ANNÉE     2001 .
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CARDINAL RATZINGER

Réponses du document du Cardinal Ratzinger sur le "Message de Fatima"

« Celui qui lit avec attention le texte de ce qu'on appelle le troisième "secret" de Fatima, qui, après un long temps, par une disposition du Saint-Père, est publié ci-joint dans son intégralité, sera probablement déçu ou étonné après toutes les spéculations qui ont été faites". C'est par ces paroles que le Cardinal Joseph Ratzinger, Préfet de la congrégation pour la Doctrine de la Foi, a commencé son commentaire sur le contenu des révélations de la troisième partie du "secret" de Fatima, mis par écrit par Sr Lucie le 3 janvier 1943. Mais le message en lui-même contient une force d'optimisme et de consolation, explique le cardinal, d'espérance: dans l'histoire de l'humanité, "le mal n'a pas le dernier mot". A charge à l'homme d'exercer sa liberté.

Le cardinal a ainsi répondu, dans son commentaire théologique et pastoral, aux questions posées depuis de nombreuses décennies à propos de ce "secret" confié par la Vierge Marie à la "Cova da Iria" (Fatima), le 17 juillet 1917, lors de la troisième apparition, à Jacinta et Francisco Marto et à leur cousine Lucia dos Santos, actuellement carmélite à Coimbra (Portugal). Nous les présentons sous forme d'entretien, les questions étant élaborées par la rédaction de l'agence Zenit, souvent à partir du texte, et les réponses étant tirées directement du document du Cardinal Ratzinger ("Message de Fatima").

Zénit : Eminence, pouvez-vous expliquer la distinction que vous faites entre "révélation publique" et "révélations privées"?
Ratzinger : "Le terme "révélation publique" désigne l'action révélatrice de Dieu, qui est destinée à l'humanité entière et qui a trouvé son expression littéraire dans les deux parties de la Bible: l'Ancien et le Nouveau Testament. On l'appelle "révélation" parce qu'en elle Dieu s'est fait connaître progressivement aux hommes, au point de devenir lui-même homme pour attirer à lui et réunir à lui tout le monde, par son Fils incarné, Jésus Christ. Il ne s'agit donc pas de communications intellectuelles mais d'un processus "vital" par lequel Dieu s'approche de l'homme; et dans ce processus, tout naturellement, se dévoile aussi un contenu qui intéresse également l'intelligence et la compréhension du mystère de Dieu... En Christ, Dieu a tout dit, c'est-à-dire lui-même, et donc la révélation s'est achevée avec la réalisation du mystère du Christ, qui a trouvé son expression dans le Nouveau Testament... L'unique révélation publique exige notre foi.

Zénit : Mais alors que signifie "révélation privée"? Est-ce quelque chose "en plus"?
Ratzinger : Le concept de "révélation privée"... se réfère à toutes les visions et à toutes les révélations qui ont lieu après la conclusion du Nouveau Testament.

Zénit : Les chrétiens sont-ils tenus d'y croire?
Ratzinger : La révélation privée est une aide pour la foi, et elle se manifeste comme crédible précisément parce qu'elle renvoie à l'unique révélation publique. Le Cardinal Prospero Lambertini, futur Pape Benoît XIV, dit à ce sujet dans son traité classique, devenu ensuite normatif pour les béatifications et les canonisations: "Un assentiment de foi catholique n'est pas dû à des révélations approuvées de cette manière; ce n'est même pas possible. Ces révélations requièrent plutôt un assentiment de foi humaine conforme aux règles de la prudence, qui nous les présentent comme probables et crédibles dans un esprit de piété".
Le théologien flamand E. Dhanis, éminent connaisseur de cette question, affirme de manière synthétique que l'approbation ecclésiale d'une révélation privée comporte trois éléments: le message relatif ne contient rien qui s'oppose à la foi et aux bonnes mœurs; il est licite de le rendre publique, et les fidèles sont autorisés à lui donner, de manière prudente, leur adhésion.
Un tel message peut être une aide valable pour comprendre et mieux vivre l'Évangile à l'heure actuelle; c'est pourquoi il ne doit pas être négligé. Il est une aide qui est offerte, mais dont il n'est nullement obligatoire de faire usage.

Zénit : Comment eurent lieu les apparitions de la Vierge Marie aux trois pastoureaux? Car eux seuls pouvaient voir la "dame blanche" mais les autres témoins de la scène ne la voyaient pas.
Ratzinger : L'anthropologie théologique distingue en ce domaine trois formes de perception ou de "vision": la vision des sens, donc la perception externe corporelle, la perception intérieure et la vision spirituelle (visio sensibilis - imaginativa - intellectualis).
Il est clair que, dans les visions de Lourdes, Fatima, etc., il ne s'agit pas de la perception normale extérieure des sens: les images et les figures qui sont vues ne se trouvent pas extérieurement dans l'espace, comme s'y trouve par exemple un arbre ou une maison. Cela est absolument évident, par exemple, en ce qui concerne la vision de l'enfer (décrite dans la première partie du "secret" de Fatima) ou encore la vision décrite dans la troisième partie du "secret", mais cela peut se montrer très facilement aussi pour les autres visions, surtout parce que toutes les personnes présentes ne les voient pas, mais en réalité seulement les "voyants ".
De même, il est évident qu'il ne s'agit pas d'une "vision" intellectuelle, sans images, comme on le trouve dans les autres degrés de la mystique. Il s'agit donc de la catégorie intermédiaire, la perception intérieure, qui a certainement pour le voyant une force de présence, laquelle équivaut pour lui à la manifestation externe sensible.
Voir intérieurement ne signifie pas qu'il s'agit de fantaisies, ce qui serait seulement une expression de l'imagination subjective. Cela signifie plutôt que l'âme est effleurée par la touche de quelque chose de réel, même si c'est suprasensible, et qu'elle est rendue capable de voir le non-sensible, le non-visible par les sens - une vision avec les "sens internes".
Il s'agit de vrais "objets" qui touchent l'âme, bien qu'ils n'appartiennent pas à notre monde sensible habituel. C'est pourquoi cela exige une vigilance intérieure du cœur qui, la plupart du temps, n'existe pas en raison de la pression des fortes réalités externes, des images et des pensées qui remplissent l'âme. La personne est conduite au-delà de la pure extériorité et les dimensions les plus profondes de la réalité la touchent, se rendent visibles à elle.
On comprendra peut-être ainsi pourquoi ce sont précisément les enfants qui sont les destinataires privilégiés de telles apparitions: l'âme est encore peu altérée, sa capacité intérieure de perception est encore peu détériorée. "De la bouche des enfants, des tout-petits, tu as fait monter la louange"; c'est par une phrase de Psaume 8 (v. 3) que Jésus répond à la critique des Chefs des Prêtres et des Anciens, qui trouvaient inopportun le cri "Hosanna" poussé par des enfants (cf. Mt 21, 16).

Zénit : La première et la deuxième partie du "secret" étaient déjà connues. Ce qui surprend c'est que les enfants ont fait l'expérience d'une vision de l'enfer. Ils ont vu la chute des "âmes des pauvres pécheurs". Ils auraient été exposés à cet instant: "pour sauver [les âmes]", et le remède qui leur est indiqué est, de façon surprenante, la dévotion au cœur Immaculé de Marie. Pouvez-vous nous expliquer le pourquoi de cette vision dramatique?
Ratzinger : Pour comprendre cela, une brève indication suffira ici. "Cœur" signifie dans le langage de la Bible le centre de l'existence humaine, la jonction entre la raison, la volonté, le tempérament et la sensibilité, où la personne trouve son unité et son orientation intérieure. Le "cœur immaculé" est, selon Mt 5, 8, un cœur qui, à partir de Dieu, est parvenu à une parfaite unité intérieure et donc "voit Dieu".
La "dévotion" au Cœur immaculé de Marie est donc une façon de s'approcher du comportement de ce cœur, dans lequel le fiat que ta volonté soit faite devient le centre qui informe toute l'existence. Si quelqu'un voulait objecter que nous ne devrions pas cependant interposer un être humain entre le Christ et nous, on devrait alors se rappeler que Paul n'a pas eu peur de dire à ses propres communautés: imitez-moi! Chez l'Apôtre, les communautés peuvent vérifier concrètement ce que signifie suivre le Christ. De qui pourrions-nous en tout temps apprendre d'une manière meilleure, sinon de la Mère du Seigneur?

Zénit : Nous voici arrivés, justement, à la troisième partie du secret, dévoilé intégralement aujourd'hui pour la première fois. Sr Lucie l'a mis par écrit le 3 janvier 1943 (26 ans après les faits, et elle a entre temps appris à écrire), en obéissant à son évêque et en ayant demandé la permission à la Vierge. Sr Lucie a fait observer qu'elle avait reçu le secret mais pas son interprétation, compétence de l'Eglise. Comment être sûrs que l'interprétation que vous donnez corresponde à ce que les enfants ont vu?
Ratzinger : Après la lecture du texte, Sr Lucie a dit que cette interprétation correspondait à ce dont elle avait fait l'expérience et que, pour sa part, elle reconnaissait cette interprétation comme correcte.

Zénit : L'une des images les plus fortes de cette troisième partie du secret est celle de l'ange à l'épée de feu à la droite de la Vierge: que signifie cette vision?
Ratzinger : Il représente la menace du jugement, qui plane sur le monde. La perspective que le monde pourrait être englouti dans une mer de flammes n'apparaît absolument plus aujourd'hui comme une pure fantaisie: l'homme lui-même a préparé l'épée de feu avec ses inventions. La vision montre ensuite la force qui s'oppose au pouvoir de destruction, la splendeur de la Mère de Dieu et, provenant d'une certaine manière de cette splendeur, l'appel à la pénitence.
De cette manière est soulignée l'importance de la liberté de l'homme: l'avenir n'est absolument pas déterminé de manière immuable, et l'image que les enfants ont vue n'est nullement un film d'anticipation de l'avenir, auquel rien ne pourrait être changé. Toute cette vision se produit en réalité seulement pour faire apparaître la liberté et pour l'orienter dans une direction positive.
Le sens de la vision n'est donc pas de montrer un film sur l'avenir irrémédiablement figé. Son sens est exactement opposé, à savoir mobiliser les forces pour tout changer en bien. Aussi sont-elles totalement fourvoyées les explications fatalistes du "secret" qui affirme par exemple que l'auteur de l'attentat du 13 mai 1981 aurait été, en définitive, un instrument du plan divin, guidé par la Providence, et qu'il n'aurait donc pas pu agir librement, ou encore d'autres idées semblables qui circulent. La vision parle plutôt de dangers et de la voie pour en être sauvegardé.

Zénit : Des personnes humaines apparaissent ensuite: l'évêque vêtu de blanc ("nous avons eu le pressentiment que c'était le Saint-Père", reconnaissaient les voyants), d'autres évêques, des prêtres, des religieux et religieuses, et enfin des hommes et des femmes de toutes classes et toutes catégories sociales. Quel est le sens de tout cela?
Ratzinger : Le Pape semble précéder les autres, tremblant et souffrant à cause de toutes les horreurs qui l'entourent. Non seulement les maisons de la ville sont à moitié écroulées, mais son chemin passe au milieu de cadavres des morts. La marche de l'Église est ainsi décrite comme un chemin de croix, comme un chemin dans un temps de violence, de destruction et de persécutions. On peut trouver représentée dans ces images l'histoire d'un siècle entier.
De même que les lieux de la terre sont synthétiquement représentés par les deux images de la montagne et de la ville, et sont orientés vers la croix, de même aussi les temps sont présentés de manière condensée: dans la vision, nous pouvons reconnaître le siècle écoulé comme le siècle des martyrs, comme le siècle des souffrances et des persécutions de l'Église, comme le siècle des guerres mondiales et de beaucoup de guerres locales, qui en ont rempli toute la seconde moitié et qui ont fait faire l'expérience de nouvelles formes de cruauté. Dans le "miroir" de cette vision, nous voyons passer les témoins de la foi de décennies.
À ce sujet, il semble opportun de mentionner une phrase de la lettre que Sœur Lucie a écrite au Saint-Père le 12 mai 1982: " La troisième partie du "secret" se réfère aux paroles de Notre-Dame: "Sinon [la Russie] répandra ses erreurs à travers le monde, favorisant guerres et persécutions envers l'Église. Les bons seront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir, diverses nations seront détruites" ".

Zénit : Dans le chemin de croix de ce siècle, la figure du Pape a un rôle spécial. Dans sa pénible montée sur la montagne, nous pouvons sans aucun doute trouver rassemblés différents Papes qui, depuis Pie X jusqu'au Pape actuel, ont partagé les souffrances de ce siècle et se sont efforcés d'avancer au milieu d'elles sur la voie qui mène à la croix. Dans la vision, le Pape aussi est "tué" sur la voie des martyrs. Lorsque, après l'attentat du 13 mai 1981, le Pape se fit apporter le texte de la troisième partie du " secret ", ne devait-il pas y reconnaître son propre destin?
Ratzinger : le pape a été très proche des portes de la mort et il a lui-même expliqué de la manière suivante comment il a été sauvé: "C'est une main maternelle qui guida la trajectoire de la balle et le Pape agonisant s'est arrêté au seuil de la mort" (13 mai 1994). Qu'ici une "main maternelle" ait dévié la balle mortelle montre seulement encore une fois qu'il n'existe pas de destin immuable, que la foi et la prière sont des puissances qui peuvent influer sur l'histoire et que, en définitive, la prière est plus forte que les projectiles, la foi plus puissante que les divisions.

Zénit : La conclusion du "secret" rappelle des images que Sr Lucie peut avoir vues dans des livres de piété et dont le contenu provient d'anciennes intuitions de foi. C'est une vision consolante, qui veut qu'une histoire de sang et de larmes soit perméable à la puissance de guérison de Dieu. Des Anges recueillent sous les bras de la croix le sang des martyrs et irriguent ainsi les âmes qui s'approchent de Dieu. Il semblerait que Fatima s'achève sur l'espérance, et non sur une vision de mort, comme beaucoup s'y attendaient.
Ratzinger : Le sang du Christ et le sang des martyrs doivent être considérés ensemble: le sang des martyrs jaillit des bras de la croix. Leur martyre s'accomplit en solidarité avec la passion du Christ, il devient un tout avec elle. Ils complètent pour le Corps du Christ ce qui manque encore à ses souffrances (cf. Col 1, 24). Leur vie est devenue elle-même eucharistie, incorporée dans le mystère du grain de blé qui meurt et qui devient fécond. Le sang des martyrs est semence de chrétiens, a dit Tertullien. De même que de la mort du Christ, de son côté ouvert, est née l'Église, de même la mort des témoins est féconde pour la vie future de l'Église.
La vision de la troisième partie du " secret ", tellement angoissante à ses débuts, s'achève donc sur une image d'espérance: aucune souffrance n'est vaine, et précisément une Église souffrante, une Église des martyrs, devient un signe indicateur pour l'homme à la recherche de Dieu. Dans les mains amoureuses de Dieu sont accueillies non seulement les personnes qui souffrent comme Lazare, qui a trouvé une grande consolation et qui mystérieusement représente le Christ, Lui qui a voulu devenir pour nous le pauvre Lazare; mais il y a plus encore: des souffrances des témoins provient une force de purification et de renouveau, parce qu'elle est une actualisation de la souffrance même du Christ, et qu'elle transmet aujourd'hui son efficacité salvatrice.

Zénit : Que signifie, dans son ensemble, en trois partie, le "secret de Fatima"? Que nous dit-il à nous, aujourd'hui?
Ratzinger : Avant tout, nous devons affirmer avec le Cardinal Sodano: "Les situations auxquelles fait référence la troisième partie du "secret?" de Fatima semblent désormais appartenir au passé". Dans la mesure où des événements particuliers sont représentés, ils appartiennent désormais au passé. Ceux qui attendaient des révélations apocalyptiques excitantes sur la fin du monde et sur le cours futur de l'histoire seront déçus. Fatima n'offre pas de telles satisfactions à notre curiosité, comme du reste en général la foi chrétienne ne veut pas et ne peut pas être une pâture pour notre curiosité.
Ce qui reste, nous l'avons vu dès le début de notre réflexion sur le texte du "secret": l'exhortation à la prière comme chemin pour le "salut des âmes" et, dans le même sens, l'appel à la pénitence et à la conversion.

Zénit : il y a une autre "parole-clé" dans le "secret", une parole devenue fameuse, c'est: "mon Cœur immaculé triomphera". Qu'est-ce que cela signifie?
Ratzinger : Le cœur ouvert à Dieu, purifié par la contemplation de Dieu, est plus fort que les fusils et que les armes de toute sorte. Le fiat de Marie, la parole de son cœur, a changé l'histoire du monde, parce qu'elle a introduit le Sauveur dans le monde car, grâce à son "oui", Dieu pouvait devenir homme dans notre monde et désormais demeurer ainsi pour toujours.
Le Malin a du pouvoir sur ce monde, nous le voyons et nous en faisons continuellement l'expérience; il a du pouvoir parce que notre liberté se laisse continuellement détourner de Dieu. Mais, depuis que Dieu lui-même a un cœur d'homme et a de ce fait tourné la liberté de l'homme vers le bien, vers Dieu, la liberté pour le mal n'a plus le dernier mot. Depuis lors, s'imposent les paroles: "Dans le monde, vous trouverez la détresse, mais ayez confiance; moi je suis vainqueur du monde" (Jn 16, 33). Le message de Fatima nous invite à nous fier à cette promesse."



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