ANNÉE     2003 .
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La déclaration du Recteur de Fatima
du 28 décembre 2003 :

Une exhortation au syncrétisme

Editorial : La force des œcuménistes

« La force des œcuménistes repose sur la faiblesse des catholiques fidèles à la Tradition ». Pour que ne se vérifie pas cette affirmation, la Fraternité Saint-Pie X organise un grand pèlerinage international à Fatima, les 20, 21 et 22 août 2005.

En effet, loin de nous rassurer les déclarations alambiquées du recteur du Sanctuaire (voir ci-dessous), nous confortent dans cette décision. Il affirme bien que la nouvelle basilique « sera exclusivement dédiée au culte catholique », mais ajoute aussitôt : « quand cela nous semblera opportun, selon ce qui s’est déjà passé à Fatima et dans beaucoup d’autres lieux saints, elle pourra aussi recevoir des frères d’autres croyances qui voudront savoir, de façon fraternelle, comment nous prions ».

Derrière ces palinodies il est difficile de ne pas voir une ruse destinée à faire passer en douceur un projet de centre interreligieux où le message de Fatima sera transformé en exhortation au dialogue avec les orthodoxes, les musulmans, les agnostiques et les athées, comme le professe déjà le recteur du Sanctuaire.

Pour l’honneur de Notre-Dame, tous à Fatima !

Cette mise au point censée rassurer les fidèles sur le projet de construction d’une nouvelle basilique à Fatima, produit l’effet exactement inverse. L’abbé Luciano Guerra, recteur du sanctuaire, y déclare qu’il n’est pas question d’édifier un lieu de culte œcuménique, mais en même temps il propose une lecture œcuménico-syncrétiste des apparitions de la Sainte Vierge.

Selon lui, Fatima annonce le dialogue œcuménique et interreligieux prôné au concile Vatican II. A ses yeux, cette annonce équivaut implicitement à une justification de l’ouverture de l’Eglise aux autres religions. Et voilà comment le message de conversion est transformé en exhortation au dialogue avec les orthodoxes, les musulmans, et même les agnostiques et les athées…

Déclaration du Récteur :

1. — Le Rectorat du sanctuaire de Fatima — et certainement d’autres autorités ecclésiastiques — ont reçu une quantité considérable de courrier ces deux derniers mois, aussi bien des e-mail, que des fax, etc…, suite à une nouvelle à sensation parue dans l’hebdomadaire Portugal News — un journal publié en anglais en Algarve — à l’époque du Congrès international sur « Le présent de l’homme et l’avenir de Dieu », qui, comme nous en avons informé le public, s’est tenu au sanctuaire, en octobre 2004.

Mgr GuerraLa nouvelle, qui a provoqué de fortes réactions chez les utilisateurs d’Internet (environ une centaine), prétendait que, sur l’inspiration des délégués des Nations Unies et du Vatican, et aussi d’après les déclarations du Recteur du sanctuaire, Fatima "va évoluer pour devenir un centre où toutes les religions du monde se réuniront pour rendre hommage à leurs dieux". De plus : "L’avenir de Fatima, ou l’adoration de Dieu et de sa Mère dans son saint sanctuaire, doit passer par la création d’un sanctuaire où les différentes religions peuvent se mélanger". Et ce n’est pas tout : « Le sanctuaire de Fatima est sur le point de subir une complète transformation avec une nouvelle basilique — ressemblant à un stade — qui doit être construite près de l’actuelle basilique, édifiée en 1921 ».

2. — Nous sommes fermement convaincus que la grande majorité et peut-être la totalité des réactions reçues est le résultat d’une vaste orchestration ayant son centre aux Etats-Unis, menée par des personnes violemment opposées au Concile Vatican II, et particulièrement en ce qui concerne une plus grande ouverture de l’Eglise par le dialogue œcuménique et interreligieux. Au cours des journées du Congrès, il y a eu à Fatima des manifestations organisées par deux autres organisations d’opposition qui ont leur quartier général l’une au Canada, l’autre en France. Les têtes pensantes de ces groupes se sont barricadées, il y a maintenant de nombreuses années, derrière une masse d’arguments et, de là, elles lancent des accusations contre les autorités de l’Eglise — y compris le pape lui-même — les traitant d’hérétiques, d’apostats et les accusant de manque de fidélité aux responsabilités qui leur sont confiées.

3. — Afin que les lecteurs puissent comparer le contenu de l’information publiée par Portugal News avec la véritable présentation faite par le recteur lors de la dernière session du Congrès — la seule fois où il a pris la parole —, et dont nous publions l’intégralité dans la Voz de Fatima, voici les passages concernés extraits de l’enregistrement de ce discours : « Il est vrai que (…) nous sommes bien loin de nous diriger tous vers le seul ou par le seul pont. Nous pourrions en conséquence nous détendre, puisque si l’un des ponts s’effondre, il se pourrait que le pont de notre voisin tienne encore. Mais il est aussi vrai qu’une maladie qui prend les proportions d’une épidémie, semble avoir menacé la foi de toutes les religions, de toutes les confessions, de toutes les traditions, au cours de la dernière décennie. C’est pourquoi nous nous réjouissons de la présence fraternelle des représentants de divers courants spirituels, et nous sommes certains que cette présence vient frayer le chemin à une plus grande ouverture de ce sanctuaire qui, par Providence divine, semble déjà avoir une vocation au contact et au dialogue. (…) Cette vocation est presque explicite, en ce qui concerne les Eglises orientales, orthodoxes et catholiques, dans le message de l’Ange de la Paix ; et, quant à la religion islamique, dans le nom même que Dieu a choisi pour la ville où Marie apparaîtrait un jour : Fatima ».

Maquette du nouveau sanctuaire4. — De ces paroles on peut conclure que nous sommes vraiment ouverts aux idées et valeurs qui sont universelles, et par conséquent ouverts au dialogue avec d’autres croyances, suivant en cela une pratique déjà ancienne de l’Eglise. Mais il est évident que nous ne sommes pas ouverts au partage sur la manière dont nous rendons un culte à Dieu, et encore moins sur ce qui touche aux sacrements et particulièrement à l’Eucharistie, qui est la dernière et la plus parfaite expression de l’unité chrétienne que nous ne pouvons malheureusement pas célébrer — même avec nos frères des confessions protestantes les plus proches. C’est pourquoi l’espace de culte que, si Dieu veut, nous commencerons bientôt à construire — et dont le journaliste du Portugal News prétend qu’il ressemble à un stade — sera en fait une église qui pourra recevoir 9000 personnes assises, et elle sera exclusivement dédiée au culte catholique. Elle ne sera pas située à côté de la basilique actuelle, mais entre "l’Alta Cruz" et la route. Et, quand cela nous semblera opportun, selon ce qui s’est déjà passé à Fatima et dans beaucoup d’autres lieux saints, cette nouvelle basilique pourra aussi recevoir des frères d’autres croyances qui voudront savoir, de façon fraternelle, comment nous prions.

L’affirmation du Portugal News selon laquelle le Congrès d’octobre s’est tenu à l’instigation de l’ONU et du Vatican et qu’il a été patronné par la Conférence mondiale pour la religion et la paix — dont cela aurait été la réunion annuelle — est sans aucun fondement dans la réalité. L’idée du Congrès est entièrement née au rectorat du sanctuaire, ayant été inspirée par la lecture du message de Fatima selon l’esprit de Vatican II, comme nous y faisons référence au dernier numéro de ce communiqué.

5. — Après avoir donné l’interprétation correcte de l’esprit et de la lettre du Congrès d’octobre, il nous semble utile d’ajouter quelques mots de réflexion sur les nombreuses controverses qui se sont élevées, dès le début, au sujet des apparitions et des messages de Fatima. Elles montrent une fois de plus la longueur du chemin qui reste à parcourir jusqu’à ce que nous puissions dialoguer à l’intérieur et à l’extérieur de l’Eglise catholique au sujet des religions et des autres relations sociales.

6. — Le rectorat du sanctuaire a récemment publié un dépliant intitulé Inquérito aos Assinantez do Jornal Fraternizar (Enquête faite auprès des abonnés au journal Fraterniser), dans lequel on essayait de montrer comment un regard "extrémiste" sur Fatima peut causer du tort au point que l’on n’est plus capable d’affirmer les faits vrais, ou que l’on déforme les faits, ou que l’on invente des intentions doubles et que l’on accuse d’insanité des gens très normaux et reconnus comme très sages.

7. — Aujourd’hui un autre extrémisme — nous dirions de l’autre bord — nous oblige à nous manifester publiquement pour dénoncer des affirmations catégoriques qui déforment, elles aussi, la vérité et offensent gravement la dignité des gens qui travaillent au sanctuaire.

8. — Il ne nous semble pas téméraire de tenter un survol, même très rapide, de l’histoire de l’Eglise et du monde, en commençant à l’époque de Jésus et en nous arrêtant brièvement sur quelques-unes des grandes controverses religieuses, pour en tirer quelques leçons. Qui ne se souvient des Sadducéens, des Esséniens, des Pharisiens et des Zélotes au cours de la vie publique de Jésus ? Nous pourrions continuer, à l’intérieur et à l’extérieur du christianisme, en religion aussi bien qu’en politique, avec les Gnostiques, les Manichéens, les Montanistes, les Ultramontains, les Rigoristes, les Cathares, les Protestants, les Puritains, les Progressistes, les Conservateurs, les Libéraux, les Centristes, la Droite, la Gauche ; ceux qui exigent et fabriquent une image de Dieu plus près de nous, plus miséricordieux, plus condescendant envers nos faiblesses, moins menaçant, prenant le parti des pauvres, et puis ceux qui — de l’autre côté — luttent pour garder la tradition et l’ordre, qui défendent un Dieu transcendant, qui s’attachent à la lettre de l’Ecriture Sainte, qui prennent au sérieux le salut de l’âme parce qu’ils croient en la vie éternelle, mais aussi en des menaces apocalyptiques, parfois même provenant de révélations des plus suspectes. Autrement dit, des disparités si importantes que la religion semble n’être qu’un prétexte au nom duquel certains, aveuglément décidés à ne pas manquer le sens de l’histoire, en viennent à vouloir consacrer toutes leurs énergies à essayer de prouver qu’il n’y a pas de paradis sur terre ; tandis que d’autres, négligeant de faire montre d’amour et de justice envers les pauvres, qui sont la plus grande partie de l’humanité, en viennent à vouloir s’engager dans des croisades entêtées, au point d’entrer en conflit avec les autorités de l’Eglise parce qu’elles n’interprètent pas les messages d’une révélation privée de la même façon qu’eux.

9. — Voilà les extrêmes et les extrémismes ! Ce qui, dans des causes et des circonstances plus cruciales, peut mener au fondamentalisme, au fanatisme et au terrorisme. Le mal ultime ne réside pas dans la foi, ni même dans les idées, mais dans les facteurs qui façonnent notre psyché, mentionnons ici les quatre plus importants : le tempérament, le caractère, la culture et l’éducation.

10. — Jésus utilise, pour la célèbre scène du Jugement dernier, l’image de la droite et de la gauche pour séparer les justes des méchants. Mais nous ne sommes pas encore au Jugement dernier ; nous sommes encore des pèlerins en route vers la pleine fraternité, nous avons beaucoup de pécheurs à notre gauche et à notre droite, nous sommes empoisonnés par les mauvaises herbes dans nos champs. Nous avons encore du temps pour le dialogue qui peut nous unir. Et si nous n’entrons pas en dialogue, notre destinée sera celle de Caïn : il a tué Abel pour mettre fin à sa compagnie qu’il ne supportait pas, et il a passé le reste de sa vie dans une solitude torturante, avec la voix du sang de son frère frappant aux oreilles de sa conscience.

11. — Nous devons admettre que dans les disputes religieuses, comme dans toute dispute, nous avons toujours affaire à des frères, que nous ne pouvons pas rejeter comme des ennemis, parce que même à l’égard de nos ennemis nous avons reçu le commandement de pardonner. Comment allons-nous faire alors, quand très souvent nous sommes face à des positions extrêmes, certaines venant même de ce que nous avons la mauvaise habitude de transformer en extrémiste une personne modérée simplement parce qu’elle n’est pas d’accord avec nos opinions ? Pour être plus précis : si parmi ceux qui s’intéressent à Fatima, certains nient tout au sujet des apparitions et presque tout au sujet de Notre-Dame, et d’autres, en revanche, aiment passionnément et les apparitions et Notre-Dame, au point d’exiger des miracles que Dieu ne veut pas faire, comment devons-nous réagir ? Il n’y a qu’une seule issue : un immense respect, un grand effort pour aimer le bien qu’il y a chez l’autre, aussi bien à droite qu’à gauche ; une volonté bien déterminée de maintenir l’unité du tout jusqu’à faire un kilomètre de plus. Afin que l’on n’en arrive jamais — sauf en des cas rares — à la fin tragique où quelqu’un tente de tuer notre être intérieur, notre propre identité. Nous ne devrions permettre à personne d’aller jusque là.

12. — Puisque les cassures sont toujours une chose négative, nous comprenons l’effort de tous ceux qui, responsables de la cohésion des institutions, prennent position, pour ainsi dire, au centre, afin que les extrêmes restent relativement calmes et ne décident pas de faire sécession ou ne soient pas forcés de le faire. Dans ce sens, l’Eglise du Christ est réellement semblable aux autres corps sociaux, bien qu’ayant les différences inhérentes à la mystérieuse présence de Jésus, qui demeure fidèle à sa promesse de vie éternelle, de communion et de lumière, ainsi qu’il nous est rappelé par St. Jean l’Evangéliste en ce temps de Noël.

13. — Les chrétiens savent que l’Eglise a opéré depuis le concile Vatican II, une réflexion profonde sur ses relations avec les divers courants religieux, à l’intérieur et à l’extérieur du christianisme, et même avec les agnostiques et les athées, de façon à détecter ce que l’on peut trouver de Dieu en chacun d’eux, étant donné qu’il est impossible que, même dans l’homme le plus embrouillé, on ne puisse trouver quelque trace du Créateur. Nous considérons cette attitude comme une voie lumineuse.

14. — Dans le message de Fatima, les faits et les paroles semblent contenir au moins deux appels implicites à la pratique de cet esprit de dialogue avec les personnes d’autres convictions. Ainsi, dans l’apparition de l’Ange de la Paix nous avons deux signes importants : le fait que l’Ange se soit prosterné à terre pour prier — dans les première et troisième apparitions —, et le fait que l’Ange ait donné — dans la troisième apparition — la communion aux voyants, sous les espèces du pain à la voyante la plus âgée, qui avait déjà fait sa première communion, et sous les espèces du vin à François et à Jacinthe, qui communièrent ainsi pour la première fois. Etant donné que ces deux façons de faire sont tombées en désuétude depuis de nombreux siècles dans le catholicisme latin, et qu’elles sont restées en usage chez les chrétiens d’Orient, il est normal et il semble même obligatoire de voir là une invitation à la recherche d’un rapprochement avec les Eglises orientales, qu’elles soient catholiques ou même orthodoxes. Autrement dit, le message de l’Ange de la Paix contient une exhortation au dialogue œcuménique avec les Eglises séparées de Rome depuis plus de mille ans. Dialogue qui, grâce à Dieu, va en progressant, lentement, mais avec détermination des deux côtés.

Une année après la manifestation de l’Ange, Notre-Dame choisit la Cova da Iria pour ses apparitions. Elle savait que ce terrain inconnu serait appelé plus facilement Fatima, puisqu’il est situé sur le territoire de l’unique paroisse et même l’unique localité qui au Portugal porte le nom de la fille de Mahomet, le fondateur de l’islam. Aux alentours même de Fatima, il y avait d’autres localités avec des noms chrétiens que Notre-Dame aurait pu choisir. Mais elle savait que, dans de telles circonstances, son choix ferait souvent penser à la religion musulmane, — religion que certainement les arabes pratiquaient ici avant la reconquête chrétienne.

Notre-Dame savait que l’être humain ne manque pas d’attention et que par conséquent, tôt ou tard, il se pencherait sur cette coïncidence entre le lieu de ses apparitions et le nom de la fille de Mahomet. Et ce serait le cas, bien que — comme certains historiens le croient — le nom du village de Fatima n’ait aucun lien avec la fille du fondateur de l’islam. Dans ce cas là, il semble que la fidélité au message de Fatima doit ouvrir en nous au moins une petite fenêtre à travers laquelle nous pourrions regarder nos frères qui se trouvent au sud, et qui sait si ce n’est pas même une porte par laquelle nous pourrions sortir de Fatima pour leur rendre visite, et réciproquement. Rien de tel ne s’est fait jusqu’à présent, mais toutes les choses ont besoin de temps pour évoluer. Malheureusement la tendance à aller trop lentement est beaucoup plus forte que la tendance contraire.

Quant aux fidèles des autres religions et à ceux qui sont sans religion, le message de Fatima peut aussi être présenté comme un appel discret, particulièrement dans la première apparition. Avec l’ange se prosternant à terre et faisant une prière qui ne contient aucune connotation propre à une religion particulière — puisqu’elle est limitée aux concepts de foi, d’adoration, d’espérance et d’amour —, il ne paraît pas téméraire — toujours en partant du principe que tous les êtres humains sont des créatures de Dieu aimées de lui — d’admettre que sur la base de cette oraison, peuvent s’établir des contacts sérieux avec les autres religions, et même avec les agnostiques et les athées. Ceci étant la pensée de l’Eglise, exprimée dans de nombreux documents et par de nombreux gestes, continuera aussi à être pour nous le chemin à suivre.

Sanctuaire de Fatima, 28 décembre 2003
Le Recteur,
abbé Luciano Guerra

A la suite de cette réinterprétation du message de Fatima, le 5 mai 2004, l’autel de la chapelle des Apparitions était profanée par un culte hindou rendu à la déesse Nature, Devi. (voir archives 2004)

Voilà pourquoi la Fraternité Saint-Pie X organise un pèlerinage à Fatima les 20, 21 et 22 août 2005.

Prenez contact avec le prieuré de la Fraternité le plus proche de chez vous. (Voir la liste des prieurés et chapelles sur le site de DICI : http://www.dici.org ) (Source : « DICI » n° 108 du 15 janvier 2005).



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