l'esprit est affaibli ; l'entendement engourdi devient incapable de faire oraison et de traiter avec Dieu ; parce que celui qui recherche les plaisirs sensuels, n'est pas digne de goûter les consolations spirituelles. Le cœur devient lâche pour les grandes choses qui regardent le service de Dieu ; car un homme qui cède à un si faible adversaire, peut-il avoir le courage nécessaire pour lutter contre des ennemis plus forts et plus redoutables ?
2°) Nous voyons que Dieu a puni très sévèrement le péché de gourmandise. Adam et Eve, pour avoir mangé du fruit défendu, perdirent l'état d'innocence et furent chassés du paradis. Les Israélites dans le désert souhaitèrent désordonnément de se nourrir de viande au lieu de manne. Or, dit l'Écriture, ils avaient encore les morceaux dans la bouche, lorsque la colère de Dieu éclata sur eux, et en tua un grand nombre. Et le lieu où ils se rassasièrent fut nommé Sépulcres de concupiscence. Dans une autre conjoncture, ces mêmes Israélites, après avoir mangé et bu avec excès, se livrèrent à l'idolâtrie ; la justice divine permettant que ceux qui avaient fait leur Dieu de leur ventre, adorassent un veau d'or. En punition de ce péché, trente-trois mille furent passés au fil de l'épée. Ce qui est plus étonnant encore, c'est qu'un saint prophète, pour avoir mangé en un lieu où il avait défense de prendre aucune nourriture, fut tué par un lion, sans que Dieu admît, à titre d'excuse, ni les miracles qu'il avait faits précédemment, ni l'obéissance qu'il avait pratiquée jusque-là, ni la faim qui le pressait, ni la simplicité avec laquelle il s'était laissé tromper par un homme qui paraissait être prophète comme lui (III Rois XIII, 21-24).
3°) Enfin, il y a en enfer, un tourment particulier, pour l'homme intempérant. Le mauvais riche, qui s'asseyait tous les jours à une table splendide, fut à sa mort enseveli dans les enfers. Il souhaitait que Lazare vînt vers lui, et qu'il trempât l'extrémité du doigt dans l'eau pour lui rafraîchir la langue : ce qui ne lui fut pas accordé (Luc XVI, 22). C'est ainsi que tous ses imitateurs souffriront de la faim et de la soif et ne goûteront autre chose que l'éternelle amertume du fiel, suivant cet arrêt porté contre Babylone : Autant elle s'est glorifiée et a vécu dans les délices, autant multipliez ses douleurs et ses tourments (Apoc. XVII, 7).

Le péché de gourmandise est mortel :
1 °) quand on s'abandonne habituellement aux plaisirs de la table, qu'on met en quelque sorte sa fin dernière à boire ou à manger ;
2°) quand on boit ou qu'on mange jusqu'à nuire notablement à sa santé ;
3°) lorsqu'on viole les lois du jeune ou de l'abstinence ;
4 °) lorsqu'on se rend incapable de remplir une fonction qu'on est obligé de remplir sous peine de péché mortel ;
5°) quand l'excès dans le boire va jusqu'à l'ivresse, et prive l'homme de l'usage de la raison ;
6°) quand on s'excite au vomissement, afin de pouvoir continuer de boire ou de manger.

Mais y a-t-il péché mortel à boire ou à manger jusqu'au vomissement ? Cela n'est pas certain ; il est même probable que, dans le cas dont il s'agit, le péché n'est que véniel, à moins qu'il n'y ait scandale, ou que la santé n'en souffre notablement. Il y aurait certainement scandale et faute grave, si cela arrivait à un ecclésiastique, à un prêtre, à un pasteur, à moins qu'on ne pût attribuer cet accident à une indisposition.

Celui qui s'enivre volontairement, sans avoir été surpris par la force du vin, pèche certainement. Mais pour qu'il y ait péché mortel, il est nécessaire, suivant le sentiment certainement probable de plusieurs Docteurs de l'Église, que l'ivresse prive entièrement de l'usage de la raison. On reconnaît qu'un homme n'a pas entièrement perdu l'usage de la raison, lorsqu'il peut encore discerner entre le bien et le mal.
Il n'est jamais permis de s'enivrer, quand même il s'agirait de la vie. C'est le sentiment de saint Alphonse de Liguori ; il le soutient comme plus probable que le sentiment contraire.
Il n'est pas permis non plus d'enivrer qui que ce soit, pas même celui qui est incapable de pécher formellement. Si l'ivresse n'est point imputable à un enfant, à un insensé, elle le serait pour celui qui en serait l'auteur.
On ne doit pas engager un convive à boire, lorsqu'on a lieu de craindre que cette invitation n'aboutisse à l'ivresse. Ce serait également une imprudence blâmable de faire boire ceux qui doivent conduire une voiture ou ceux qui ont déjà pris trop de vin, ou qui ne peuvent en prendre davantage sans danger de s'enivrer.
Mais on doit excuser celui qui sert du vin à ceux qui en abusent ou qui en abuseront, lorsqu'il ne peut le leur refuser sans de graves inconvénients ; lorsque, par exemple, ce refus serait une occasion d'emportement, de blasphème ; car servir du vin est en soi une chose indifférente, et l'abus qu'en font ceux qui l'exigent leur est personnel.
Ne peut-on pas enivrer quelqu'un, pour l'empêcher de faire un plus grand mal ; de commettre, par exemple, un homicide, un sacrilège ? Nous ne le pensons pas, quoique le sentiment contraire paraisse assez probable à saint Alphonse de Liguori. Il nous semble que ce serait coopérer directement à une chose mauvaise de sa nature ; ce qui n'est point permis. Cependant il ne faudrait pas inquiéter ceux qui le feraient ; car on peut facilement les supposer de bonne foi sur une question de cette nature.

Trop souvent la gourmandise est suivie de l'intempérance. Or, l'intempérance traîne à sa suite un tel cortège d'infirmités et de maladies, qu'elle tue plus d'hommes que l'épée. Redoutable mystère qui montre tout ce qu'il y a de profonde sagesse dans l'usage du signe de la croix et la prière avant et après le repas ! Par elle nous appelons Dieu à notre secours, et nous nous armons contre un ennemi qui n'attaque plus l'humanité par des bombes, mais par la nourriture ; aussi, prenons bien garde à ce que nous mangeons !

2°) JEÛNE ET ABSTINENCE

Remercier Dieu pour la nourriture qu'il nous donneD : Quelle est la forme spéciale que peut revêtir la pratique de la vertu d'abstinence ?
R : C'est la forme du jeûne.

D : Qu'entendez-vous par le jeûne ?
R : J'entends le fait de supprimer une partie de ce qui est normalement requis pour son alimentation de chaque jour.

D : Mais n'est-ce point là chose illicite ?
R : Non ; et, au contraire, le jeûne peut être chose excellente ; car il sert à réprimer la concupiscence ; il rend l'esprit plus libre de vaquer aux choses de Dieu ; et il permet de satisfaire pour le péché. « La nourriture vous a chassé du Paradis, le jeûne vous y a ramené. » dit saint Jean Chrysostome ; « Dieu a été offensé par la nourriture, il sera apaisé par le jeûne, » dit saint Zenon.

Le tentateur attaque Adam par la gourmandise. C'est en cette manière, selon saint Grégoire, que le premier homme fut tenté. Nous avons, par ce péché, subi une défaite en Adam ; or, nous remportons la victoire par le jeune du Christ qui jeûna et eut faim pour accomplir le mystère de la défaite du tentateur. Par cette faim qu'il éprouva dans sa chair, après un jeûne si long et si austère, il a voulu d'une part expier le péché de gourmandise qu'Adam avait commis, tous ses péchés de sensualité et ceux de ses descendants, et de l'autre, il voulut, dit saint Chrysostôme, étant privé de nourriture, vaincre le démon qui avait vaincu Adam rassasié : il lui a plu de triompher par les mêmes voies qui avaient servi à la défaite du premier homme.
Il s'agissait, en effet, dit saint Hilaire, de vaincre le démon non point par la puissance de Dieu, mais dans la chair de l'homme, dont il était vainqueur.

Quoique le Sauveur ait Lui-même déclaré qu'étant composé d'un corps et d'une âme, nous devons procurer au corps et à l'âme l'aliment qui leur est propre ; néanmoins, dédaignant en ce jour le pain terrestre et se contentant de la parole céleste, il nous apprend qu'on doit préférer la vérité et la grâce de Dieu, vraie nourriture de l'âme, à tous les trésors et à tous les avantages du corps, et que nous devons être plus empressés de nourrir l'âme que le corps.
Il y a plus : la première tentation que le démon eut l'audace de susciter au Seigneur fut une tentation de gourmandise ou de satisfaction sensuelle : « Si tu es le fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains » ; c'est-à-dire : Servez-vous du pouvoir que vous avez de faire des miracles, pour soulager votre faim. Et en même temps, il lui faisait ressentir un désir extrême de prendre de la nourriture, lui suggérant même d'opérer un miracle, si cela était nécessaire.

Premièrement. Remarquons les différentes manières qu'emploie cet esprit trompeur pour entraîner les hommes dans le vice de la gourmandise. Aux riches et à ceux qui s'adonnent à la bonne chère, il représente les délices de la table ; il les porte à préférer à l'observation de la loi de Dieu la satisfaction de leur sensualité, comme il fit à l'égard d'Eve, notre première mère. Aux pauvres qui ne peuvent s'offrir des festins, il persuade de remédier à leur indigence. Tantôt, il les pousse a acheter de la nourriture à très bon marché (souvent préjudiciables à la santé) ; tantôt il recourt à l'artifice : il fait valoir de spécieuses raisons de dispense, de prétendues révélations semblables à celle qu'il inventa pour séduire un saint prophète (III Rois, § XIII). D'autres fois, il se couvre du masque de la piété, et propose à ceux qu'il essaie de tromper des moyens pleins de vanité et de présomption, comme il en usa envers Notre-Seigneur. De quelque façon qu'il s'y prenne, il fait tous ses efforts pour vaincre par la gourmandise les personnes spirituelles, assuré que si elles se laissent prendre à un péché, elles n'auront jamais le courage de se livrer à des combats plus nobles et plus importants.
Secondement. Jésus-Christ, dont l'âme était profondément humble, opposa au malin esprit un passage tiré du Livre du Deutéronome (VIII, 3) : « il est écrit, répondit-il : l'homme ne vit pas seulement de pain, etc. ». Le Sauveur, ayant emprunté à ce livre toutes les paroles dont il se servit pour humilier Satan, voulut, dit saint Jérôme, nous révéler l'efficacité mystérieuse des doctrines et des maximes de l'Évangile, afin que nous puissions repousser toutes les suggestions diaboliques. En d'autres termes : C'est en vain que tu prétends me persuader de faire un miracle pour apaiser ma faim. Mon Père céleste a bien d'autres moyens de me conserver la vie ; et le pain n'est pas la seule nourriture qu'il peut me donner. Je crois à ce qu'il a dit sur ce point dans les Écritures, et je me fie en sa paternelle bonté, qui ne me manquera jamais. Par cette réponse, le Fils de Dieu nous enseigne comment nous devons combattre les tentations qui nous viennent au sujet des biens temporels, des besoins et des commodités de la vie présente. Le démon, lorsqu'il nous tente, obéit à ses instincts de perversité ; apprenons, par les paroles du Sauveur, à faire notre devoir en repoussant les tentations par notre fidélité exacte à la loi divine, qui est la meilleure de toutes les armes pour dompter l'ennemi et pour le mettre en fuite. Commencez, dit le Vénérable Bède, par mettre un frein à votre gourmandise, sinon tous vos efforts contre les autres défauts seront vains. Cette tentation est ici placée en tête, parce que c'est la première qui s'offre à l'homme dès son enfance, et les autres ne viennent qu'ensuite. Pour que l'âme ne soit pas vaincue par la chair, elle doit combattre le démon qui la tente et servir Dieu qui la dirige. On n'en triomphe que par une humilité vraie, par une foi vive en la parole de Dieu, par un entier abandon à sa divine providence. Dieu donne la nourriture aux petits des corbeaux qui élèvent leurs cris vers lui ; la refusera-t-il à ses propres enfants, s'ils la lui demandent avec confiance ?

D : Que faut-il pour que le jeûne soit ainsi chose bonne et excellente ?
R : Il faut qu'il soit toujours réglé par la prudence ou la discrétion, et qu'il n'aille jamais à compromettre la santé ou à être un obstacle pour les devoirs d'État.

D : Tout être humain qui a l'usage de la raison est-il tenu au jeûne ?
R : Tout être humain qui a l'usage de la raison est tenu à une certaine forme de jeûne ou de privation proportionnée au besoin de la vertu dans sa vie morale ; mais non au jeûne prescrit par l'Église.

D : Qu'entendez-vous par le jeûne prescrit par l'Église ?
R : J'entends une forme de jeûne spéciale déterminée par l'Église et prescrite à partir d'un certain âge pour certains jours de l'année.

D : En quoi consiste cette forme spéciale de jeûne ?
R : Elle consiste en ce que l'on ne doit faire qu'un seul repas proprement dit dans la journée.

D : L'heure ou le moment de ce repas sont-ils chose absolument fixe et immuable ?
R : Non ; car on peut faire ce repas ou à midi ou le soir.

D : Peut-on prendre quelque chose en dehors de ce repas proprement dit ?
R : Oui ; on peut prendre quelque chose le matin, sous forme de très léger acompte, et, le soir, sous forme de collation.

D : Quels sont ceux qui sont tenus au jeûne prescrit par l'Église ?
R : Ce sont tous les chrétiens baptisés majeurs, jusqu'à l'âge de cinquante-neuf ans révolus. Les prêtres et les parents veilleront cependant à ce que les jeunes dispensés du jeûne et de l'abstinence en raison de leur âge soient formés au vrai sens de la pénitence.

D : Que faut-il pour qu'on ait le droit de ne pas jeûner, quand on est dans ces conditions ?
R : Il faut qu'on en soit empêché par une raison manifeste de santé ou de travail ; ou, dans le doute, qu'on ait une dispense de l'autorité légitime.

D : Qui peut donner cette dispense ?
R : Pratiquement, il suffit de la demander à son confesseur.

D : Quels sont les jours où l'on est ainsi tenu au jeûne d'Église ?
R : Ce sont tous les jours de carême, sauf le dimanche ; les mercredis, vendredis et samedis des Quatre-Temps de l'année ; et les veilles ou vigiles de la Pentecôte, de l'Assomption, de la Toussaint et de la Noël ; si ces vigiles tombent un dimanche, on n'est pas tenu de les anticiper.

D : N'y a-t-il pas une loi de l'Église pour l'abstinence, distincte de la loi du jeûne ?
R : Oui ; et cette loi consiste dans l'obligation de s'abstenir de viande et de jus de viande, tous les vendredis de l'année, et, pendant le carême, le mercredi des Cendres, ainsi que chaque samedi, jusqu'au samedi saint à midi ; enfin, les mercredis et samedis des Quatre-Temps.

D : Pourquoi l'Église nous impose-t-elle des abstinences et des jeûnes ?
R : L'Église nous impose, conformément aux exemples et à la doctrine de Jésus-Christ, des abstinences et des jeûnes, pour nous faire faire pénitence de nos péchés, mortifier la gourmandise et les passions, et pour d'autres nécessités particulières.

D : Quels sont ces autres nécessités particulières ?
R : Les jeûnes et l'abstinence sont aussi établis pour nous faire observer la sobriété, qui nous modère dans l'usage des boissons, surtout des boissons enivrantes ; la chasteté ; la pudeur ; la modestie ; la pratique de l'humilité ; la douceur, qui modère les emportements de l'âme, l'empêche de tomber dans la colère ; et enfin la clémence, qui modère, autant que le permet la raison, la justice extérieure.

D : Quel nom prend la vertu de tempérance quand elle porte sur les plaisirs de la table ?
R : On l'appelle l'abstinence ou la sobriété.

D : Qu'est ce que l'abstinence ?
R : L'abstinence est une privation d'aliments gras à certains jours, ordonnée par l'Église, pour rappeler la mort rédemptrice du Christ (un vendredi, sauf si une solennité tombe ce jour-là), préparer à la célébration de certaines fêtes : mercredi des Cendres, les vigiles de l'Assomption et de Noël. Elle consiste à régler la partie affective sensible par rapport au boire et au manger, afin qu'on ne s'y porte que conformément à ce que la raison demande.

D : Quels sont ceux qui sont tenus à la loi d'abstinence ?
R : Ce sont tous les fidèles qui ont accompli l'âge de quatorze ans.

D : Y a-t-il, en plus de l'abstinence, une autre vertu qui aide l'homme à prévenir de tels effets ?
R : Oui, c'est la vertu de sobriété.

Il faut opposer à la gourmandise la tempérance et la sobriété, qui nous font régler sur nos besoins, et non sur notre goût, la quantité et la qualité de nos aliments, et ne jamais oublier ces paroles de saint Paul : « Soit que vous mangiez soit que vous buviez, ou quelque autre chose que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu » (I Cor., X, 31).

D : Qu'entendez-vous par la vertu de sobriété ?
R : J'entends une vertu spéciale, qui a pour objet propre de faire que l'homme n'use que comme il convient de toute boisson capable d'enivrer.

D : Quel est le vice opposé à cette vertu ?
R : C'est le vice qui consiste à dépasser la mesure, dans l'usage de ces boissons, au point de tomber dans l'état d'ébriété ou d'ivresse.

D : Qu'entendez-vous par l'état d'ébriété ou d'ivresse ?
R : J'entends un état physique où l'excès de boisson a fait perdre l'usage de la raison.

D : Cet état d'ébriété ou d'ivresse est-il toujours un péché ?
R : Cet état est toujours un péché quand on s'y est mis par sa faute, ne laissant pas de boire avec excès, alors qu'on pouvait et qu'on devait se méfier du caractère capiteux de la boisson.

D : Que faut-il pour que cet état soit un péché mortel ?
R : Il faut qu'on ait prévu que l'excès de la boisson pouvait amener l'ivresse et qu'on ait accepté cette conséquence possible plutôt que de se priver du plaisir trouvé dans cette boisson.

D : Quand ce péché passe à l'état d'habitude, de quel nom s'appelle-t-il ?
R : Il s'appelle l'ivrognerie.

D : L'ivrognerie est-elle un vice particulièrement laid et avilissant ?
R : Oui, l'ivrognerie est un vice particulièrement laid et avilissant ; parce qu'il prive sciemment l'homme de l'usage de sa raison, le mettant d'une manière plus ou moins renouvelée et fréquente dans un état inférieur même à celui de la brute, qui garde au moins toujours son instinct pour la conduire.

3°) IVROGNERIE

Un ivrogne est la risée des autresD : Quel est l'acte de gourmandise le plus dangereux ?
R : C'est de boire jusqu'à s'enivrer ; ce qui fait perdre la raison et rend semblable aux bêtes.

L'acte de gourmandise le plus dangereux et le plus honteux, c'est l'ivresse, dont l'effet est de faire perdre la raison. L'homme ivre devient semblable à l'animal ou plutôt il est bien au-dessous ; il ne connaît plus ni devoir ni affections. C'est un être, qui, dégradé, abject, ne mérite plus le nom d'homme, et n'inspire plus que l'horreur et le dégoût. Et si ce malheureux est père de famille, quel scandale pour sa femme et ses enfants ! Combien ils sont à plaindre! Le ménage d'un ivrogne est-il autre chose qu'un enfer ? — Fuyez toute votre vie un vice aussi vil.

D : Quelles sont les suites de l'ivrognerie ?
R : Les suites de l'ivrognerie sont l'abrutissement de la raison, les paroles indiscrètes, les querelles, l'impureté.

L'ivrognerie est en effet l'espèce de gourmandise la plus dangereuse, et qui a les suites les plus terribles. Les riches sont intempérants dans le boire et le manger, par la variété et la multitude des ragoûts, des assaisonnements, des vins, des liqueurs, etc.
Mais les gens moins aisés donnent dans d'autres excès d'intempérance, en buvant trop de vin, et cela jusqu'à s'enivrer et à perdre la raison. Ayez la plus grande horreur contre ce vice si détestable.

1°) La suite de l'ivrognerie, c'est l'abrutissement de la raison. Que veut dire ce mot abrutissement ? C'est-à-dire, que quand on boit trop, on devient bête, on s'abrutit comme les animaux sans raison. Voyez un ivrogne, il ne sait ni ce qu'il dit, ni ce qu'il fait, ni pourquoi il agit ; il n'est donc plus raisonnable. Son corps même n'a plus sa consistance naturelle ; lorsque l'ivrogne est violent, les animaux même sont moins brutes que lui, puisque jamais leurs membres ne sont captivés et sans forces, comme les siens ; sa langue est aussi embarrassée que sa raison ; il bégaie, il ne saurait articuler des sons réguliers ; il parle à tort et à travers, il n'y a ni suite ni sens dans ses discours ; dans cet état d'abrutissement, on le montre au doigt, et on s'en moque, on en rit comme d'un extravagant, d'un fou qui n'a plus que la figure humaine ; il est le jouet des enfants qui s'en divertissent comme d'un animal extraordinaire qui a moins de raison qu'eux ; au reste, si cette brutalité n'était que stupide et sans action, les suites en seraient moins funestes ; mais elle devient quelquefois semblable à celle des animaux les plus féroces ; on voit des ivrognes transportés de fureur et de rage comme des chiens et des loups ; ils hurlent, ils crient, ils écument, ils déchirent, ils brisent, ils frappent, sur une femme, des enfants ; ils jurent, ils blasphèment, ils ne respectent ni Dieu ni les hommes ; en un mot un ivrogne n'est plus un homme, mais une bête féroce. Tel est son état d'abrutissement dans les accès de son ivresse ; mais cet état déplorable devient habituel et permanent dans la suite ; le vin use les organes, affaiblit le cerveau, la mémoire, le raisonnement, l'esprit ; voilà pourquoi on voit de vieux ivrognes qui ne peuvent plus supporter un verre de vin sans perdre la raison, qui sont dans un état continuel de stupidité, de bêtise, incapables de conduire leurs maisons, leurs affaires, leur personne même, et l'on dit, c'est un homme abruti par le vin.

2°) La seconde suite de l'ivrognerie, c'est l'indiscrétion dans les paroles. Un homme ivre qui ne sait ce qu'il dit, ne peut manquer d'être indiscret dans ses paroles ; il dit tout ce qui lui vient à la bouche, sans rien considérer, sans modération, sans réserve ; il dit tout le mal qu'il sait et qu'il ne sait pas sur les uns et sur les autres ; il tient les propos les plus indécents contre la Religion, contre les mœurs, contre la charité, devant des enfants. Devant les siens propres ; il chante, ou plutôt il détonne des chansons licencieuses ; il répand autour de lui le scandale et la corruption sans s'en apercevoir, et cependant il n'en est pas moins coupable.

3°) Les querelles. Combien de disputes allumées au feu de la débauche ! La colère s'enflamme, on se dit toutes les injures qui viennent à la bouche, on en vient aux mains ; souvent des batailles sanglantes, les meurtres sont les suites affreuses de l'ivrognerie.

4°) La suite de l'ivrognerie est aussi l'impureté. Le sage l'a dit il y a longtemps : « Le vin porte à la luxure, l'Ivresse agite les passions ; quiconque y met son plaisir ne sera plus sage » (Prov. XX , 1). Et après lui le grand Apôtre nous dit : « Ne vous livrez point au vin et à l'ivrognerie ; là se trouve l'impureté » (Ephes. V, 18). Le vin donc enflamme cette passion déjà si fougueuse, et quand on a perdu sa raison, à quels désordres ne se livre-t-on pas ? Voilà pourquoi on voit les jeunes gens si licencieux, si indécents au sortir d'un festin. Filles chrétiennes, fuyez un jeune homme ivre ou porté au vin, comme vous fuiriez un ours furieux qui aurait brisé sa cloison ; vous êtes moins en sûreté avec lui qu'au milieu des bêtes féroces. Le corps d'un ivrogne est un cloaque d'impuretés. Lorsqu'il est rempli par la plénitude des aliments de la gourmandise, dit Saint Grégoire, alors la vertu de l'âme est détruite par la luxure. Mais ce n'est pas tout ; l'ivrognerie ruine la fortune, la paix, le corps et l'âme.

a) L'ivrognerie ruine la fortune : Où conduit la gourmandise ? A perdre son temps dans les plaisirs de la table. Que de moments, que de journées utiles perdues par ces ouvriers, ces artisans livrés à l'intempérance ! Et pendant ce temps-là gagne-t-on sa vie et celle de sa famille ? Double perte ; ne rien gagner et dépenser davantage ; que devient le fruit des travaux d'une semaine ? Il est absorbé dans le vice de l'ivrognerie. Un ivrogne ne sait rien ménager, pour sa passion il dépense et prodigue sans aucune réserve tout ce qui devrait nourrir une famille malheureuse qui pendant ce temps-là languissent de faim et de misère ; et au bout d'une vie pareille que reste-t-il dans cette famille ? La pauvreté, des malheurs ! Combien de maisons aisées, ou qui le devraient être, ainsi ruinées par la gourmandise et l'intempérance ! Combien de pauvres qui le sont devenus par leur faute, et qui, comme le prodigue, ont dévoré toute leur substance dans une vie de profusion et de débauches (Luc. XV, 13).

b) L'ivrognerie ruine de la paix dans le ménage. Nous l'avons déjà dit, l'ivrognerie entraîne les querelles et les disputes ; mais c'est surtout dans les ménages, entre un mari débauché et une femme qui souffre de ses désordres. Qu'arrive-t-il ? On le voit tous les jours : une épouse malheureuse, réduite aux abois, poussée à bout, pleure, s'emporte contre un époux qui revient ivre à la maison ou qu'elle est forcée d'aller chercher.
L'un est transporté hors de raison par la chaleur du vin, l'autre est au désespoir et excédée de chagrin. De là quelles paroles ! Quels traitements ! Les jurements, les emportements, les imprécations, les coups, etc. C'est en vain qu'une mère désolée présente entre ses bras un enfant innocent à ce père furieux ; rien n'arrête cette bête féroce, la mère et l'enfant sont tous deux victimes de la brutalité ; guerre journalière et continuelle dans ces malheureuses familles !

c) L'ivrognerie ruine du corps et de la santé. Nécessairement les excès du vin et des aliments surchargent l'estomac, brisent les forces, usent le tempérament et est la cause de mille infirmités. Les ivrognes se traînent à pas tremblants vers leur tombeau : voilà où les ont réduits leurs excès ; malgré cela ils se vantent d'avoir résisté aux fatigues de la table. Le proverbe ancien sera toujours vrai : La gourmandise a plus tué d'hommes que le glaive.

d) L'ivrognerie ruine de l'âme. Nous l'avons déjà dit : elle la ruine par la multitude de vices qu'elle entraîne : l'abrutissement, la licence, les discours, l'impureté, la colère, les emportements, les meurtres, etc. J'ajoute encore ici, les friponneries, les vols, les injustices auxquelles on est entraîné par le désir de satisfaire son vice, par les besoins qu'elle entraîne ; j'ajoute encore l'impénitence finale où elle conduit ; car quelle est la fin ordinaire des ivrognes ? Ils meurent comme ils ont vécu, ou dans leurs funestes habitudes d'ivrognerie, ou dans un état d'ivresse car, le plus terrible, c'est que souvent les ivrognes meurent dans cet état même de leur ivresse : un tel était ivre et il est tombé dans les eaux, il s'est noyé ; cet autre a été trouvé mort dans la neige ; celui-là est tombé du haut d'un mur ou d'un couvert ; ce conducteur ivre s'est tué en conduisant sa voiture. Les malheureux, ils sont morts dans un état de déraison et d'ivresse, et les voilà entre les mains de la Justice Divine, Quel état ! Quelle vie ! Quelle mort !

De tout cela, que conclure ? Qu'il faut éviter la gourmandise et l'ivrognerie. Enfants, jeunes-gens, prenez garde dès l'âge encore tendre où vous êtes, prenez garde de contracter cette indigne habitude. Souvenez-vous toute votre vie qu'il est écrit dans les livres saints, que les ivrognes ne posséderont pas le royaume des cieux (Cor. VI, 10). Sur qui doit tomber le malheur ? Sur ceux qui aiment à boire à l'excès (Prov. XXIII, 29 et 30). Et vous, anciens, qui peut-être seriez dans cette habitude funeste, faites vos efforts pour la détruire, conjurez le Seigneur de vous en faire la grâce, condamnez-vous à boire modérément. La tempérance, voilà la vertu opposée à la gourmandise et à l'ivrognerie, elle en est le remède. Heureuse sobriété ! Vertu avantageuse au corps et à l'âme ! On est sobre quand on boit et mange avec modération ; il est infiniment important de s'accoutumer dès la jeunesse à vivre sobrement, à ne boire et à ne manger qu'autant qu'il le faut pour la santé de l'âme et du corps. Les excès en ce genre ruinent le corps et accélèrent sa chute ; c'est en les évitant qu'on le conserve sain et robuste. Soyez donc sobres dans le boire et dans le manger (I Pierre V, 8), et vous serez à l'abri de mille dangers, de tous les malheurs de l'âme et du corps qui menacent les intempérants.

Si l'ivresse arrive par surprise, ce qui peut avoir lieu pour les personnes qui éprouvent quelque indisposition, ou qui ne connaissent pas la force du vin, des liqueurs qu'on leur sert, alors elle n'est point imputable, parce qu'elle n'est point volontaire. Si elle est volontaire, on est coupable, non-seulement à raison de l'ivresse, mais encore à raison du mal qu'on a fait durant l'état d'ivresse ; des blasphèmes, par exemple, qu'on a proférés, de l'homicide qu'on a commis ; pourvu toutefois que cet homicide, ces blasphèmes aient été prévus, d'une manière au moins confuse, par celui qui s'est enivré volontairement.

D : Quelle est la vertu opposée à la gourmandise ?
R : C'est la tempérance, qui nous préserve de tout excès dans le boire et le manger.

4°) LA TEMPÉRANCE

Homme saoul ramené à la maisonD : Quelle est la dernière des grandes vertus morales qui doivent assurer la perfection de la vie de l'homme dans sa marche de retour vers Dieu ?
R : C'est la vertu de tempérance.

D : Qu'entendez-vous par la vertu de tempérance ?
R : J'entends cette vertu qui dispose à éviter toutes les sortes d'excès, l'abus de la table, de l'alcool, du tabac et des médicaments. Ceux qui en état d'ivresse ou par goût immodéré de la vitesse, mettent en danger la sécurité d'autrui et la leur propre sur les routes, en mer ou dans les airs, se rendent gravement coupables.

Les avantages de la tempérance : considérer les grands biens dont Dieu se plaît à récompenser ceux qui mortifient leur sensualité par la tempérance et par le jeûne. Ces biens peuvent se réduire à trois espèces, qui répondent aux trois sortes de châtiments dont il a coutume de punir le vice de la gourmandise. La première espèce comprend les biens que la tempérance produit d'elle-même, comme un bon arbre porte toujours de bons fruits. La seconde renferme ceux que Dieu fait en cette vie aux personnes sobres, pour montrer combien la tempérance lui est agréable. La troisième regarde les délices abondants qu'il leur prépare dans le Ciel.

En premier lieu, la tempérance récompense au double la peine qu'elle a pu donner au commencement. Elle rend le corps léger, elle prévient les maladies, elle conserve la santé et prolonge la vie ; elle réjouit l'âme, elle la dispose à faire oraison et à recevoir les consolations du Ciel ; elle affaiblit la chair, son plus grand ennemi, en l'assujettissant à l'esprit ; elle inspire du courage pour les décisions qui concernent le service de Dieu.

En second lieu, Dieu a tant de bonté et de compassion pour les hommes, qu'il ne peut les voir longtemps privés de toute joie et de tout plaisir. Lors donc qu'ils affligent rudement leur corps par de longues abstinences, il les nourrit intérieurement de ses plus pures délices, et au lieu du plaisir sensuel qu'ils ont méprisé, il leur remplit l'âme de consolations spirituelles. De cette sorte, ils ne perdent rien à renoncer au plaisir des sens ; ils ne font que le changer en un autre bien préférable, achetant ainsi la paix du cœur par la mortification de la chair. C'est à ces hommes que Dieu révèle, comme il les révéla autrefois à Daniel, ses plus impénétrables mystères. C'est à eux qu'il fait remporter de plus grandes victoires, comme il rendit les trois compagnons de ce prophète victorieux de l'orgueil et de la puissance de Nabuchodonosor. C'est eux encore qu'il élève au plus sublime degré de la contemplation, à laquelle il éleva Moïse et Élie, qui méritèrent, en récompense de leur jeûne et de leurs autres pénitences, d'être témoins de la glorieuse transfiguration du Sauveur.

En troisième lieu, Dieu enfin récompense dans le Ciel, par un complet rassasiement, ceux qui vivent ici-bas dans la sobriété et la tempérance. Il les fait asseoir à sa table avec Jésus-Christ, et il les nourrit dans son royaume des mets dont il se nourrit Lui-même. Si, donc, nous désirons parvenir en ce monde à une haute sainteté, et obtenir dans l'autre une magnifique récompense, nous devons pratiquer la tempérance, nous devons faire usage du jeûne, qui est, ainsi que l'Église le chante, le moyen dont Dieu se sert pour réprimer les vices, pour élever Pâme, pour aider à acquérir les vertus, et à mériter les récompenses.

EXAMEN

l. — Si on a point fait d'excès au boire et au manger, et si on y a point pris trop de plaisir.
2. — Si on en a point pris avec tant d'excès, qu'on ait été malade, ou qu'on ait été ivre.
3. — Si on a point mangé des choses qu'on savait bien qu'elles seraient préjudiciables à sa santé, et si cela a été notablement.
4. — Si on a point été souvent et sans nécessité aux cafés pour y boire du vin.
5. — Si on a point excité les autres à choses semblables.
6. — Ai-je par gourmandise ou par négligence violé la loi du maigre les jours de jeûne et d'abstinence prescrits par l'église ?

RÉCAPITULATIF PRATIQUE

1°) Ayez en horreur tous les excès de la bouche, et même toutes les petites gourmandises qui y conduisent.
2°) Contentez-vous de manger avec modération.
3°) Accoutumez-vous vous-mêmes à vous priver de quelques petites choses pour vous former à la sobriété et à la mortification.
4°) Demandez à Dieu la grâce de ne pas former en vous l'habitude du vin, ou la grâce de rompre cette habitude si malheureusement elle était déjà en vous.

TRAITS HISTORIQUES

LE CURÉ ET L'IVROGNE : Un curé sortant des vêpres, rencontra sur son chemin un militaire ivre, étendu sur le sol à l'entrée du village ; il le prend entre ses bras, le relève, le traîne comme il peut jusqu'à l'auberge et le recommande aux soins du maître du logis. Celui-ci ne manque pas de faire observer au charitable prêtre que cet ivrogne ne mérite pas tant de soins, que les soldats abusent de tout, que sais-je encore ?
Allons, allons, répond le curé, n'est-ce pas un homme ? C'est mon prochain, c'est le vôtre, que m'importe le reste ? Là-dessus il paie pour son protégé, et sort après avoir vu le malheureux bien couché dans un lit. — Cependant le militaire, à l'aise et rafraîchi, se met à dormir ; et le lendemain, il est fort étonné de s'éveiller dans un bon lit ; il cherche, demande et apprend avec étonnement l'action généreuse du curé, qui même a payé d'avance le déjeuner qu'on lui sert à l'instant. Après avoir usé largement de la générosité de son bienfaiteur, il vole au presbytère pour le remercier. La maison curiale était un peu à l'écart, il arrive ; la porte est fermée, des cris et des lamentations se font entendre au milieu du bruit causé par une lutte désespérée. Le sang du soldat s'allume, il brise la porte, il se précipite au secours de l'ecclésiastique attaqué, il arrive assez à temps pour arrêter l'assassin contre lequel le curé se débattait encore, et pour en faire fuir un second qui, après avoir bâillonné la servante, accourait à l'aide de son compagnon.

PRIÈRE

INVOCATION À SAINT ONÉSIME : « Bienheureux Onésime, vous qui savez comme il est difficile d'échapper aux pièges tendus par Satan, aidez-moi ! En souvenir de la charité que saint Paul vous a manifestée, vous dont il disait que vous êtes son enfant qu'il avait engendré en étant dans les chaînes, veillez sur moi comme il a veillé sur vous, et daignez à ce que je ne tombe plus dans le péché de gourmandise. Ainsi soit-il ».


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