ANNÉE     2005 .
Retour aux titres Retour aux titres Accueil du site

QUE S'EST-IL PASSÉ À FÁTIMA ?

Résumé du pèlerinage de réparation organisé par la Fraternité Saint Pie X

Editorial : Fatima, ce n’est pas fini !

Fatima, ce n’est pas fini ! Tel était le cri du cœur de Mgr Fellay à la fin de sa conférence à Bruxelles, le 13 juin 2005 (voir "Nouvelles de Chrétienté" n° 94, juillet-août 2005). Et il poursuivait : « Nous sommes à l’époque de la Sainte Vierge. Je suis persuadé, en voyant tout ce qui se passe depuis le XIXème siècle, que nous vivons l’époque de la Sainte Vierge ».

Cette conviction est celle des nombreux pèlerins qui se sont pressés au pied de Notre-Dame de Fatima, fin août 2005, à l’occasion du pèlerinage de réparation organisé par la Fraternité Saint Pie X.

Et c’est sur cette conviction que s’appuie l’espérance des auteurs de la revue "Le Sel de la terre" (été 2005) où l’on peut lire : « La solution à la crise actuelle est liée à Fatima. (…) Sans doute, la clef de la solution à la crise dans l’Eglise est dans les mains du pape. Mais chacun d’entre nous doit préparer et hâter ce triomphe du Cœur Immaculé de Marie, en connaissant et en faisant connaître le message de Fatima, et en obéissant, autant qu’il est en nous, aux demandes de la Reine du très saint Rosaire ».

Chacun d’entre nous doit… Que nul ne se dérobe à son devoir !

Fatima avec en arrere plan les incendies de foret

A Fatima, pour l’honneur de Notre-Dame

Le pèlerin arrivant à Fatima ce vendredi 19 août 2005 se trouvait plongé dans une ambiance un peu étrange. De grands incendies disséminés aux alentours consumaient la forêt, jetant des lueurs faisant songer aux flammes éternelles, et malgré un ciel sans nuage, le soleil pouvait être contemplé face à face, son disque bien limité émettant une lumière tirant sur le rouge à travers le voile de fine fumée. Présage ? Fatima nous accueillait en ressuscitant des éléments du mystère accompli voici près de quatre-vingt dix ans : la vision de l’enfer et la danse du soleil. La ville pourtant se présentait comme à l’accoutumée. En passant près du sanctuaire, toutefois, une masse sinistre environnée de grues, d’échafaudages et de barricades bouchait brutalement la magnifique perspective, dérobant aux regards la place sanctifiée avec en son centre la statue flavescente du Sacré-Cœur, la façade de la belle et ancienne basilique et la Capelhina si chère aux dévots du Cœur Immaculé. Un panneau révélait le hideux et obscur projet, rejeté par la majorité des habitants du lieu, pétition à l’appui, mais imposé par la volonté destructrice de ceux qui n’ont ni goût, ni foi. Le présage prenait de la consistance, mais n’était-ce qu’un présage ?

Panneau de la nouvelle basilique en constructionSœur Lucie écrit dans ses « Mémoires » que le secret consiste en trois choses dont la première est la vision de l’Enfer, révélé aux trois petits pendant quelques instants. Moments d’éternité ! qui ont laissé une impression définitive sur leur âme. Le mal et le péché leur avaient été révélés dans leur quintessence si l’on ose s’exprimer ainsi pour les préparer à la mission qui leur avait été impartie. Mais le démon cherche toujours à se venger. Et les évènements survenus à Fatima ces derniers temps en sont la marque évidente. Quelle revanche que de pouvoir amener, sur ces lieux sanctifiés, des ministres à sa solde, et ce sous l’égide du Vatican ! Le psaume le dit bien : « Omnes dii gentium demonia », « Tous les dieux des peuples sont des démons ». Quel triomphe même, que de faire rendre un culte étranger à la Mère de Dieu, sur les lieux où elle a voulu avertir ses enfants et leur rappeler le terrible châtiment qui attend le pécheur endurci dans l’au-delà.

Mais nous étions précisément là pour protester hautement contre cet abaissement du lieu des apparitions, s’intégrant à une série d’actes destinés à absorber de force Fatima et — si c’était possible — la Vierge sainte elle-même dans le plan œcuménique élaboré dans les obscures officines modernistes. La dévotion envers la Mère de Dieu étant l’un des refuges des résidus de l’esprit catholique ayant survécus à l’ouragan conciliaire, ne peut être tolérée, mais doit être adultérée, et celle qui triomphe de toutes les hérésies est priée de s’associer à ceux qui détrônent ou rejettent son divin Fils. C’est pourquoi les vrais fils de Marie convergeaient vers Fatima où elle a voulu nous découvrir les trésors de son Cœur, afin de réparer les outrages qui lui ont été infligés en ce lieu et pour venger son honneur. Nous voulions aussi dénoncer les maux qui ravagent la sainte Eglise, et renouveler notre consécration à l’Immaculée, lui offrant nos forces et nos cœurs afin qu’elle daigne les utiliser dans le combat qu’elle livre depuis le premier instant de sa conception au serpent infernal.

Pour nous préparer à des actes si importants et qui nous dépassent, nous voulions tout d’abord raviver en nous l’amour filial que nous portons à cette tendre Mère, redécouvrir sa beauté incomparable, et remettre devant nos yeux le combat à mener contre ses ennemis, contre l’œcuménisme destructeur surtout. Quatre chantres de Notre Dame firent retentir aux oreilles attentives les gloires du Cœur de Marie dans des langues variées, dénoncèrent les manœuvres qui font disparaître le message authentique de Fatima et s’opposent au plan de Dieu, et rappelèrent les méfaits de la terrible crise de la foi qui plonge les âmes dans les ténèbres. Leurs paroles réchauffèrent tous les cœurs et augmentèrent le désir de réparer pour les outrages commis contre ce lieu et contre celle qui est venue du Ciel pour nous y parler et nous avertir. Vers le soir, une projection exposant les ravages de la nouvelle liturgie et de l’œcuménisme soulève l’indignation générale et renforce dans les volontés, s’il en était besoin, le désir de lutter contre cette folie introduite jusque dans le lieu saint.

Procession d'entree du clerge a la messe pontificale du dimancheFolie blasphématoire, hélas ! qui marque une certaine victoire du mal qui s’est infiltré partout. Et c’est pourquoi notre opposition au mal doit prendre à Fatima une coloration particulière, demandée par la Vierge Immaculée : l’expiation des péchés qui offensent la majesté divine et qui provoquent la perte de tant d’âmes. Il semble que cette demande pressante s’adresse particulièrement à notre époque. Le premier commandement est bafoué par ceux-là mêmes qui ont pour mission de diriger l’Eglise et de protéger la foi des fidèles. Comme l’a annoncé Notre Dame, la Russie a réussi à répandre ses erreurs, et ce jusque dans l’enceinte sacrée. Le refus de condamner le communisme au Concile et la politique de la main tendue ont eu raison de l’esprit catholique dans bien des têtes, et les errements de la révolution se sont introduits jusque dans la théologie. Aujourd’hui plus qu’en 1917, il faut expier cet abandon de la foi et cet aveuglement qui blessent particulièrement le Cœur maternel de notre Mère du ciel.

Que doit faire tout bon fidèle le dimanche, jour consacré à Dieu ? Les enfants de première année de catéchisme n’hésitent pas une seconde devant cette question : il faut aller à l’église pour entendre la Messe ! Bonne réponse, mes enfants. Mais comment se fait-il alors que, en cette belle matinée du dimanche 21 août, nos pèlerins d’hier qui semblaient si dévots désertent les édifices sacrés ? Ils s’en vont, qui par bus, qui en voiture, qui à pied et ne se dirigent vers aucune église connue de Fatima. Bientôt — car la cité n’est pas bien grande — les voilà qui arrivent sur une sorte de terrain vague situé près d’une entrée de la ville, planté de quelques arbres, au sol poussiéreux. Ils sont accueillis par deux ou trois stands abritant des œuvres diverses. Soudain, à main droite, le regard découvre un chapiteau qui les attend, majestueux. Venu tout droit de Belgique, il a poussé en une journée ; chacun de ses éléments et de ses détails a été pensé et repensé, et il ne faut pas longtemps pour découvrir sa beauté simple. Les habitués savent d’ailleurs discerner ses transformations et ses améliorations successives à chacune de ses apparitions. Car, voyez-vous, c’est un habitué des foules et des lieux saints. Fatima ? il connaît déjà ! Et Chartres, et Rome… C’est qu’il est fidèle, et heureux de servir une si grande cause. Il est là pour abriter l’autel sacré où dans quelques instants Notre Seigneur va renouveler son Sacrifice éternel selon le rite antique et vénérable.

Car à Fatima l’on veut bien accueillir un culte étranger, jusque sur les lieux mêmes de l’apparition, mais la messe tridentine ne sera acceptée dans aucune des églises de la ville. Chassée, bannie, de par la volonté d’un recteur impie, elle doit laisser place à l’idolâtrie que la Vierge a dû subir. Est-ce donc possible ? Hélas ! ce n’est ni une invention, ni un cauchemar de la nuit. En ce 19 avril 2004, un groupe d’hindous venu de la capitale proche arrive à Fatima. Ils sont attendus. Et même reçus à bras ouverts. Ils peuvent sans plus de formalités se diriger vers la Capelhina qu’ils investissent. Tandis qu’ils déposent une gerbe de fleurs devant la statue de Notre Dame, un ministre de leur religion prononce une prière pour la paix. Mais ces deux gestes sont en fait des éléments de leur culte. La Vierge a été assimilée à une déesse, et un autre dieu obscur a été invoqué en sa présence… En présence de la Mère du Christ, de la Mère du Fils du seul et vrai Dieu. Pouvait-on imaginer un affront plus cinglant et plus affreux ?

Pretres et seminaristes assistent a la messe sous des tentesCet acte avait d’ailleurs été préparé et facilité par un autre affront presque aussi sanglant. En octobre 2003, le même recteur avait organisé, sous l’égide du Vatican, un congrès interreligieux à Fatima même. L’on voyait s’y côtoyer différentes religions : hindouisme, bouddhisme, judaïsme, islamisme, orthodoxie, anglicanisme et… catholicisme. Devant un parterre d’adorateurs de faux dieux, un prêtre catholique put même attaquer le saint concile de Trente sans que les autorités présentes (cardinal, évêques, supérieur de dicastère romain) ne protestent ; il eut au contraire droit aux applaudissements. D’autres infamies furent prononcées contre le sanctuaire, et les intentions de Notre Dame de Fatima dénaturées, pour faire d’elle un précurseur du dialogue œcuménique et interreligieux.

Derrière le pavillon où la sacristie a été installée, les derniers préparatifs s’achèvent grâce à l’aide précieuse des séminaristes et des frères présents. Les prêtres se regroupent en vue de la cérémonie, et l’on aperçoit le violet de camails épiscopaux. Les ministres se revêtent des ornements blancs, et l’évêque est coiffé de la mitre précieuse. A l’heure dite, la solennelle procession s’ébranle et se dirige vers l’autel qu’elle salue, avant de se retirer vers la tente préparée pour les clercs. Ils sont cent soixante, pour moitié des frères et des séminaristes venus de tous les séminaires de la Fraternité Saint Pie X — à l’exception de l’Australie — l’autre moitié rassemblant des prêtres venus eux aussi de tous les horizons, sans oublier les évêques. Mgr Fellay se présente enfin pour la célébration de cette messe pontificale du Cœur Immaculé de Marie, anticipé d’un jour pour la circonstance. Les quelque deux mille deux cents fidèles entrent dans le silence, la liturgie commence et la chorale lance vers le ciel les paroles de l’Apôtre : “Adeamus cum fiducia ad thronum gratiæ”, « Présentons-nous avec confiance devant le trône de la grâce ».

Mgr Fellay , superieur de la Fraternite Sacerdotale Saint Pie XSoudain, le silence se fait plus pénétrant, les oreilles plus attentives : le pontife s’avance mitre en tête et crosse en main pour s’adresser à ces fidèles ; et pour satisfaire à tous les souhaits, il prononcera l’homélie en quatre langues. L’évêque prêche, il explique, il exhorte : les actes commis à Fatima l’an dernier ont soulevé la colère de Dieu, celle même qui est annoncée dans le message délivré par Notre Dame.
Le message de Fatima est oublié, il est éradiqué, et la faute en revient à cette nouvelle théologie qui ne connaît plus Dieu, qui le déforme : sa justice est oubliée, son honneur également. Sa transcendance est incomprise : il est considéré comme inaccessible au péché. Certes, cela est vrai de Dieu en lui-même, mais le péché reste une offense qui attaque la gloire divine, celle qu’il tire de ses créatures et qu’il attend d’elles. C’est pourquoi la Vierge annonce aux enfants des châtiments : la guerre en ce monde et l’enfer dans l’autre. Peut-on oublier ces avertissements ? C’est pourquoi il faut réparer. Mais Dieu lui-même a fait connaître par sa Mère qu’il désirait que cette réparation se fasse spécialement envers les péchés commis contre elle. Il veut que la dévotion au Cœur Immaculé soit une dévotion réparatrice, et il place en elle une vertu spéciale. Comment ne nous empresserions-nous pas d’obéir à la volonté de Dieu ? surtout lorsque nous y voyons une insistance évangélique, celle d’honorer celle que Notre Seigneur nous a donnée pour Mère.

C’est d’ailleurs là le cœur du message de Fatima, puisque, toujours selon Sœur Lucie, la deuxième partie du secret se rapporte à la dévotion au Cœur Immaculé de Marie. Comme elle le raconte : « J’ai déjà dit dans le second écrit, que Notre Dame, le 13 juin 1917, m’avait dit qu’elle ne m’abandonnerait jamais et que son Cœur Immaculé serait mon refuge et le chemin qui me conduirait à Dieu. Ce fut en disant ces paroles qu’elle ouvrit les mains et fit pénétrer dans notre poitrine le reflet de lumière qui jaillissait d’elles. Il me semble que, ce jour-là, ce reflet a eu pour fin principale de mettre en nous une connaissance et un amour spécial du Cœur Immaculé de Marie. » Cette grâce particulière n’est pas limitée aux voyants, et de même que Notre Seigneur nous a dit : « Voici votre Mère » à travers saint Jean, de même, à ceux qui en feront l’humble demande, l’amour maternel livrera les secrets de son Cœur et sera son refuge et son chemin vers le Ciel.

L’homélie achevée, le cérémonial pontifical reprend. A genoux sur le sol parsemé de branchettes ou de cailloux, nombre de fidèles ont commencé l’acte de réparation et de satisfaction à Notre Dame. La communion s’éternise, mais les âmes, désireuses de montrer leur amour pour la Très Sainte Vierge, tiennent bon. Les enfants de Marie prient et supplient, et, portés par la Bonne Mère, ils expient les péchés commis contre elle, selon la demande de Notre Seigneur lui-même. La vision de ce peuple agenouillé en ce lieu, dans une attitude d’adoration et de vénération, banni et chassé des églises, mais priant pour réparer les blasphèmes commis contre le Cœur Immaculé, est à la fois poignante et attendrissante. Puisse Dieu avoir pour agréable leur supplique. La cérémonie terminée, les quatre évêques s’agenouillent devant l’autel pour renouveler l’acte de consécration de la Russie au Cœur Immaculé suivant la formule utilisée déjà par Mgr Lefebvre en 1987, et reprise lors du pèlerinage de 1997. « Prosternés au pied de votre trône de grâce, ô Reine du Très Saint Rosaire… Afin de réparer tant de crimes, vous avez demandé l’établissement de la dévotion réparatrice à votre Cœur Immaculé. (…) » La consécration terminée, le pontife retourne à la sacristie, semant la bénédiction sur les têtes inclinées.

Sur la droite on apercoit les barrieres bloquant l'acces a la capelhinaL’après-midi voit revenir quelque peu la fumée inquiétante, mais cela n’empêche aucunement la piété des pèlerins de se satisfaire en accomplissant le chemin de Croix. Débutant à la rotonde sud où s’élèvent les statues des trois pastoureaux, cette via crucis s’étend sur deux ou trois kilomètres, serpentant dans la campagne en direction du Cabeço, lieu de l’apparition de l’ange du Portugal aux trois voyants ayant précédé d’une année la venue de Notre Dame. Afin de faciliter cet exercice pieux, les fidèles se regroupèrent par langues, et, emmenés par leur clergé, ils commencèrent la contemplation de la Passion de Notre Seigneur. Un à un, les groupes défilaient sur ce chemin, s’agenouillant pour écouter l’exhortation des prédicateurs, chantant d’une station à l’autre, dans un recueillement vraiment édifiant. Plus de mille cinq cents personnes sanctifièrent ainsi ce dimanche, et il fallut plus de trois heures pour écouler ce flot dont la ferveur faisait oublier la chaleur du jour. Mais nous étions venus pour réparer !

L’ardeur n’était d’ailleurs point éteinte avec le coucher du soleil. A la tombée de la nuit, quelques centaines de fidèles se retrouvaient au lieu de la messe pour une nouvelle projection venant compléter celle qui avait été donnée la veille. Le velum s’animait alors de nouveau, et bientôt Notre Seigneur trônait devant ses adorateurs. Dans un grand recueillement, nous restâmes plus d’une heure et demie à rendre nos hommages à notre Créateur et Sauveur, jusqu’à la minuit. Le lendemain devait être un grand jour, et nous voulions l’offrir par avance à Jésus et à sa Mère.

Le missel de Paul VI commémore le Cœur Immaculé de Marie le samedi avant le 3e dimanche après la Pentecôte, le rapprochant ainsi, il est vrai, du Sacré Cœur de Jésus, célébré la veille, mais il a réduit cette fête de 2ème classe au rang de simple mémoire. Nous étions donc seuls à fêter le Cœur Immaculé en ce jour que nous avions choisi pour la réparation solennelle contre les offenses et les blasphèmes commis contre lui. Une messe était célébrée sous le pavillon en fin de matinée par le 1er assistant du Supérieur général, M. l’abbé Schmidberger, suivie par une exhortation prononcée en quatre langues, pour donner un dernier encouragement aux participants et leur rappeler les intentions qui devaient nous animer durant cette cérémonie. En fait d’exhortation, nous eûmes des harangues ! mais de saintes harangues, et la colonne, forte de deux mille deux cents personnes (Clergé compris), s’ébranla vers 13 heures (heure locale. Ce détail a son importance.) en direction du sanctuaire. Qu’elle a fière allure cette procession ! Elle forme un long serpentin mené par le clergé, bariolé de bannières venues des cinq continents, heureuses et fières de manifester la catholicité de la tradition. Il s’étire et ondule sur plus de cinq cents mètres, se répand dans les rues, provoque au passage quelques petits embouteillages car la police — dûment avertie — ne s’est pas montrée, ne voulant probablement pas être mêlée à cette affaire.

la CapelhinaAprès une petite demi-heure de chants et de prières, nous entrons sur l’esplanade du sanctuaire, nous dirigeant droit vers le Sacré-Cœur, afin de ne pas gêner les pèlerins qui parcourent, à genoux, le « chemin de Lucie » afin d’imiter son geste de pénitence (Du fait de la nouvelle construction, il a d’ailleurs été amputé de près de la moitié de sa longueur : encore une tradition menacée…). La perspective excite la ferveur de tous, mais nous ne sommes pas au bout de nos peines… En effet, une enceinte a été disposée autour de la Capelhina qui ne laisse que deux entrées ; l’une des deux, située en face de la statue de la Vierge, est assez large pour permettre un accès rapide et la tête de la procession se dirige paisiblement vers ce point. Le service d’ordre, s’approche, et nous ne sommes plus qu’à quelques mètres, quand, soudain, poussée par quatre ou cinq gardiens du sanctuaire, une barrière vient stopper notre progression. Stupeur ! Que se passe-t-il ? Rapidement un dialogue s’engage : on nous réclame un document prouvant que nous avons reçu l’autorisation d’être présent à cette heure. Le recteur a pourtant été dûment prévenu, et il a même rencontré le prieur de Lisbonne. S’il n’a pas donné son autorisation formelle — tout comme en 1997 — il n’a pas formulé d’interdiction. Explications, demandes, propositions : rien n’y fait. La queue de la colonne est maintenant arrivée sur l’esplanade que nous remplissons sur toute sa longueur. Une dernière question est posée : « Que faisons-nous de tous ces pèlerins ? » « Vous retournez » est la réponse. Trop c’est trop, un ordre jaillit : « Nous entrons ! », et la barrière s’ouvre, poussée par quelques bras vigoureux, obligeant les cerbères à s’écarter, à la satisfaction des spectateurs outrés d’une telle attitude.

La foule s’agenouille autour de la Capelhina, et la prière s’élève sous forme de chants et de chapelet. Nous prions pour réparer, mais aussi pour la revivification du message de Fatima qui est antimoderniste par lui-même, pour l’Eglise encore, suppliant Notre Dame de mettre fin à ce fol œcuménisme, pour la Fraternité et les sociétés amies, afin de les confier à la sollicitude maternelle de notre Mère. Mais quel est ce bruit importun qui vient du sanctuaire ? Ce sont deux aspirateurs qui ont eu la bonne idée de choisir précisément ce moment pour entrer en action. Le trouble n’est pas vraiment important, une petite gêne. D’autant que les micros sont restés ouverts, ce qui peut paraître étrange, car il est rare de faire profiter les pèlerins de ce temps de nettoyage… Ayant apparemment fini leur travail, ils se retirent. Mais nous ne serons pas tranquilles bien longtemps. Mgr Guerra, le recteur du sanctuaire est décidément très courageux : après les malheureux gardiens et leur baroud ridicule, après les aspirateurs, arrivent trois ou quatre religieuses qui se mettent en peine de chantonner au micro en nous faisant de grands signes. La gêne est un peu plus importante : elle reste tolérable, et notre sono est suffisamment puissante pour soutenir les fidèles qui cherchent à se recueillir. Un habit religieux trop entreprenant va malencontreusement gâcher l’affaire. Le matador s’élance pour franchir la double barrière qui nous sépare du chœur, mais il est bientôt arrêté par des gardiens. Une confusion s’ensuit, et notre service d’ordre rétablit la situation en ramenant l’imprudent à sa place.

Abbe BouchacourtMalheureusement ce geste a excité la vindicte, et, passant à un quatrième plan, le recteur déchaîne les puissants haut-parleurs du sanctuaire, montés à pleine puissance. Ce n’est pas que la musique soit laide, mais l’on ne s’entend plus guère. La paix est toutefois rétablie, et la prière continue avec une ferveur redoublée : croient-ils que la Vierge fidèle n’entend pas ses enfants réunis à ses pieds malgré le vacarme ? Nous offrons à celle qui s’est nommée Notre Dame du Rosaire en ce lieu, l’hommage de notre chapelet. Nous comprenons de manière saisissante combien le démon déteste cette prière et la reine qui s’est parée de ce titre. Il faut couvrir ces voix, les arrêter. Ces invocations, ces mystères sont le gage de la défaite de l’ennemi du genre humain, il ne peut les supporter. D’autant que la prière réparatrice le met en fureur : en effet, suivant la demande de Notre Seigneur lui-même à Tuy, l’intention de chaque dizaine veut réparer les diverses espèces d’offenses et de blasphèmes proférés contre le Cœur Immaculé de Marie :
1. — Les blasphèmes contre l’Immaculée Conception.
2. — Les blasphèmes contre sa Virginité.
3. — Les blasphèmes contre sa Maternité divine, en refusant en même temps de la reconnaître comme Mère des hommes.
4. — Les blasphèmes de ceux qui cherchent publiquement à mettre dans le cœur des enfants l’indifférence ou le mépris, ou même la haine à l’égard de cette Mère Immaculée.
5. — Les offenses de ceux qui l’outragent directement dans ses saintes Images. C’est malheureusement aujourd’hui souvent l’œuvre de « catholiques » eux-mêmes. Et Notre Seigneur de conclure : « Voilà ma fille, le motif pour lequel le Cœur Immaculé de Marie m’a inspiré de demander cette petite réparation et, en considération de celle-ci, d’émouvoir ma miséricorde pour pardonner aux âmes qui ont eu le malheur de l’offenser. Quant à toi, cherche sans cesse, par tes prières et tes sacrifices, à émouvoir ma miséricorde à l’égard de ces pauvres âmes. »

Le chapelet terminé, Mgr Fellay se lève pour réciter l’acte de consécration de la Fraternité à la Vierge Marie suivant la formule employée par notre vénéré fondateur le 8 décembre 1984 à Écône, toujours accompagné par un fort volume sonore (Ces haut-parleurs peuvent s’entendre à plusieurs kilomètres !). La consécration terminée, un “Christus vincit” jaillit de toutes les poitrines, vibrant hommage au Christ-Roi qui a triomphé dans ses enfants. La sortie est Ces haut-parleurs peuvent s’entendre à plusieurs kilomètres ! grandiose : toujours escortée par le récital gratuit, la colonne se reforme et sort en grande pompe de la Capelhina. Les assistants regardent surpris ce spectacle, se demandant à quoi correspond cette marche triomphale : deux mille pèlerins, précédés d’un nombreux clergé et de religieuses, remontent solennellement l’esplanade ! Une photo finale, avec la basilique en fond, vient achever notre hommage d’amour et de réparation à Notre Dame du Très Saint Rosaire, avant les derniers adieux.

Les pelerins de la Fraternité Saint Pie X

J’allais oublier un détail. Une nouvelle nous arrive à ce moment grâce à la technique moderne qui permet de parcourir le monde en quelques instants : à 14 h 02, heure locale, un tremblement de terre a secoué la côte tyrrhénienne de l’Italie. Il a été ressenti à Rome comme une secousse de 5 secondes, d’une magnitude de 4,7 sur l’échelle de Richter. Aucune victime n’est à déplorer, mais l’on constate quelques dégâts matériels. Une sorte d’avertissement.

Ah ! J’allais encore oublier : il y a une heure de décalage horaire entre Rome et Fatima…

Abbé Arnaud Sélégny
(« Nouvelles de chrétienté »
n° 95 — Sept.-Oct. 2005)



Retour

Format texte


Accueil | Portugal | Les voyants | Apparitions | 3è Secret | Procès | Opposants | Pie X |
Pro-vie | Prières | Forum | Librairie | Livre d'or | Links | Dons | Guide

Site protégé par le Copyright ©