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| ANNÉE 2011 | . | |||||||||
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ABBÉ PIERRE CAILLON Biographie |
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UN DÉVOT DE NOTRE-DAME DE FATIMA NOUS A QUITTÉS.
Ce jour-là, c'était le dimanche de prière pour les vocations dans l'Église catholique. Or le père Caillon — c'est ainsi que nous l'appelions familièrement — avait consacré toute sa vie à former des vocations sacerdotales, religieuses et mariales. D'abord comme enseignant. Ensuite comme prédicateur. Enfin comme politologue.
SON PARCOURS. Il était né le 14 août 1916, à Vimoutiers, et avait été ordonné prêtre, le 29 Juin 1942, à l'âge de 26 ans, par Monseigneur Octave Pasquet (1869-1961), son évêque. Après des études à « La Catho », à Paris, il avait été vicaire en paroisse, notamment à Alençon. En 1946, il était devenu professeur au Grand Séminaire de Sées et y était resté pendant dix-sept ans. Il était très fier de déclarer — avec cependant beaucoup de nostalgie —, qu'il connut une époque où « il y eut 109 séminaristes en soutane, en silence, en rang et en latin ». Il était membre de « La société des prêtres du Sacré Cœur de Jésus ». Après la fermeture du Séminaire en 1963, ce qui l'avait beaucoup affecté, il était devenu prédicateur itinérant, prêchant, chaque semaine, le dimanche, dans une paroisse différente, sur l'importance des premières années dans le destin de l'homme.
Il avait longtemps habité au Centre Saint Jean, à Sées, en compagnie des abbés Rogue — un de ses anciens élèves — et Despax, ce dernier lui faisant suivre quotidiennement le volumineux courrier qu'il recevait pendant ses longs et fréquents déplacements. UN PRÊTRE DE JÉSUS-CHRIST. Il portait le souci permanent des vocations sacerdotales, surtout lors de son adoration quotidienne d'une heure devant le Saint Sacrement, que ce soit dans n'importe quelle église, ou en la splendide Basilique de l'Immaculée Conception, située à deux pas de chez lui. Il portait le col romain ainsi que des vêtements de couleur noire, car il regrettait beaucoup, au fond de son cœur, l'obligation qui lui avait été faite d'abandonner sa chère soutane. A ce sujet, il avait remarqué que les anciennes Congrégations religieuses qui avaient gardé leur habit (Exemple, les bénédictins de Notre-Dame de Triors, dans la Drôme) ou que les nouvelles qui en avaient adopté un — comme « La Communauté Saint Jean (Les petits gris) » du Père Marie-Dominique Philippe (1913-2006), « La Communauté Saint Martin » de l'abbé Guérin (1929-2005), « Les Petits Frères du Sacré Cœur de Jésus » de l'abbé de Nantes (1924-2010), etc...— ne voyaient pas leur recrutement s'étioler, contrairement à leurs homologues qui s'étaient mis en civil, dans le but d'être plus performantes au plan pastoral, et qui, n'y arrivant pas, justifiaient leur choix de vie en disant sottement et avec beaucoup d'orgueil : « On a remplacé la quantité par la qualité ».
UN APÔTRE DE L'ÉDUCATION DE LA FOI CHEZ LES TOUT PETITS. Parce que, très tôt, il avait reçu la foi de parents profondément catholiques, à l'image du père et de la mère de Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus (1873-1897) qu'il admirait beaucoup, il avait étudié la sainteté chez les enfants, ce qui l'avait amené à écrire les trois brochures suivantes : UN DES TROIS GRANDS SPÉCIALISTES DE FATIMA EN FRANCE. C'est ainsi qu'il avait découvert l'existence de François Marto (1908-1919) et de sa sœur Jacinthe (1910-1920), les petits voyants de Fatima. Enquêteur hors pair et intrépide, cela l'avait amené à rencontrer, en France et à l'étranger, à peu près tout ce qui comptait comme personnalités gravitant autour du Message de Fatima, que ce soit pour le meilleur ou pour le pire. Et comme il avait l'habitude de pousser ses investigations à fond, lorsqu'il entreprenait tout type de recherche, ce grand érudit était devenu un grand spécialiste français de ces apparitions, tout comme Frère Michel de la Sainte Trinité et Frère François de Marie des Anges, avec lesquels il partageait ses découvertes, et à qui il a fourni de précieuses informations sur la pensée de Sœur Lucie (1907-2005) — la dernière des voyants en vie — après la Consécration du monde, en date du 25 Mars 1984, par le Pape Jean-Paul II.
Grâce à sa compréhension mystique de la géopolitique céleste dévoilée à Fatima et à Tuy, il était également devenu — ce qui est peu connu du grand public catholique — un spécialiste de « L'Ostpolitik vaticane », notamment depuis le Pontificat de Pie XI (1857-1939), ce qui l'avait amené — le premier — à entrevoir les raisons profondes des disgrâces spectaculaires, en 1933, puis en 1937, de Monseigneur Michel d'Herbigny (1880-1957), un jésuite, conseiller exclusif de ce Pape à propos des affaires de la Russie. Il avait aussi enquêté sur la trahison de Monseigneur Montini (1897-1978) envers Pie XII (1876-1958), négociant avec Staline dans le dos du saint Père, ce qui avait amené ce dernier à s'en séparer en 1954, en le nommant Archevêque de Milan, mais sans en faire un cardinal, afin qu'il ne lui succède pas sur le trône de Saint Pierre. Il avait également parfaitement compris le rôle joué par le Père Petrus Pavlicek (1902-1982), un franciscain, dans le départ des troupes soviétiques de l'Autriche, le 15 Mai 1955, puis percé le mystère de l'épisode rocambolesque — incompris des médias — de « la chaussure de Khroutchev (1894-1971) », à l'O.N.U., le 12 Octobre 1960. Il s'était enfin intéressé aux « Accords secrets de 1962 entre le Vatican et le Kremlin » qui avaient amené les Papes Jean XXIII (1881-1963) et Paul VI à occulter les demandes de Notre-Dame, au cours du Concile Vatican II (1962-1965), afin de ne pas déplaire aux œcuménistes de tout bord, et à faire silence sur l'idéologie la plus meurtrière du XXème siècle. En effet, lorsqu'on consulte la table analytique des thèmes abordés au cours des quatre Sessions, l'on ne trouve aucun des mots suivants : « Communisme, marxisme, socialisme », ce qui est particulièrement surprenant, quand on se souvient du discours d'ouverture du 20 Octobre 1962 au cours duquel les Pères conciliaires déclaraient vouloir aborder « les grands problèmes de leur temps ». On peut retrouver certaines de ses découvertes dans les 256 pages des 21 dossiers de « La Fraternité Saint Benoît pour une Europe chrétienne » dont il a été, pendant 14 ans, de 1984 à 1998, le conseiller du Président René Pellabeuf (1920-2007), ainsi que sur le forum du site fatima.be. UN PRÉDICATEUR MARIAL. Sa compétence et sa rigueur dans ces deux domaines, ainsi que sa profonde piété mariale, lui avaient valu de devenir Président de « L'Apostolat Mondial de Fatima », en France, et d'écrire de nombreux articles dans « L'Appel de Notre-Dame », le périodique de cette Association mariale. On lui doit également la prédication de nombreux triduum mariaux au cours desquels la nécessité de la réparation des offenses faites à la Vierge Marie avait une place éminente. En effet, il avait une immense admiration pour les vertus de Sœur Lucie, la très patiente et très équilibrée messagère de Notre-Dame de Fatima, de Pontevedra et de Tuy. C'est pourquoi, à son exemple, il était fidèle à la récitation quotidienne du chapelet — qu'il avait toujours au fond de sa poche —, « l'arme absolue » disait-il, ainsi qu'à la pratique systématique de la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis du mois. Une grande partie de son apostolat a d'ailleurs consisté à faire connaître cette petite demande destinée à nous éviter l'enfer et à procurer la paix du Christ à un monde qui n'en veut toujours pas et qui est bien incapable de l'obtenir par les moyens de la seule géopolitique humaine. UN LECTEUR ATTENTIF DES « SIGNES DES TEMPS ». Aussi faisait-il, avec tristesse et lucidité, le diagnostic suivant : « Le drame du XXème siècle (puis du début de ce XXIème), c'est que l'intelligentsia cléricale comme laïque, a cru éperdument au mythe de la Révolution d'Octobre (1917) qui a suivi le putsch de Lénine, et a profondément méprisé le “Message de Fatima”. Pourtant, pour authentifier ce dernier, le Ciel a mis en scène le “miracle du soleil”, ce GRAND signe des temps annoncé par Saint Luc (Lc 21,25) et Saint Jean (Ap 12,1) ». Cela, il l'avait compris en lisant le livre de Christian Jelen (1938-1998), responsable de la section « Documents » à « L'Express », et auteur du livre « L'aveuglement. Les socialistes et la naissance du mythe soviétique », 278 pages chez Flammarion en 1984, puis en rencontrant ce dernier. Alors qu'il croyait écouter un breton appartenant à une pieuse famille des Cotes d'Armor, il avait été reçu par... un juif athée qui faisait pourtant le même diagnostic... que la Sainte Vierge à propos des « erreurs de la Russie », ce qui l'avait beaucoup impressionné [2]. Et, au sein de « L'Unam Sanctam », il en accusait l'un des principaux responsables, à savoir « l'infâme » Père Dhanis, un jésuite décédé en 1978, qui était l'auteur d'une distinction mortifère entre Fatima 1, une apparition à laquelle on pouvait croire, car ressemblant par exemple à celle de Lourdes, et Fatima 2, née des affabulations de Sœur Lucie à propos de Pontevedra et Tuy. Il avait d'ailleurs tenu à rencontrer ce farouche opposant et, après avoir longuement écouté toutes ses objections, au moment de prendre congé de lui, il lui avait astucieusement posé la question suivante : « Mon Père, la dernière fois que vous êtes allé à Fatima... » La réponse fut brève : « Je n'y suis jamais allé ». Ce qui lui avait permis de conclure avec cette phrase assassine : « Il a tout fait de chic et de loin ! ». UN POLITOLOGUE PARTICULIÈREMENT AVISÉ. A partir de 1960, cette « désorientation diabolique », résultant de cet aveuglement généralisé, prit de telles proportions qu'il avait coutume de déclarer — mais à voix basse — tellement il en était navré : « Avec Vatican II, on a changé l'axe profond du christianisme ! », voulant dire, par là, que ce n'était plus aller au Ciel qui comptait, mais l'instauration sur terre d'un monde de liberté, de justice, d'égalité, de paix et de fraternité, d'où la nécessité du socialisme pour y arriver. C'est la raison pour laquelle, après avoir vainement tenté d'approcher Paul VI (1897-1978), il avait rencontré cinq fois Jean-Paul II (1920-2005) — de façon percutante, mais toujours très brève — pour lui parler des demandes de Notre-Dame, mais sans succès, car il n'avait pas réussi à convaincre le Saint Père d'adopter cette géopolitique pourtant voulue par le Ciel pour notre époque. Cela ne l'empêchait cependant pas de garder toute son admiration pour ce dernier, car, disait-il : « Je suis né dans une famille catholique où l'amour du Pape est un élément incontournable de mon éducation première. J'essaie donc de vivre en catholique. Et je veux mourir catholique ».
UN ESPRIT OUVERT. Mais si Fatima avait pris une grande place dans sa vie, il avait également d'autres centres d'intérêt car il était curieux de tout ce qui, au plan pédagogique, pouvait faciliter l'épanouissement spirituel et religieux du « petit de l'homme », expression qui revenait souvent dans sa bouche. C'est ainsi qu'il s'était s'intéressé à Justine Ward (1880-1975), une américaine ayant élaboré une méthode complète, simple, progressive et gestuelle assurant une formation musicale pour tous, à partir de 6 ans, et à aller aux USA se renseigner sur place. Il voulait ainsi contribuer à perpétuer le chant grégorien qu'il avait appris à aimer dans son enfance et qu'il retrouvait au sein de l'association “Una Voce”. Cela l'avait également conduit à mettre ses pas dans ceux d'un anthropologue catholique, le Père Marcel Jousse (1886-1961), un jésuite. En effet ce dernier, après avoir constaté que Jésus n'avait jamais rien écrit — sauf une fois sur le sol (Jn 8,6) — avait étudié la façon dont ce dernier s'y était pris en matière de gestes, de mélodie et de rythme, pour permettre à son auditoire de mémoriser sa Parole, puis de la retransmettre de façon fidèle et vivante. C'est ainsi qu'il avait étudié à fond les sciences du langage, ce qui rendait ses homélies et ses conversations particulièrement passionnantes, surtout lorsqu'il changeait de ton pour capter l'attention de son auditoire. Du coup, cela l'avait amené à étudier la vie et les méthodes d'enseignement d'un certain nombre de pédagogues catholiques particulièrement efficaces comme, par exemple : Saint Jean Bosco (1815-1888), le Père Emmanuel, curé de Mesnil Saint Loup, dans l'Aube (1826-1903), Maria Montessori, un médecin italien (1870-1952). N'étant pas prisonnier de « la pensée unique » dans ce domaine, il s'était également intéressé à la vie et à la pensée de Sigmund Freud (1856-1939), puis à celle de Carl Gustav Jung (1875-1961), et avait beaucoup apprécié le film de François Truffaut, « L'enfant sauvage », datant de 1970, et inspiré de l'histoire de Victor de l'Aveyron. Et c'est ainsi qu'il avait retenu, entre autres, combien la valeur de l'exemple était primordial dans tout processus d'éducation où « l'enfant absorbe tout comme une éponge absorbe l'eau ». UN FORMIDABLE CONTEUR. Le résultat de ces recherches, on peut le retrouver dans les cassettes audio suivantes, chez Hovine, à Marquain, en Belgique : ![]() A la fin, il évoque également avec talent un phénomène qui l'a toujours énormément intéressé, celui de « la dérive », qu'elle soit géologique, démographique, idéologique, historique, ou sociologique, et qui se caractérise par un changement profond dont on ne perçoit rien sur l'instant, mais qui se manifeste au bout d'une longue durée, à la seule condition d'y être attentif. Aujourd'hui le phénomène de déchristianisation profonde, qui a commencé avec le moine débauché Luther (1483-1546), qui s'est poursuivi avec « le Roi Voltaire (1694-1778) », puis avec « la Révolution dite française » du 17 Juin 1789, la Révolution bolchevique de 1917, le front populaire de 1936, « la libération » de 1944 qui vit l'épuration de la droite catholique traditionnelle, le triomphe de « la chienlit » en Mai 68, la victoire de « l'union de la gauche caviar » en 1981, puis de « la droite bling bling » en 2007, toutes deux laïques, porte un nom précis donné par Sœur Lucie, celui de « désorientation diabolique ». Mais qui s'en rend compte ? UN FRANÇAIS, PARCE QUE CATHOLIQUE. Ce double fils de Marie, car c'était aussi le prénom de sa mère, avait fêté ses noces sacerdotales, le 20 Septembre 1992, en l'église Notre-Dame de Vimoutiers, présidées par son évêque, Monseigneur Yves-Marie Dubigeon (1927-2007). Son témoignage avait consisté en un vibrant cri de reconnaissance envers tous ceux à qui il devait sa vocation au sein de « L'Unam Sanctam » : ses grands-parents, parents, oncles et tantes, mais aussi les sept ecclésiastiques qui avaient permis à ce fils de pauvre — sans ressource — de devenir, lui aussi, prêtre de Jésus-Christ. Il était également intégralement français et avait beaucoup contribué à la mise sur pied des manifestations du 15ème centenaire du baptême de Clovis, à Reims, en 1996. C'est pourquoi, il avait notamment dédicacé le livre « Sainte Clotilde, première reine de France, fille aînée de l'Église » de Godefroy Kurth (1988, 120 pages), chez Hovine. UNE FIN DE VIE EN ESPRIT DE REPARATION. Devenu quasi-aveugle en 1999, il n'avait pas eu la possibilité d'étudier le texte du « Troisième Secret de Fatima » publié par le Saint-Siège, le 26 Juin 2000, ce qu'il aurait encore fait quelques années auparavant. Il n'a donc pas pu prendre connaissance des trois grandes interprétations qui en furent données et qui sont les suivantes : Je ne sais donc pas ce qu'il aurait pensé de ces trois hypothèses. Car il avait cessé toutes ses activités apostoliques et ne répondait plus aux nombreuses lettres qu'il continuait de recevoir de la part de ses amis. Il avait également perdu la parole, ce qui, pour ce professeur si doué — à la voix grave et puissante — fut une dure épreuve. Enfin, il s'était vu réduit à l'immobilité, lui qui avait tant voyagé. Il accepta cependant cette situation, afin de consoler sa Mère si méprisée et de diminuer ainsi son futur temps de Purgatoire, se préparant, en esprit de réparation, à rencontrer Celui qui était Tout pour lui, sans lequel l'efficacité est impossible (Jn 15,5), ainsi que sa Mère au Cœur très tendre, mais forte comme une armée rangée en bataille (Ct 6,10). Fin 2010, il dut subir une opération, suite à une occlusion intestinale, dont il récupéra difficilement, ce qui permit à une petite poignée de ses amis de se préparer à son départ. Il s'est éteint, dans son sommeil, le dimanche 15 Mai 2011, sans avoir vu le Saint Père accepter la demande de Tuy qui consiste à ordonner à ses frères Évêques de s'unir à lui pour consacrer la seule Russie au Cœur Immaculé de Marie, au cours d'un acte solennel, clair et public de réparation, dont il attendait les trois déplacements spectaculaires suivants : Avoir ainsi échoué fut la grande souffrance de sa vie. SES OBSEQUES RELIGIEUSES. Après une mise en bière à 9h22, elles ont eu lieu, le mercredi 18 Mai, à 10 heures, en la Basilique de l'Immaculée Conception, très joliment illuminée.
Ce fut une cérémonie très digne et très priante. Son cercueil, nu au départ, fut successivement orné des cinq objets suivants, chaque fois apportés par un prêtre différent : la croix de Notre Seigneur Jésus-Christ, son aube, son étole, un cierge allumé, ainsi que « le livre des œuvres ». L'homélie fut faite par son ancien élève, l'abbé Jean Rogue. Ce dernier réussit, tour à tour, à nous faire successivement pleurer, sourire et rire, tant le portrait qu'il fit de son ancien professeur, devenu ensuite son ami, était vivant et exact, jusque dans ses moindres détails pittoresques. Voici un long extrait de son intervention (cf Ro 8, 31b-35, 37-39 et Jn 2, 1-11) : Une image du Père Pierre Caillon restera gravée dans ma mémoire. Depuis quelques années, nous logions presque côte à côte dans la partie ancienne du Centre St. Jean devenu, à cette époque, le collège de l'ensemble scolaire Marie-Immaculée. Nous pouvions ainsi, après la messe matinale servie assidûment par le Père Jean Despax, bavarder à l'heure du petit déjeuner ou au repas du soir : « les meilleures années de ma vie » aimait répéter l'abbé Caillon au soir de son existence. Un matin, semblable à bien d'autres, le Père Caillon, déjà marqué par l'âge, me demanda de le conduire au nord de la ville, au bord de la rocade qui rejoint l'ancienne route de Rouen. Le Père portait à bout de bras, deux sacs bourrés de cassettes et de livres consacrés, pour la plupart au message de Marie à Fatima. A peine descendu de voiture il se préparait à arrêter le premier automobiliste venu, mais à la condition que ce chauffeur bénévole accepte de le conduire à un endroit précis. Cette pratique, de plus en plus directive, était devenue célèbre non seulement dans le diocèse, mais dans d'autres régions de France et même au-delà des frontières : que d'anecdotes ne pourrait-on raconter à ce sujet ! Le Père Caillon était un infatigable globe-trotter de la Vierge Marie. Au cours de l'homélie qu'il prononça, en 1987, dans la Cathédrale de Reims, à l'occasion de la première nuit de prière préparatoire aux célébrations du quinzième centenaire du baptême de Clovis, le Père se présenta comme un héraut de la foi catholique héritée de nos plus lointains ancêtres, avec obligation de transmettre, à notre tour, le flambeau : « Je prêche chaque semaine dans un diocèse différent, dans une paroisse différente », déclarait-il à Reims. Ceux qui ont suivi leur formation au Séminaire de Sées, au lendemain de la guerre, se souviennent de la voix grave et puissante du Père Caillon, présentant dans la Cathédrale les principales étapes d'une ordination. Le texte complet de l'homélie prononcée à Reims sert d'introduction à la réédition d'un livre consacré à Ste Clotilde, première reine de France. Avec une grande liberté de parole, suivant le fil conducteur de la foi reçue au baptême, ce texte révèle, avec relief, l'histoire même de son auteur, et le message qu'il s'attachait à faire connaître. Le Père nous parle d'abord de sa famille, marquée par la pauvreté et la souffrance : deux frères handicapés et une mère morte prématurément, alors que Pierre alors étudiant à Paris n'avait que vingt-six ans, un véritable drame, qui ne fut pas sans conséquence pour les années à venir, confie un de ses amis. Mais, commente le Père : « Dans ma famille, nous avions une richesse, une noblesse, c'est que nous étions catholiques ». Commence alors la description de la prière du soir en famille : « mon petit frère, âgé d'un an, regardait papa… il avait vu, cela suffisait ». Qui d'entre nous ne se rappelle ce slogan: « Un enfant est achevé d'imprimer à quatre ans » aimait répéter le Père. Venait ensuite l'admiration pour le Maître d'école : « qui, pour la première fois, se souvient l'abbé, m'expliqua que la France fut baptisée en la personne de Clovis et de ses 3000 guerriers en la nuit de Noël 496 ». Suit le rappel vibrant de la fondation de la première communauté chrétienne à Lyon, par St. Pothin, disciple de St. Polycarpe, lui-même disciple de Saint Jean. Selon un chapelain de Fourvière, que le Père était venu interroger, St. Pothin avait débarqué, en 142, sur le bord de la Saône, porteur d'une statue de la Vierge, vénérée depuis cette date à Fourvière. Franchissant plusieurs siècles, l'abbé Caillon aimait rappeler enfin comment au lendemain de la Révolution 400 congrégations religieuses avaient vu le jour dans notre pays et comment en 1900, la moitié des missionnaires répartis dans le monde venaient aussi de France. Quel contraste avec la situation actuelle ! Mais, concluait le Père Caillon : « Le Bon Dieu a proposé son plan. Il a envoyé la Vierge Marie à Fatima faire une prophétie… consacrer la Russie au Cœur Immaculé de Marie ». Alors, nous serions témoins d'une chrétienté à l'échelle de la planète, c'est-à-dire d'une humanité « où tout le monde voit que Dieu existe et que l'Eglise catholique est la seule vraie ». Le Père Caillon était l'homme d'une seule idée. Et il en avait beaucoup. Rappelons-nous : l'éducation des jeunes enfants, le chant grégorien, le drapeau de l'Europe avec ses 12 étoiles, allusion évidente pour lui à l'action de Marie, selon une interprétation possible du texte de l'Apocalypse. Tous ces domaines abordés avec vigueur et une précision méticuleuse, c'était à la fois sa force et sa faiblesse. Il ne semblait pas envisager la complexité de la vie en ce troisième millénaire, l'importance de l'écoute en ce qu'elle apporte de nouveau, révélateur du travail de l'Esprit, la nécessité d'une initiation dans un monde sécularisé souvent à outrance. Retenons cependant l'attachement sans faille au message de Notre-Dame, tel qu'il apparaît déjà à Cana. « Faites ce qu'il vous dira » recommande Marie aux serviteurs de la noce. Le texte nous dit comment Jésus lui-même s'est, en quelque sorte, laissé forcer la main, comment il a décidé de poser le premier signe annonciateur de « l'Heure » à venir : c'est-à-dire le don plénier de sa vie, jusqu'à la mort en croix mais suivie, le troisième jour, de la résurrection (...). L'absoute fut donnée par le jeune évêque qui ignorait peut-être une partie des aspects de la vie de celui qui fut « un infatigable globe-trotter du Cœur Immaculé de Marie », seulement équipé de sa lourde valise pleine de cassettes, de son porte-documents bourré de documents, de son béret sur la tête, et surtout de son incroyable talent pour arrêter une voiture et obtenir, avec persuasion et fermeté, que le chauffeur subjugué le conduise à un endroit... effectivement très précis. NOUS VENONS DE PERDRE UN GRAND PARATONNERRE MARIAL.
Ce fils de parents illettrés, mais intégralement catholiques — « c'était LA seule richesse et LA seule noblesse de notre famille », disait-il avec fierté —, fut un ecclésiastique très original, « mis à part (Rm 1,1) » par le Ciel pour faire connaître à ses frères prêtres, et à un large public venu de tous les horizons, le Message de Fatima. S'il n'a guère réussi auprès des premiers, parlant parfois avec fureur de « sa Majesté le clergé de France (qui s'y opposait farouchement ou qui n'en faisait aucun cas) », il a cependant pu en faire bénéficier des milliers de personnes, en France, en Europe, au Maghreb, et aux États-Unis, qui « lui ont ouvert la porte de leur voiture et de leur maison ».
Le vendredi 20 Mai, mon mari l'a inscrit à « L'Association Notre-Dame de Montligeon » qui est une « Fraternité de prières pour les âmes délaissées du Purgatoire » [3]. Le samedi 21 Mai, Notre-Dame est venue le chercher en Purgatoire pour l'emmener au Ciel où il jouit désormais de la Béatitude éternelle. Et ce en vertu de la promesse qu'elle a faite à Saint Simon Stock, comme indiqué ci-après :
Nous pouvons donc prier l'abbé Caillon pour que, du haut du Ciel, il suscite de nombreuses et saintes vocations au sein de familles catholiques et qu'il intercède auprès de sa Mère, afin qu'elle substitue à cette « désorientation diabolique » une « orientation mariale » et qu'elle obtienne ainsi du Saint Père (Pie XIII ?) la venue rapide du triomphe de son Cœur Immaculé, la conversion de la Russie, et ce temps de paix qu'à vues humaines il est impossible d'imaginer, mais auquel il croyait avec certitude. Marie-Sophie Mangin. ANNEXE BIBLIOGRAPHIE DU PÈRE CAILLON Livres : « Un enfant de quatre ans est achevé d’imprimer » (1968, 33 pages), aux éditions Notre-Dame de la Trinité, à Blois. Cassettes audio : « L’épopée mariale de notre temps », (3 cassettes, chez Téqui). -------------------------------------------------------------------------------- [1] Lorsqu'on va à l'adresse http://barjaweb.free.fr/SITE/documents/radioscopie/radioscopies.html, on trouve la liste des émissions de Jacques Chancel conservées au dépôt légal de la Bibliothèque Nationale de France. Mais celle de l'abbé Pierre Caillon n'y figure pas. Il en est de même lorsqu'on consulte le catalogue en ligne de cette Bibliothèque. [retour au paragraphe] [2] Le 27 Avril 1984, Christian Jelen a participé à l'émission « Apostrophes » de Bernard Pivot, sur Antenne 2, en compagnie de Breyten Breytenbach, de Gilles Perrault et de Claire Sterling. Le thème en était « Le masque et la vérité ». On peut trouver trace de son intervention sur le site de “L'Institut National de l'Audiovisuel” à l'adresse suivante : ina.fr/art-et-culture/litterature/video/CPB84051571/le-masque-et-la-verite.fr.html. [retour au paragraphe] [3] www.montligeon.org : coût 30 euros « à perpétuité ». [retour au paragraphe] [4] “Mois des âmes du Purgatoire. Méditations quotidiennes pour le mois de novembre”, de Jean-Marie Girardin, Éditions du Parvis (1988, 220 pages), « 21ème jour : la bonté de Marie », pages 138 et 139. [retour au paragraphe]
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