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| ANNÉE 2005 | . | |||||||||
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COÏMBRA DES MILLIERS DE FIDÈLES |
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Le cœur du Portugal s’est arrêté de battre, mardi 15 février 2005, et le pays tout entier s’est tourné vers la cathédrale nouvelle de Coïmbra où le cardinal Bertone, spécialement délégué par le Pape et qui avait été l’un des interlocuteurs privilégiés de la messagère de Notre-Dame, célébrait la messe des funérailles de sœur Lucie. Devant une foule innombrable, et dont il faut renoncer à compter les milliers et milliers de fidèles, politiques et pauvres (sans oublier le chef de la maison royale, Don Duarte, et son épouse), tous réunis dans une prière fervente. Le cœur du Portugal s’est arrêté de battre, et la campagne législative même a été suspendue. Pour l’occasion, Jean-Paul II, qui avait adressé un message à la carmélite quelques heures à peine avant sa mort, a écrit à l’évêque de Coïmbra un message où l’on voit tout ce que Lucie — et Fatima — représente pour lui : « Je me souviens avec émotion de nos rencontres et des liens d’amitié spirituelle qui se sont intensifiés au fil du temps. » Et le Pape ajoute : « Je me suis toujours senti soutenu par le don quotidien de ses prières, spécialement dans les moment difficiles d’épreuve et de souffrance. » C’est le cardinal Policarpo, patriarche de Lisbonne, qui a fait le panégyrique de sœur Lucie, soulignant sa grande simplicité. Un hommage d’autant plus réel que, pour nombre de Portugais et de catholiques, sœur Lucie est déjà une sainte. Et il est vrai que la béatification récente de ses cousins (et l’ouverture de leur procès de canonisation) n’avait pas peu contribué à ancrer cette idée dans la foule des pèlerins, du vivant même de la voyante; et ce d’autant plus qu’elle était l’interlocutrice privilégiée de la Vierge. A la sortie de la cérémonie, le cercueil de sœur Lucie a regagné le carmel où elle devait être inhumée. Un chemin lent et difficile, tant la foule était dense. Un dernier voyage, où elle a été saluée par une multitude tournoyante de mouchoirs blancs. Comme à Fatima les pèlerins saluent la Vierge pour lui dire adieu. Un dernier voyage ? Pas tout à fait. L’inhumation à Coïmbra n’est que provisoire. La dépouille de la voyante doit en effet, dans l’année à venir, être transférée au sanctuaire de Fatima. Où sœur Lucie reposera, définitivement cette fois, auprès de ses cousins — enfin réunis —, le bienheureux Francisco et la bienheureuse Jacinta. Mardi 15 février 2005, tout le Portugal lui a demandé d’être son intercesseur auprès de la Vierge. Une prière et un vœu qui ne peut être que celui de tout catholique. — OLIVIER FIGUERAS — (Source : « Présent », jeudi 17 février 2005 page 1) Nous publions ci-dessous le Message du Pape Jean-Paul II à l’Evêque de Coimbra, Mgr Aibino Mamede Cleto, à l’occasion des funérailles de soeur Lucie, célébrées dans l’après-midi du 15 février 2005. Le Message, dont l’original est en portugais, a été lu après la Communion, par le Cardinal Tarcisio Bertone, Envoyé spécial du Saint-Père, qui a présidé la messe de funérailles :
célébrée à Coimbra au Portugal
La mission que soeur Lucie, décédée le dimanche 13 février 2005, a vécue avec une ferveur juvénile jusqu’à l’âge de 97 ans, a été d’aimer et de faire aimer Jésus, la Mère de Dieu, la Mère Eglise et le Pape. Une mission qui a vu le jour en 1917, précisément dans la « Cova da Ina », où soeur Lucie eut l’immense privilège de voir la Madone et de parler avec elle, en compagnie de ses jeunes cousins, François et Jacinthe, que le Pape a béatifiés à Fatima, le 13 mai 2000. Les funérailles — moment d’unité de tout un peuple — ont été exactement le reflet spirituel de son existence, entièrement vécue entre les Bras de la Vierge. Dans l’après-midi du mardi 15 février, dans la Cathédrale de Coimbra, dédiée à la Très Sainte Vierge Marie, les funérailles ont été présidées par le Cardinal Tarcisio Bertone, Archevêque de Gênes, Envoyé spécial du Saint-Père. Après la Communion, le Cardinal Bertone a lu, en portugais, le Message du Pape Jean-Paul II à l’Evêque de Coimbra. Le Message du Pape et sa décision de nommer un Envoyé spécial ont été un motif de grande joie pour l’Eglise qui est au Portugal. Tout l’épiscopat portugais a concélébré, ainsi que Mgr Alfio Rapisarda, Nonce apostolique au Portugal, et de très nombreux prêtres venus de tous les diocèses. Des représentants du Président de la République et du gouvernement étaient également présents. « Aux côtés » de soeur Lucie se tenait la Supérieure du Carmel Sainte-Thérése de Coimbra, où elle vécut pendant 57 ans, ainsi que deux de ses consoeurs. Les autres religieuses sont restées dans la chapelle pour prier, en profonde communion, selon le style et le charisme carmélitain. La première lecture a été proclamée par un séminariste de Coimbra et la deuxième par le Docteur Branca Paul, qui a assisté avec tendresse soeur Lucie, jusqu’au dernier moment. L’homélie a été prononcée par le Cardinal José da Cruz Policarpo, Patriarche de Lisbonne, Président de la Conférence épiscopale du Portugal. Il a improvisé son discours, avec la ferveur du témoin d’une expérience de foi essentielle et lumineuse découlant directement du mystère de Fatima. Le « coeur » de sa méditation a été d’une profonde intensité spirituelle : soeur Lucie a vécu une expérience extraordinaire et a su l’incarner dans sa vie ordinaire.
Pour le Patriarche de Lisbonne, soeur Lucie, par sa présence, a rendu les événements de Fatima toujours contemporains : « Sa mort marque “une frontière”. A partir de ce moment, Fatima est un puissant message, une force spirituelle que nous recevons de plusieurs générations de pèlerins qui ont pris au sérieux la simplicité d’un message ». Le Cardinal a rappelé les paroles de la Vierge à Lucie le 13 juin 1917 : « Je vais emmener d’ici peu Jacinthe et François au Ciel. Mais toi, reste encore ici pendant quelque temps. Jésus veut se servir de toi pour Me faire connaître et aimer. Il veut établir dans le monde la dévotion à Mon Coeur Immaculé ». Et Marie lui dit égaIement de ne pas se décourager, qu’elle ne resterait pas Seule : « Mon Coeur Immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira jusqu’à Dieu ». A la lumière de ce passage des mémoires de soeur Lucie, le Cardinal a décrit la simplicité et la fidélité de la religieuse dans l’accomplissement de sa mission : « L’événement extraordinaire qui a eu lieu dans la vie de cette femme s’inscrit dans la normalité de la vocation chrétienne [...] Lorsqu’un projet de Dieu est annoncé avec tant de clarté, on ne peut que le suivre et lui être fidèle ». Le Cardinal a affirmé qu’à une vocation correspond une mission, comme dans le cas des trois pastoureaux : « La façon dont soeur Lucie raconte, dans ses mémoires, les apparitions, montre clairement que la visite inattendue du Ciel est entendue comme une mission, quelque chose que le Seigneur voulait leur demander ». Une mission fondée sur la pénitence, sur la conversion et sur la contemplation. « Nous sommes profondément émus — a poursuivi le Patriarche de Lisbonne — car aujourd’hui, à travers soeur Lucie, s’est créé un nouveau pont entre Fatima et le Ciel ». Au terme de l’Eucharistie a été entonné un chant religieux particulièrement cher à soeur Lucie : « Au Ciel, au Ciel, au Ciel, j’irai un jour la voir ». Au début et au terme de la Célébration, l’Evêque de Coimbra, Mgr Albino Mamede Cleto, a pris la parole pour remercier Jean-Paul Il d’avoir voulu nommer un Envoyé spécial. « Soeur Lucie a été fidèle à ce qu’elle s’était proposé à la suite de ce que Notre-Dame lui avait demandé — a dit le Pasteur. Une personne humble, qui se recueillait en prière dès qu’elle le pouvait, qui assistait toujours avec charité les personnes qui voulaient lui panIer. Ce fut une authentique carmélite ». De la cathédrale, la dépouille de soeur Lucie a été portée, pour être ensevelie, au Carmel Sainte-Thérèse : les fidèles ont accompagné ce moment en entonnant le « Je vous salue Marie » selon le rythme caractéristique de Fatima. La participation populaire, accompagnée par un splendide soleil de pnintemps, a été véritablement impressionnante. De dimanche à mardi matin, le pèlerinage des fidèles devant la dépouille de soeur Lucie a été ininterrompu : ce fut comme un Rosaire, comme une « couronne » de prière sans fin. Dans un climat de fraternité, de solidarité et d’attention aux autres ; tout le Portugal a rendu hommage à une femme qui a été pour tous, véritablement tous, comme une mère. A l’heure des obsèques, mais déjà tôt le matin, la cathédrale était comble, de même que la place et les rues avoisinantes. Le peuple tout entier, représenté de façon imposante par les familles, les jeunes, les enfants et les malades, a participé au rite à travers une liaison radiophonique et télévisée. Une journée de deuil national avait été proclamée au Portugal. A Coimbra se respirait un climat de sérénité chrétienne, de douceur, et de certitude dans la foi. Pendant longtemps, les fidèles, même après la fin des funérailles, sont restés en prière et ont spontanément entonné les chants qui expriment la profonde tradition chrétienne du peuple portugais. A coté du cercueil ont été déposées des fleurs et des photographies de personnes chères pour demander à soeur Lucie de les présenter à la Mère céleste. Ce qui était le plus frappant était le silence de la prière, la « qualité » du silence. Impressionnant ! On a vécu la même expérience que celle qui enveloppe au sanctuaire de Fatima. On a écouté ce silence. Et, comme à Fatima lorque la statue de la Vierge est portée en procession, soeur Lucie a été saluée par les mouchoirs blancs que l’on agitait. Une scène qui signifiait foi, espérance, et amour dans la plus grande simplicité. Resteront gravées dans les mémoires ces paroles que soeur Lucie a écrites au coeur du grand Jubilé de l’An 2000, année où ont été béatifiés Francois et Jacinthe : « Je ne suis qu’un pauvre instrument dont Dieu s’est servi. Dans peu de temps, comme les restes du pinceau utilisé par le peintre, cet instrument sera réduit en poussière. Je désire ardemment qu’arrive le jour qui m’introduira dans la joie de l’amour éternel ».
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