ANNÉE     2001 .
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FATIMA

Pourquoi les Papes Jean XXIII et Paul VI n'ont-ils pas révélé le troisième secret ?

Le Père Georges Cottier a suivi de près l'histoire du "secret" de Fatima. En tant que théologien de la Maison Pontificale, entre autres, il donne des conseils à Jean-Paul II. A l'instar d'autres collaborateurs directs du Saint Père et du Cardinal Joseph Ratzinger (il est aussi secrétaire général de la Commission Théologique Internationale), il a donné son point de vue sur la manière de présenter les révélations de Marie à Fatima. Il est donc dans une situation privilégiée pour répondre aux questions qui ont été soulevées après la publication du message.

Père Cottier, quelle relecture de l'histoire nous donne la vision de Fatima ?
G. Cottier : le message est en syntonie avec l'Apocalypse et l'esprit prophétique du Nouveau Testament. Il me semble que son sens est le suivant : l'Église, qui prolonge l'œuvre du Christ dans l'histoire, est poursuivie en permanence par le démon, le "père du mensonge" qui œuvre dans le monde. Nous avons une vision trop plate de l'histoire: à la base il y a toujours la lutte entre le bien et le mal qui interpelle la liberté humaine. Dans ce combat, l'homme se rend compte qu'il n'est pas enfermé dans l'immanence de l'histoire, mais qu'il se trouve sur un chemin rude qui mène à la béatitude en Dieu, un chemin sur lequel peut se présenter le danger de la condamnation, de la perte totale de soi-même. C'est un concept qui appartient à l'Apocalypse et que nous trouvons aussi à Fatima.

Comment peut-on alors concilier la liberté avec le dessein de la Providence ?
G. Cottier : Cela est un grand mystère. Dieu, qui est éternité, voit toute l'amplitude de l'histoire humaine, mais il nous a créés libres et pour nous sauver il nous demande notre collaboration. La liberté fait de nous des collaborateurs du dessein de Dieu. C'est pour cela que des prophéties comme celle de Fatima, qui touche le temps présent et la direction que nous devons donner à l'avenir, sont "conditionnelles" c'est-à-dire qu'elles ne sont ni fatalistes ni déterministes.
Le message de Fatima doit être compris comme un avertissement et non comme une prédiction: "si vous continuez à pécher, vous risquez de subir ces malheurs ; si vous vous convertissez, vous les éviterez".

Pourquoi le troisième secret est-il resté caché pendant si longtemps ?
G. Cottier : C'est une question de prudence pastorale. Jean XXIII ou Paul VI auraient pu révéler le contenu du message. Le Pape Roncalli a eu la grande intuition du Concile mais pouvait-il convoquer une assemblée qui s'adressait à tous les hommes de bonne volonté, qui ne se fermait même pas aux persécuteurs, et parler en même temps des châtiments qu'eux-mêmes infligent? Paul VI a cherché des fentes en Europe de l'est, où l'Église était martyrisée, pour étudier la plus petite possibilité d'aider les chrétiens qui se trouvaient de l'autre côté du rideau de fer. Pouvait-il publier un texte qui parlait aussi ouvertement de persécutions?

Jean-Paul II a fait le lien entre le message et son destin personnel. Le Cardinal Ratzinger, dans sa présentation du commentaire du message de Fatima, le 26 juin, a dit clairement que Ali Agça, qui avait tenté d'assassiner Jean-Paul II le 13 mai 1981, avait agi librement.
G. Cottier : Le Pape dit que la main de la Vierge a dévié la balle. L'homme responsable de l'attentat aurait pu se comporter différemment, mais il a réalisé le projet criminel de supprimer une figure qui constituait une menace politique. Il fut un instrument d'un plan assassin et utilisa sa liberté pour faire le mal. On ne peut pas parler de déterminisme ou de hasard: la Providence de Dieu guide l'existence de chacun, spécialement celle de l'Église et du Pape, mais elle ne supprime la liberté de personne.

La prophétie de Fatima n'était donc pas "inévitable". Elle aurait pu ne pas se réaliser ?
G. Cottier : Ce qui est dit dans la prophétie aurait pu ne pas se réaliser du tout, mais la prophétie n'aurait pas pour autant perdu son sens: la vision des petits bergers est celle de l'Église martyre. Elle invite à lire les signes des temps pour nous faire grandir dans la foi, l'espérance et la charité à travers la pénitence. L'attentat n'est que la page la plus surprenante.

Vous ne croyez pas qu'à l'heure actuelle l'Église a du mal à reconnaître la prophétie et qu'elle finit par lui retirer sa force ? G. Cottier : C'est une question de discernement, essentielle dans les questions qui touchent de si près la dévotion des personnes. Mais il existe un goût malsain du superficiel. Toute révélation privée, reconnue par l'Église, doit être mise à sa juste place dans la hiérarchie de la foi: le culte de l'Eucharistie par exemple, est beaucoup plus important.

Certains ont en revanche accusé l'Église de tout le contraire : de donner beaucoup d'importance au "secret" de Fatima. Vous ne croyez pas que l'Église est là en train de toucher des thèmes qui vont bien au-delà du rationnel ?
G. Cottier : L'Église n'a jamais encouragé le goût exagéré de l'extraordinaire. Le seul vrai coupable d'une lecture unidimensionnelle de la vie et de l'histoire, qui écrase l'homme, en le privant de la vision de son destin transcendant, c'est le rationalisme moderne. L'Église a le mérite de présenter ces thèmes de façon sérieuse, aux non croyants. L'attitude de nier "a priori" cet horizon est une attitude irrationnelle.

Pensez-vous que la connaissance du troisième "secret" de Fatima ait influencé les papes ?
G. Cottier : ils y ont vu la vocation de l'Église au martyre, et ils ont certainement approfondi cette vocation. Si l'on prend le cas de Jean-Paul II, par exemple, si nous relisons la lettre "Tertio millennio adveniente", nous nous rendons compte que l'Église est redevenue martyre au XXème siècle.



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