ANNÉE     2000 .
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HOMÉLIE À FATIMA
POUR LA BÉATIFICATION
DE FRANCISCO ET JACINTA MARTO

Le samedi 13 mai, le Pape Jean-Paul II a présidé l'Eucharistie au Sanctuaire marial de Fatima (Portugal) devant plus de 500 000 pèlerins venus pour participer à la béatification de deux des jeunes voyants des apparitions de 1917, Jacinta et Francisco. La troisième est toujours vivante; âgée de 93 ans, Sœur Lucia est carmélite. Le Pape l'a rencontrée lors de sa visite. Voici le texte de l'homélie prononcée:

1. « Père, je proclame ta louange... Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits » (Mt 11, 25).

Par ces paroles, chers frères et sœurs, Jésus loue le Père céleste pour ses desseins. Il sait que personne ne peut venir à lui si le Père ne l'attire (cf. Jn 6, 44); aussi loue-t-il son dessein pour y adhérer filialement: « Oui, Père, tu l'as voulu ainsi » (Mt 11, 26). Il t'a plu d'ouvrir le Royaume aux petits.
Selon le dessein divin, « une Femme, ayant le soleil pour manteau » (Ap 12, 1) est venue du Ciel sur cette terre, à la recherche des petits, les préférés du Père. Elle leur parle avec une voix et un cœur de mère. Elle les invite à s'offrir en victimes de réparation, se déclarant prête à les conduire, en toute sécurité, jusqu'à Dieu. Ce fut alors qu'ils virent sortir de ses mains maternelles une lumière qui pénétra au plus intime d'eux-mêmes, de sorte qu'ils se sentirent plongés en Dieu comme lorsque une personne — expliquèrent-ils — se regarde dans un miroir.

Plus tard, Francisco, un des trois privilégiés, a observé: « Nous brûlions de cette lumière qui est Dieu et nous ne brûlions pas. Comment est Dieu ? On ne peut le dire. Cela, oh oui, jamais nous ne pourrons le dire ». Dieu: une lumière ardente, mais qui ne brûle pas. Moïse eut la même perception quand il vit Dieu dans le Buisson ardent. En cette occasion, Dieu lui parla, se déclara préoccupé de l'esclavage de son peuple et décidé à le libérer par son intermédiaire: « Je serai avec toi » (cf. Ex 3, 2-12). Ceux qui accueillent cette présence divine deviennent la demeure et, par conséquent, « le Buisson ardent » du Très-Haut.

Le Bienheureux Francisco et l'appel à la conversion

2. Ce qui impressionnait le plus le Bienheureux Francisco et l'absorbait, c'était Dieu dans cette intense lumière qui les avait pénétrés, tous trois, au plus intime d'eux-mêmes. Mais ce n'est qu'à lui que Dieu fit connaître qu'il était « tellement triste », comme il disait. Une nuit, son père entendit qu'il sanglotait et il lui demanda pourquoi il pleurait; son fils répondit: « Je pensais à Jésus qui est si triste à cause des péchés que l'on commet contre lui ». Un unique désir - si expressif de la manière de penser des enfants - meut désormais Francisco: c'est celui de « consoler Jésus, de faire en sorte qu'il soit content ».

Dans sa vie s'opère une transformation que l'on pourrait dire radicale; une transformation qui n'est sûrement pas habituelle pour des enfants de son âge. Il s'engage dans une vie spirituelle intense, par une prière tellement assidue et fervente qu'elle parvient à une vraie forme d'union mystique avec le Seigneur. C'est précisément cela qui le pousse à une purification croissante de l'esprit, par de nombreux renoncements à ce qui lui plaît, même aux jeux innocents des enfants.
Francisco supporta les grandes souffrances que lui causa la maladie, dont il mourut, sans aucune plainte. Tout lui semblait être peu de choses pour consoler Jésus. Il mourut le sourire aux lèvres. Chez ce jeune enfant, grand était le désir de réparer les offenses des pécheurs, s'efforçant dans ce but d'être bon et offrant sacrifices et prière.
Elle aussi, Jacinta, sa sœur plus jeune que lui de près de deux ans, vivait animée des mêmes sentiments.

Les atrocités du XXe siècle

3. « Un autre signe apparut dans le ciel: un énorme dragon » (Ap 12, 3). Ces paroles que nous avons entendues lors de la première lecture de la messe nous font penser à la grande lutte entre le bien et le mal, comme elles nous amènent aussi à constater que, si l'homme met Dieu de côté, il ne peut parvenir au bonheur, et finit même par se détruire.
Que de victimes au cours du dernier siècle du second millénaire ! Nous pensons aux horreurs des deux « Grandes Guerres » et à celles des autres guerres dans tant de parties du monde, aux camps de concentration et d'extermination, aux goulags, aux purifications ethniques et aux persécutions, au terrorisme, à l'enlèvement de personnes, à la drogue, aux attentats contre la vie non encore née et contre la famille.

Le message de Fatima est un appel à la conversion; il en appelle à l'humanité pour qu'elle ne fasse pas le jeu du « dragon », dont « la queue balayait le tiers des étoiles du ciel et les précipita sur la terre » (Ap 12, 4). Le but ultime de l'homme, c'est le Ciel, sa vraie maison où le Père céleste, dans son amour miséricordieux, est en attente de tous.
Dieu veut que personne ne se perde. Aussi, il y a deux mille ans, a-t-il envoyé son Fils sur terre pour « chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19, 10). Il nous a sauvés par sa mort sur la Croix. Que personne ne rende vaine cette Croix ! Jésus est mort et ressuscité pour être « l'aîné d'une multitude de frères » (Rm 8, 29).
Dans sa sollicitude maternelle, la très sainte Vierge Marie est venue ici, à Fatima, pour demander aux hommes de « ne plus offenser Dieu, Notre Seigneur, qui est déjà tellement offensé ». C'est la douleur d'une mère qui l'oblige parler; ce qui est en jeu, c'est le sort de ses enfants. Aussi demande-t-elle aux jeunes bergers: « Priez, priez beaucoup et faites des sacrifices pour les pécheurs; tant d'âmes finissent en enfer parce qu'il n'y a personne qui prie et se sacrifie pour elles ».

La Bienheureuse Jacinta : la pénitence dans la joie

4. La petite Jacinta a partagé et vécu cette affliction de Notre Dame, s'offrant héroïquement comme victime pour les pécheurs. Un jour, après qu'elle-même et Francisco eurent contracté la maladie qui les forçait à garder le lit, la Vierge Marie vint les visiter chez eux, comme le raconte Jacinta: « La très sainte Vierge est venue nous voir et nous a dit que très bientôt elle viendra prendre Francisco pour l'emmener au Ciel. Elle m'a demandé si je voulais convertir encore davantage de pécheurs. Le lui ai dit: oui ». Et lorsque approche le moment du départ de Francisco, la petite lui recommande: « Salue bien de ma part Notre Seigneur et la Sainte Vierge, et dis leur que je suis disposée à supporter tout ce qu'ils voudront pour convertir les pécheurs ». Jacinta était restée tellement frappée par la vision de l'enfer, qui eut lieu lors de l'apparition de juillet, que toutes les mortifications et les pénitences lui semblaient peu de choses pour sauver les pécheurs.

Jacinta pouvait fort bien s'exclamer avec saint Paul: « Je trouve la joie dans les souffrances que je supporte pour vous, car ce qu'il reste à souffrir des épreuves du Christ, je l'accomplis dans ma propre chair, pour son corps qui est l'Église » (Col 1, 24).

Dimanche dernier, au Colisée de Rome, nous avons fait mémoire des très nombreux témoins de la foi du XXème siècle, rappelant, grâce aux témoignages incisifs qu'ils nous ont laissés, les tribulations qu'ils ont subies. Une nuée innombrable de courageux témoins de la foi nous ont laissé un précieux héritage, qui devra rester vivant au cours du troisième millénaire.
Ici, à Fatima où ont été annoncés ces temps de tribulations et où la sainte Vierge a demandé de prier et de faire pénitence pour les abréger, je veux aujourd'hui rendre grâce au Ciel pour la force du témoignage qui s'est manifesté en toutes ces vies. Et je désire, une fois encore, célébrer la bonté du Seigneur à mon égard lorsque, durement frappé en ce 13 mai 1981, je fus sauvé de la mort. Je dis aussi ma reconnaissance à la Bienheureuse Jacinta pour les sacrifices et les prières faits pour le Saint-Père, qu'elle avait vu tant souffrir.

La prière des enfants

5. « Père, je te rends grâce... car tu l'as révélé aux tout-petits ». La louange de Jésus prend aujourd'hui la forme solennelle de la béatification des petits bergers Francisco et Jacinta. Par ce rite, l'Église veut mettre « sur le lampadaire » ces deux petites flammes que Dieu a allumées pour éclairer l'humanité en ses heures d'obscurité et d'inquiétude. Que ces lumières resplendissent donc sur la route de cette immense multitude de pèlerins et de tous ceux qui nous accompagnent par l'intermédiaire de la radio et de la télévision. Que Francisco et Jacinta soient une lumière amicale qui illumine tout le Portugal et, tout spécialement, ce diocèse de Leiria-Fatima.

Je remercie Mgr Serafim, évêque de cette illustre Église particulière, de ses paroles de bienvenue et, avec une grande joie, je salue tout l'épiscopat portugais et leurs communautés ecclésiales respectives, que j'aime de tout cœur: je les exhorte à imiter leurs saints. Mes salutations fraternelles aux cardinaux et aux évêques présents, avec une mention particulière pour les Pasteurs des Communautés des pays de langue portugaise: que la Vierge Marie obtienne la réconciliation au peuple angolais; qu'elle apporte le réconfort aux victimes des inondations au Mozambique: qu'elle veille sur les pas du Timor Lorosae, de la Guinée-Bissau, du Cap-Vert, de São Tomé et Principe, et qu'elle garde dans l'unité de la foi ses fils et ses filles du Brésil.

J'adresse mes salutations déférentes à Monsieur le Premier ministre et aux Autorités qui ont voulu participer à cette célébration. Je profite de l'occasion pour exprimer à tous, en la personne du Chef du gouvernement, ma reconnaissance pour leur collaboration qui a rendu possible mon pèlerinage. Toute mon affection et une bénédiction particulière à la paroisse et à la ville de Fatima, qui se réjouissent aujourd'hui de ce que deux de leurs enfants ont été élevés aux honneurs des autels.

6. Mon dernier mot sera pour les enfants. Chers enfants, je vois que vous êtes nombreux à avoir revêtu des vêtements semblables à ceux que portaient Francisco et Jacinta. Ils vous vont très bien ! Le problème, c'est que, ce soir ou demain, vous enlèverez ces habits et... les petits bergers disparaîtront ! Ne vous semble-t-il pas qu'ils ne devraient pas disparaître ? La sainte Vierge a besoin de vous tous pour consoler Jésus, tout triste à cause des misères qu'on lui fait. Il a besoin de vos prières et de vos sacrifices pour les pécheurs.

Demandez à vos parents et à vos maîtres de vous inscrire « à l'école de la Vierge », afin qu'elle vous apprenne à devenir comme les petits bergers qui s'efforçaient de faire tout ce qu'elle leur disait. Je vous dis que « l'on fait plus de progrès en peu de temps de soumission et de dépendance à l'égard de Marie, que durant des années entières d'initiatives personnelles, qui ne reposent que sur soi-même » (saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Traité de la vraie dévotion à la très sainte Vierge, n. 155). C'est ainsi que les petits bergers sont rapidement devenus saints. Une femme qui avait accueilli Jacinta à Lisbonne, lorsqu'elle entendit les conseils si beaux et si sages que la petite fille lui donnait, lui demanda qui les lui avait enseignés. « C'est la sainte Vierge », répondit-elle. En se laissant conduire, avec une totale générosité, par une Maîtresse aussi bonne, Jacinta et Francisco ont atteint en peu de temps les sommets de la perfection.

7. « Je te rends grâce, ô Père... Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits ». Je te bénis, Père, pour tous tes « petits », à commencer par la Vierge Marie, ton humble servante, jusqu'aux petits bergers Francisco et Jacinta.
Que leur message reste toujours vivant pour illuminer le chemin de l'humanité !



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