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| ANNÉE 2005 | . | |||||||||
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PORTUGAL UN DERNIER ADIEU À LUCIE |
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Sœur Lucie de Fatima a été enterrée mardi 15 février 2005, sous le regard du Portugal où avait été décrété un jour de deuil national. On n’imagine pas cela en France. Ce fut, sur les chaînes de télévision, une journée d’images en continu : des séquences d’archives, les journalistes en noir interrogeant respectueusement prêtres et fidèles, et puis la retransmission intégrale des funérailles par la télévision nationale et internationale. Ce fut un événement, traité comme tel, dans ce pays dont les habitants se rendent par millions au sanctuaire de la Cova da Iria chaque année lors des grands pèlerinages. 95% des Portugais se disent catholiques. Ils connaissent le message de la sainte Vierge : « Prière et pénitence », pour obtenir la paix et le salut des âmes. Fatima n’est pas d’abord un lieu où l’on demande la guérison des malades ou la réalisation d’un vœu, mais la conversion et la paix de l’âme.
Celle-ci est-elle à l’ordre du jour ? Le cardinal Saraiva Martins, préfet de la Congrégation pour la cause des saints, a rappelé que les procès ne s’ouvrent, en principe, que cinq ans après le décès, et à la demande de l’évêque. Le père Luis Kondor, vice-postulateur pour la béatification de Jacinta et Francisco, estime pour sa part que les choses pourraient aller plus vite, au moyen d’une dispense quant au procès sur les vertus et la réputation de sainteté : « Comme il y a déjà une grande réputation de sainteté, commence alors la “pluie de grâces”. » Mais déjà l’on se plaît, aussi bien au sein du clergé que parmi les fidèles, à souligner les « coïncidences » surnaturelles qui ont entouré le rappel de Lucie dans la demeure du Père. Elle est morte un 13 (dimanche, à 15 h 24, paisiblement et sans souffrance selon son médecin). Une semaine avant le jour de la commémoraison de ses deux bienheureux cousins, fixée au 20 février. La veille de sa mort, Jean-Paul II, informé du déclin de l’état de santé de celle qui était devenue son “amie” spirituelle, lui avait envoyé un message d’encouragement, l’invitant à vivre dans la paix et la résignation méritoires les souffrances qui pourraient accompagner ses derniers instants, en « union avec le Christ rédempteur et dans la lumière de sa Pâque ». Et déjà les témoignages se multiplient à propos de sa vie simple et discrète, en tout fidèle au message et à la mission reçus, que sœur Lucie, en vieillissant, a pu approfondir d’une manière qui nous reste encore pour partie inconnue. Outre ses "Mémoires" déjà publiés, et ses "Appels" (Présent du 15 août 2003), qui constituent un rappel on ne peut plus traditionnel de la doctrine et des exigences de la Foi, elle a rédigé à la demande de ses supérieurs plusieurs "Mémoires" à propos de ses parents. Leur parution est prévue en mai 2005. Restent également d’innombrables lettres qu’on va désormais tenter de recueillir auprès des nombreuses personnes qui l’avaient sollicitée. Le cardinal Saraiva Martins a rappelé avec amusement que lors d’une de ses rencontres avec la carmélite elle lui avait fait part de son désir d’écrire davantage, et de disposer d’un ordinateur personnel… C’est ainsi, à travers sa vie cachée et sans éclat que la petite Lucie de Fatima, chargée de répandre la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, a eu un rayonnement paradoxal. Pour certains, son exemple a suffi. L’actuelle prieure du carmel de Coimbra, sœur Marie Céline, a raconté que sa vocation est née le jour où, à cinq ans, elle a entendu son frère qui en avait six et demi raconter que la dernière des voyantes de Fatima était dans un couvent d’où elle ne sortait jamais, où elle vivait seulement pour prier. « Je veux faire la même chose », a-t-elle pensé. Elle est entrée au carmel à 19 ans, et a accompagné les derniers instants et même les derniers mois de sœur Lucie. Celle-ci était veillée en permanence par ses sœurs depuis le 15 juin dernier. Lucie, solide paysanne au bon sens profond mais enjoué, a frappé tous ceux qui l’ont croisée par sa joie, son humour, son humilité. Elle fut « un don de l’Esprit Saint à l’Eglise », dit le vicaire général de Coimbra lors des obsèques. Jean-Paul II, qui adressa un message à lire en cette occasion, l’exprima de façon plus personnelle : « Je me suis toujours senti soutenu par l’ofrande quotidienne de son oraison, spécialement dans les moments d’épreuves et de soufrance. Que Notre-Seigneur la récompense abondamment pour le grand service caché qu ’ele a rendu à l’Eglise. » Le cardinal Tarcisio Bertone, qui présida les obsèques, et qui fut chargé de faire authentifier par Lucie la publication du troisième secret en 2000, commentait de son côté : « Le martyre de notre Pape, qui continue à travers sa maladie, est un don pour toute l’humanité et il est un signe de la proximité de Lucie avec ce Pape — avec tous les Papes, mais spécialement avec celui-ci. » Elle s’impatientait parfois devant la curiosité à propos du troisième secret : Ils veulent connaître le troisième secret, et ils ne se conforment même pas aux demandes formulées dans les deux premiers ! On raconte aussi qu’elle était particulièrement heureuse de la proclamation de l’actuelle année eucharistique. Espérait-elle enfin rejoindre ce lieu de repos auquel elle aspirait depuis si longtemps, pour en avoir eu plus que l’avant-goût, ou pensait-elle à l’Eglise ? Restent deux images : celle des milliers de mouchoirs blancs agités pour accompagner le dernier voyage de Lucie de la cathédrale de Coimbra vers le carmel, et celle des larmes de la jeune carmélite qui resta près du cercueil de sa défunte sœur lors de cet émouvant adieu. Signes d’une peine humaine, mais aussi d’une certitude surnaturelle. — Jeanne Smits — (Source : « Présent », samedi 19 février 2005, page 8).
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