Journal Present
ANNÉE     2004 .
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Quoi de neuf
à Fatima ?

Depuis la tenue, à Fatima, en octobre 2003, d’un congrès intitulé “Le présent de l’Homme – l’Avenir de Dieu”, une inquiétude s’est fait jour quant à l’utilisation future du sanctuaire et à sa transformation en “centre inter-religieux où les religions du monde se réuniront pour rendre hommage à leurs dieux”. Si cette information — qui a beaucoup circulé depuis — était exacte, il s’agirait d’un scandale majeur.

Nous avons passé plusieurs semaines à Fatima cette année et avons donc pu enquêter sur place. Voici ce que nous croyons pouvoir dire.

Tout est parti (comme je l’avais moi-même constaté lorsque j’avais essayé de vérifier l’information, en octobre 2003) d’un unique article paru dans l’hebdomadaire Portugal News, journal anglophone édité dans l’Algarve (côte sud du Portugal). Ce journal attribuait au recteur de Fatima, Luciano Guerra, les propos ci­dessus et également ceux-ci : “L’avenir de Fatima, c’est-à-dire l’adoration de Dieu et de sa Mère (sic), doit passer par la création d’un sanctuaire où les différentes religions pourront se mêler.” Il aurait annoncé, selon ce journal, que “le sanctuaire est en passe de subir une reconstruction complète avec une nouvelle basilique, genre stade, qui sera érigée à côté de l’ancienne”.

A l’époque, les personnes contactées à Fatima (responsables de communauté vivant là depuis des décennies) par nos soins déclaraient tout ignorer de tels propos et de tels projets. Mais l’information de Portugal News allait être rapidement reprise dans le monde entier. A tel point que le rectorat devait rapidement recevoir des quantités considérables de courriers de protestation.

Le 13 janvier 2004, la Voz de Fatima — organe officiel du sanctuaire — a publié un démenti formel du père Luciano Guerra, expliquant que ses propos avaient été incorrectement rapportés. Pour soutenir son communiqué, il a fait paraître la retranscription intégrale tirée de l’enregistrement audio de sa seule intervention au congrès. Déplorant la “maladie épidemique qui semble menacer aujourd’hui la foi de toutes les religions, confessions et traditions”, il déclarait alors, parmi beaucoup de généralités et de remerciements :
Pour cette raison, nous nous réjouissons de la présence fraternelle des représentants de divers courants spirituels, et nous sommes sûrs que leur présence va ouvrir un chemin pour une plus grande ouverture future de ce Sanctuaire, qui paraît déjà, par la providence, voué aux contacts et au dialogue. Je dirais, presque explicitement, avec les Eglises orientales, orthodoxes et catholiques, dans le message de l’Ange de la Paix ; et avec la religion islamique, par le nom que Dieu a voulu choisir pour le pays où devait apparaître Marie : Fatima.

On peut trouver ce propos ambigu et contestable, mais il est loin des annonces claires rapportées par Portugal News et seulement par lui. Dans son communiqué de janvier 2004, enfouies certes au milieu d’un verbiage à la saveur très fade et de piques lancées contre “ceux qui s’opposent âprement au concile Vatican II”, se trouvent nombre de précisions sans ambiguïté.

Des phrases (exactement) citées plus haut, écrit le père Guerra, “on peut conclure que nous sommes réellement ouverts à l’universalité, pour le dialogue avec d’autres pratiques de foi, selon la pratique déjà longue de l’Eglise, mais point évidemment pour le culte, et encore moins pour le culte sacramentel, qui est l’expression parfaite et ultime de l’unité chrétienne, et qui malheureusement n’est même pas possible avec nos plus proches voisins des confessions protestantes”.

De même, ajoute-t-il, “l’espace cultuel qui, si Dieu le veut, commencera à être érigé très prochainement, et qui selon la supposition d’un journaliste ressemblerait à un stade, sera en réalité une église, pour neuf mille personnes assises, qui sera destinée exclusivement au culte catholique, et sera située non à côté de l’actuelle basilique mais entre la Cruz Alta et la route nationale”. C’est-à-dire, d’après la maquette que nous avons vue, quasi enterrée à l’autre bout de l’esplanade, entre le Centre Paul VI et, côté basilique, une nouvelle “place Pie XII” où la statue de ce souverain pontife sera de nouveau à l’honneur après les travaux.

Maquette

Quoi qu’il en soit des intentions réelles ou supposées du recteur de Fatima, il y a là au moins une déclaration sans équivoque et qui l’engage.

Le père Guerra précise dans le même communiqué que, contrairement à ce que prétendait Portugal News, le congrès d’octobre n’avait pas été parrainé par le Vatican, ni par l’ONU, mais intégralement organisé par le sanctuaire. Le Vatican avait de son côté démenti.

Mais au mois de mai 2004, un événement est venu apporter des éléments nouveaux : la venue d’un groupe d’hindous qui ont “prié” à la Capelinha, la petite chapelle des apparitions (sans tabernacle) abritée par une structure ouverte sur l’un des côtés de l’esplanade. Se fondant sur les commentaires d’un journaliste de la chaîne portugaise SIC, il a été dit que ces hindous sont venus avec leur “grand prêtre” prier leur divinité de la nature selon les rites propres à leur religion. Les photos de cette visite sont en effet scandaleuses : le “grand prêtre” se trouve derrière l’autel de la Capelinha à l’endroit où se célèbre la messe.

Mais quelques précisions nous ont été données par la responsable du service de presse du sanctuaire qui avait été témoin oculaire de la scène et qui juge — avec une indignation visible — inexacts les commentaires de SIC. Le groupe d’hindous n’était pas invité, nous dit-elle, il s’est annoncé. Ils n’ont en aucun cas évoqué l’une de leurs divinités. Et leur prêtre, sans accomplir aucun rite ni esquisser un geste, a récité une “prière pour la paix” ainsi commentée sur place par une interprète : “Il demande à la Très Sainte Mère qu’elle donne aux gouvernants des nations sagesse et discernement, afin que dans le monde il puisse y avoir la paix, la paix, la paix.

La Très Sainte Mère ? Renseignement pris auprès d’une laïque consacrée qui s’occupe d’un centre d’accueil catholique de jour pour jeunes enfants des bidonvilles du nord de Lisbonne, l’assez nombreuse communauté hindoue qui y vit dans des baraques de planches et de tôle a une dévotion étonnante à la Vierge de Fatima. Sa statue trône dans beaucoup de leurs pauvres demeures et ils l’appellent “la Très Sainte Mère”.

Il était sans doute difficile de les empêcher de venir au sanctuaire de Fatima, qui est un lieu public. Il était beaucoup plus envisageable d’interdire au chef religieux du groupe d’accéder à l’autel de la Capelinha, mais cela n’a pas été fait. Il semble cependant qu’il n’y ait pas eu de cérémonie hindouiste proprement dite, mais une “invocation pour la paix” supposée similaire (par le rectorat) à celles faites en ce lieu par des personnages aussi disparates que la femme de Bill Clinton ou celle d’Arafat. A cet égard (et quoi qu’on puisse en penser par ailleurs) l’accueil réservé aux hindous (à leur demande) ne marque pas une modification de la situation par rapport à ce qu’elle était avant le congrès d’octobre.

Maquette

L’avant-dernier numéro de la Voz de Fatima, daté du 13 juillet 2004, nous vaut sur ce sujet un nouvel “éclaircissement” signé du père Guerra, sous le titre « L’Eglise de la Très Sainte Trinité ne sera pas un “temple œcuménique”. » Il précise : “Cette dénomination, par ailleurs susceptible d’une interprétation catholique, n’est pas du Sanctuaire, et nous n’avons pas, ni n’avons jamais eu l’intention de liser, dans l’église en construction, de quelconques célébrations qui ne soient pas prévues par les directives de l’Eglise catholique. Le Sanctuaire tente de rester fidèle au message dont Dieu l’a rendu dépositaire, et l’on ne peut manquer de noter le caractère purement catholique qui marque aussi bien les apparitions de l’Ange, qui nous a inspirés pour le choix du nom de la future église, que celles de Notre Dame, qui contient des allusions dramatiques au rôle de médiateur du Pape et des évêques dans l’unité de l’Eglise et pour la paix du monde.

Voilà une nouvelle fois des paroles claires, et qui engagent officiellement le recteur de Fatima.

Au-delà des réels motifs d’inquiétude qu’ont fait naître des réflexions bien modernes sur le dialogue inter-religieux, nous disposons ici d’un démenti encore plus formel que le premier. L’église quasi souterraine destinée à accueillir (à l’aune de Fatima) d’assez petits rassemblements, avec notamment de nouveaux espaces accueillant trente-quatre confessionnaux supplémentaires, n’a rien d’une cathédrale médiévale. Mais elle ne rend pas obsolète la basilique actuelle où l’on vénère les sépultures de Francisco et Jacinta. Et, surtout, elle ne remplace ni ne rétrécit la gigantesque esplanade qui continuera d’accueillir les grands pèlerinages d’été.

Reste un point à éclaircir : dans les espaces destinés à accueillir, à la marge sud de l’actuel Fatima, de nouveaux hôtels, une école, les pompiers, un hôpital… la maquette des projets en cours montre un bâtiment voué à la “documentation inter-religieuse”. Pour l’heure, nous n’avons pas d’autres précisions là-dessus. — Jeanne Smits — (Source : « Présent » du samedi 28 août 2004, page 8).

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