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FORUM ET DÉBATS

DROIT D'EXPRESSION

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Contribution : n° 35a
Date : 01/06/2008
Nom :Vincent Morlier
Sujet : Lettre ouverte à M. l’abbé de Cacqueray

RENTREZ DANS LA PASSION DE LA CRISE DE L'EGLISE

M. l’abbé de Cacqueray,

Je viens de lire, cher M. l’abbé, avec beaucoup d’édification & joie intérieure, votre remarquable édito. de la dernière Lettre aux Amis & Bienfaiteurs de mai 2008. Enfin, enfin, me suis-je dit, la Fraternité de Mgr Lefebvre est visitée du Saint-Esprit pour diriger ses pas vers La Passion de l’Eglise, et elle le fait (ce que j’avais déjà remarqué dans un récent sermon de Mgr Tissier de Mallerais, je crois que c’était à Avrillé ; il y a quelques années, même constat dans un sermon pascal de l’abbé Pivert(1)) ! Dieu soit loué, c’est très-bon signe pour la Fraternité, car seule cette grille de lecture rend spirituellement et théologiquement compte de ce qu’il a été convenu d’appeler la Crise de l’Eglise, et donc peut donner et donne force & grâce divines de tenir ferme sur ses pieds pour garder la Foi jusqu’à la Fin. J’avoue que jusqu’à présent, j’avais peur pour la Fraternité, mais maintenant, en la voyant mettre résolument et de plus en plus consciemment ses pas dans La Passion de l’Église, j’ai beaucoup moins peur qu’elle ne tienne bon jusqu’au bout dans la Foi : encore une fois, Dieu en soit mille fois loué !

La Passion de l’Église pour rendre compte de la Crise de l’Église est une thèse que je soutiens, quant à moi, M. l’abbé, depuis fort longtemps dans tous mes ouvrages, et d’ailleurs, vous en souvient-il comme dit le poète, j’avais essayé de vous en faire prendre conscience dans un petit et cordial échange de courriers entre nous il y a trois ans, en 2005. Vous n’étiez d’ailleurs pas le premier prêtre de la Fraternité à qui je m’adressais sur le sujet, auparavant les quatre évêques et votre prédécesseur, entre moult autres, ont reçu de moi des courriers exposant La Passion de l’Église… mais il n’y a pas eu d’écho à l’époque, pas même en évoquant Mgr Lefebvre comme vous le faites présentement, tout au contraire, je dois ici consigner que Mgr Williamson, dans un réflexe un peu agressif et il faut bien le dire égocentriquement fermé sur lui-même et la Fraternité, s’était imaginé que cette thèse de La Passion de l’Église que je lui exposais « ne suivait pas la ligne de conduite de Mgr » (sic)... Bien sûr, je ne suis pas un prêtre de la Fraternité, mais ne méprisez pas les prophètes que Dieu envoie à côté de l’oeuvre certes providentielle de votre vénéré & vénérable fondateur, pour vous révéler des vérités capitales et urgentes qui sont vitales pour vous à entendre, et desquelles vous ne pouvez pas vous passer, parce que c’est toujours comme cela que Dieu agit : il envoie toujours à côté des Institutions de salut qu’Il crée, des petits ou grands prophètes auxquels Il donne des lumières qu’Il ne donne pas aux membres desdites Institutions, pour tenir tout le monde dans l’humilité… à commencer par le prophète qui subit un véritable martyr, dans sa petitesse individuelle, d’avoir à s’adresser aux Institutions... comme prophète. La vérité, c’est que je suis un catholique suscité par Dieu petitement, pour vous comme pour tous les catholiques qui le veulent bien, pour vous moudre autant que Dieu l’a mise en moi, la parole prophétique de notre temps, comme je l’avais écrit il y a quelques années à l’abbé Aulagnier… Si cela vous chaut, considérez-moi comme un « lefébvriste… extra-muros » !

Vous écrivez dans cet édito., M. l’abbé, que Mgr Lefebvre a perçu, surtout dans les derniers temps de sa vie, que La Passion de l’Eglise éclairait singulièrement la Crise de l’Eglise. C’est vrai, mais Mgr n’a eu que des intuitions plus ou moins lointaines sur la question, des approches tâtonnantes dans le bon sens, ce qui est bien illustré par les passages que vous citez de lui. Quant à moi, ce n’est pas seulement des intuitions fondamentales, des inchoations, des aperceptions, que le Bon Dieu m’a donné sur la question, c’est la compréhension spirituelle, intellectuelle, théologique, complète, parfaite sur la question, du moins autant que la terre peut la porter et que Dieu m’a donné de la saisir. J’ai tâché et tâche toujours, depuis plus de vingt ans, de ne pas enterrer le talent du Seigneur, je sens qu’il y aurait grand’péché de ma part à le faire, et c’est pourquoi j’ai écris devant le Trône de Dieu plus que devant les hommes trois ouvrages principaux sur La Passion de l’Eglise, dont vous avez peut-être entendu parler mais que vous n’avez probablement pas lu (je vous invite fortement à le faire, ou plutôt renouvelle cette invitation que je vous avais déjà faite en 2005, vous iriez alors jusqu’au bout de La Passion de l’Église), à savoir :
1/ L’Impubliable — solution théologique de la Crise de l’Église ;
2/ Pour bien comprendre la théologie de la Crise de l’Église ;
3/ Pour mémoire de gloire & d’opprobre.
Ces livres, par souci apostolique et certes point commercial, je les ai mis tout récemment sur Internet, et ils peuvent maintenant être gratuitement téléchargés et lus intégralement, en cliquant sur le lien suivant.

Si je vous écris aujourd’hui, c’est justement pour mettre personnellement à votre disposition de clerc de la Fraternité ce talent prophétique que le Bon Dieu m’a donné, en commentant votre édito. à la lumière de La Passion de l’Église (je ne pourrais en faire autant si je vous renvoyais d’une façon générale, lointaine et impersonnelle à mes ouvrages sur Internet). Parce que la Fraternité le mérite, parce que Dieu aime la Fraternité qu’Il a suscitée, parce que « Dieu le veult », qu’Il me l’a dit, et que donc il n’y a pas à barguigner, je dois le faire. Je vais le faire en allant jusqu’au fond de cette thèse que vous ne faites que pressentir de loin en suivant les intuitions inspirées de Mgr Lefebvre. La lumière radicale qui en jaillira pourra bien vous faire mal dans un premier temps, contrebousculer vos habitus de pensée, mais la spiritualité édifiante de votre édito. m’assure et me rassure, M. l’abbé, en me persuadant que vous vous rendrez vite compte que, loin de vous détruire ad destructionem, cette lumière ne manquera pas de purifier, brûler positivement tôt ou tard, ad aedificationem, votre hommerie pour vous faire avancer dans les voies du Seigneur. Oh bien sûr, je sais pertinemment bien que la situation est un peu contre-nature, c’est en principe un prêtre qui doit enseigner un laïc, et non point l’inverse, mais quand le Seigneur veut parler et décide de le faire de telle manière et pas de telle autre, il faut Le suivre. N’oubliez pas que la vérité fut dite un jour par l’ânesse de Balaam, alors, pas de retour sur soi-même… ni sur le prophète du Seigneur qui, après tout, peut bien être parfaitement indigne comme une ânesse de magicien ou dénué de tout talent humain comme un petit berger de La Salette, et n’en pas moins être le seul à pouvoir vous dire la Vérité du Seigneur qui pourra vous faire tenir debout au pied de la Croix d’ignominie, en vous faisant garder la Foi jusqu’à la Fin !

Mais après ce préambule indispensable, voici ce que j’ai à vous dire « de par le Roy du Ciel » comme disait sainte Jeanne d’Arc, par le moyen occurrentiel de votre édito.

Pour commencer, j’admire et suis édifié dans les premiers § introductifs par la profondeur de votre méditation spirituelle sur le Christ de la Passion et le parallèle que vous établissez avec ce que l’Église vit de nos jours, de constater que vous saisissez que « la lueur de ce fanal [de la Passion du Christ] pourra éviter aux âmes d’être, à leur tour, scandalisées de l’humiliation sans précédent dont est aujourd’hui abreuvée l’Épouse du Christ » : c’est très-précisément ce qu’il était capital de comprendre, et, enfin de la fin, vous l’avez compris, dans la Fraternité. Du reste, cette révélation devient tellement forte dans l’église aujourd’hui comme disent nos chers modernistes, que même le pape Benoît XVI, comme vous le notez par son commentaire du chemin de croix 2007, un Benoît XVI par qui pourtant le scandale arrive dans l’Église (au for externe du moins), finit par en prendre conscience lui-même !

Mais je vous invite à approfondir plus les choses, pour aller au fond de La Passion de l’Église, et n’en point rester seulement aux effets spirituels de celle-ci, ce que je vous vois faire dans votre édito. Il faut remonter à la cause théologique qui produit cesdits effets spirituels. Et du même coup, vous comprendrez vraiment ce que l’Église vit de nos jours en vivant la Passion de son Époux, elle, l’Épouse du Cantique des cantiques qui imite parfaitement l’Époux dans sa Passion. En effet, M. l’abbé de Cacqueray, je dis bien et il faut dire : « parfaitement ». Retenez, je vous prie, ce qualificatif, qui sonne et rime avec la note « immaculée » qui caractérise l’Église-Épouse du Christ : ce qui signifie formellement que TOUS les moments de la Passion du Christ, y compris bien sûr sa MORT sur la Croix d’ignominie, vont être vécus par l’Épouse du Christ lorsqu’elle aura, elle aussi, à vivre la Passion. Si, en effet, elle n’était pas immaculée, alors oui, il se pourrait bien qu’elle n’épouse qu’imparfaitement l’intégralité du modus de la Passion de l’Époux, mais tel n’est pas le cas vous le savez bien, et donc l’Église dans sa Passion va elle aussi passer par une mort bien réelle et non pas docète (… avant certes, de connaître une prodigieuse résurrection d’entre les morts) (2). Approfondir les choses de la Passion pour en venir à la cause théologique, disais-je. Faisons-le ensemble, M. l’abbé, vous ne l’avez pas encore fait. D’où vient le scandale des apôtres (révélé à deux endroits dans l’Évangile) ? Un scandale absolument incompréhensible humainement parlant si l’on veut bien se rappeler que les apôtres se scandalisent quelques heures après seulement la magnifique et sincère proclamation de saint Pierre (et de tous les autres apôtres derrière lui) : « Si tous venaient à T’abandonner, moi, JAMAIS je ne T’abandonnerai ! » ? Ce scandale vient de l’humiliation intégrale du Christ. Mais d’où vient l’humiliation intégrale du Christ soudainement et inexplicablement soumis à la « puissance des ténèbres » ? D’où vient que le plus vil et infâme esclave s’est pu croire dûment autorisé à Lui cracher dessus, comme un indigne se croirait offensé de ne pas le faire à un plus indigne que lui ? D’où vient qu’on Le traite comme le plus infâme des hommes serait indigné d’être traité ? D’où vient que sa sainte Humanité est tellement désorientée de ce traitement incompréhensible qu’elle en vient, sans cependant aucune ombre d’ombre de péché formel ou coulpe de désespoir comme l’avait cru Luther, à se croire abandonnée de son Père, ce que vous avez remarqué ? D’où vient enfin, pour faire court, qu’on Lui donne la forme du péché par la flagellation (péchés de sensualité), la forme du péché par le couronnement d’épines (péchés de l’esprit et du coeur), avant de Le crucifier pour le faire mourir, mort d’écartèlement suprême réservée à celle du péché formel méritant l’enfer éternel ?

Je vais laisser saint Paul vous le dire, M. l’abbé, ce saint Paul tellement inspiré de Dieu qu’aucun autre apôtre ou Père de l’Église ou grand saint n’aura comme lui, durant tout le Temps des Nations, des révélations aussi transcendantes, en même temps les plus simplement humaines & les plus divinement élevées. Saint Paul nous fera toucher à la cause théologique de la Passion qui nous en donnera lapidairement toute l’intelligence. Lorsqu’il en vient à parler du Christ vivant sa Passion, voici comment il le définit : « LE CHRIST A ÉTÉ FAIT PÉCHÉ POUR NOTRE SALUT » (II Cor. V, 21). Voilà, M. l’abbé, c’est la grande clef pour tout comprendre de la Passion, non seulement du Christ, mais de l’Église qui la vit de nos jours. Mais la révélation est si forte… qu’on ne la comprend pas dans un premier temps, même quand on la lit mot à mot, de la même manière que les apôtres « ne comprirent pas ce qu’Il leur disait » lorsqu’Il leur annonçait sa Passion pourtant sans voile là aussi, avec des mots très-simples, loin des paraboles réservées aux foules, non-compréhension des apôtres répétée là encore significativement deux fois dans l’Évangile, comme pour leur scandale subséquent à cette dite non-compréhension. Cette grande révélation paulinienne, pour la comprendre VRAIMENT, il faut la relire « en pénétrant dans vos parvis, Seigneur » comme dit le psalmiste.

Or, voilà. On va le faire ensemble, on va bien relire ensemble, M. l’abbé, ce passage de saint Paul, « pour bien comprendre la théologie de la crise de l’Église », pour que VOUS la compreniez bien, vous clerc de la Fraternité, ce qui, j’en suis assuré, n’est pas le cas actuellement, je dis « vous » en pensant aussi à tous vos confrères fussent-ils évêques. C’est très-important, car, et par contre cela vous l’avez d’ores et déjà bien compris et c’est ce que vous révélez dans votre édito., la manière dont le Christ, dans sa Passion, « a été fait péché pour notre salut » sera celle dont l’Église va également « être faite péché pour notre salut » dans notre présente Crise de l’Église qui est sa Passion personnelle. Il est donc très-important que nous discernions la nature précise de cette conformation du Christ au péché, que nous révèle saint Paul.

D’une manière spirituelle, à laquelle vous vous cantonnez, on peut comprendre le passage paulinien ainsi. Après que le Christ ait passé par l’agonie mystique dans la grotte de Gethsémani, Il était devenu LE PÉCHÉ FAIT HOMME, le Christ était devenu le péché personnalisé, tout le péché du monde personnalisé. C’est pourquoi les apôtres ont fui : ils ne voyaient plus le Messie dans le Christ, mais l’homme fait péché, LE PÉCHEUR, tous les pécheurs de tous les temps récapitulés affreusement dans une perfection terrible dans et par sa Personne universelle (précisément à cause de l’archétypale universalité & perfection de la sainte Humanité du Christ, aucun autre humain n’aurait pu incarner l’universalité du péché comme Lui !). Et voilà la raison de la fuite de saint Pierre et de celle des autres apôtres derrière lui. Car, dans une vue humaine des choses, on ne peut que fuir cette vision-là, elle est insoutenable. Aucune humanité ne peut soutenir cela. Même celle toute sainte du Christ a fui de devoir personnaliser le péché aux yeux des hommes aussi parfaitement, a fui « d’être faite péché pour notre salut », et c’est cela la cause profonde de l’hématidrose de Gethsémani, sur laquelle vous vous arrêtez à si juste titre, car j’oserai dire que c’est le temps le plus fort de toute la Passion, au-delà même, me semble-t-il, de sa mort sur la Croix, autant que l’âme est au-dessus du corps.

« Le Christ a été fait péché pour notre salut ». Il est temps d’en venir maintenant à l’explication théologique précise de ce redoutable verset paulinien. Beaucoup de commentateurs, glosateurs scolastiques plus ou moins inspirés se copiant les uns les autres de ce qu’il est convenu de dire, ont cru que saint Paul, par-là, voulait dire que le Christ était « fait péché » en ce sens lénifiant qu’Il portait les conséquences du péché du monde. En d’autres termes, sa Passion L’aurait vu, selon ces auteurs, être soumis à la malédiction du péché, aux effets maudits du péché, mais pas au péché lui-même. Cette lecture du texte paulinien est certes humainement bien compréhensible, tellement il est inconcevable voire révoltant, et même apparemment contre-nature, de voir le Saint des Saints être, réellement, « fait péché ». Cependant, cette dite lecture est théologiquement radicalement fausse, c’est plus qu’une simple vérité diminuée, c’est vraiment une fausseté, une grave erreur, et même, si l’on va au fond des choses, une hérésie. Un raisonnement syllogistique va nous le faire bien saisir. L’économie de la Rédemption, vous le savez, est placée sous la stricte Justice divine, c’est donnant-donnant : la nature de ce que le Christ va donner à la Justice divine pour nous racheter, il Le récupèrera telle cette nature. Il ne Lui sera redonné rien de plus, rien de moins. Ainsi, si l’on disait que le Christ a seulement été fait malédiction du péché, mais pas le péché lui-même en tant que tel, alors, c’est très-simple, le Christ nous aurait obtenu la levée de cette dite malédiction du péché, mais pas celle du péché lui-même. Donc, depuis la Rédemption, nous ne devrions plus avoir de ronces dans les jardins, la femme n’enfanterait plus dans la douleur, les hommes n’auraient plus à travailler servilement (ouf), plus de maladies, plus même la terrible et infamante mort, etc., et toutes les malédictions décrites dans la Genèse comme étant la subséquence du péché originel seraient levées. Or ce n’est pas cela que le Christ nous a acheté par sa Passion et sa mort sur la Croix, Il nous a acheté la levée du péché LUI-MÊME, Il ÔTE au sens fort, le péché du monde, qui tollit peccata mundi, par les sept sacrements qui sont ce qu’Il a obtenu dans l’échange donnant-donnant avec la Justice divine, c’est singulièrement illustré par ceux du Baptême et de la Confession dont le seul objet est d’anéantir absolument le péché dans l’homme qui en bénéficie. Donc, conclusion du syllogisme réconfortant, le Christ ayant acheté de par sa Rédemption la levée du péché LUI-MÊME, et non de la malédiction du péché, a bel et bien été « fait péché » au sens fort, précisément comme le révèle très-bien saint Paul lu dans le sens obvie, et non pas « fait malédiction du péché » comme certains glosateurs mal inspirés, timorés, l’ont trop dit.

La question devient maintenant la suivante. Puisque le Christ a bel et bien été « fait péché » pour notre salut au sens obvie du terme, de quelle manière, théologiquement parlant, a-t-Il bien pu être « fait péché » tout en restant le Saint des Saints ? Vous comprenez déjà sûrement, M. l’abbé, que la réponse à cette question va décoder, par décalcomanie, la réponse que nous aurons à formuler quant à la situation théologique précise de l’Église endurant la Passion présentement. Or, la réponse à la question est excessivement simple. Là encore, un syllogisme va aider à clarifier dans notre esprit ce qui doit l’être. Majeure : le Christ est le Saint des Saints, pur de tout péché, de toute ombre d’ombre de coulpe formelle séparant de Dieu. Mineure : le Christ, durant sa Passion, est cependant véritablement, réellement « fait péché pour notre salut » (II Cor. V, 21).
Conclusion : le Christ est donc, durant sa Passion, fait péché matériellement, Il est mis, de par sa Passion, en état de péché matériel. S’Il n’a pas pu être fait péché formel d’aucune sorte et que cependant il est réellement fait péché, le Christ n’a donc pu qu’être fait et a été fait péché matériel. Même La Palice aurait pu le dire. Voilà le grand point qui va nous permettre d’avancer « pour bien comprendre la théologie de la crise de l’Église ».

Ce serait offenser votre sacerdoce, M. l’abbé, que de vous donner la définition de ce qu’est un péché matériel. Cette notion, fondamentale en théologie morale, est capitale pour comprendre précisément l’état, la situation où se trouve théologiquement l’acteur de la Passion, qu’il soit le Christ il y a 2 000 ans ou bien l’Église de nos jours. Je vais donc en donner un simple exemple, uniquement pour nous permettre d’avancer plus avant dans la compréhension des choses de la Passion. Un homme au volant de sa voiture qui en tue accidentellement un autre qui n’a pas respecté le code de la route, alors que lui il l’a parfaitement respecté, a néanmoins commis un péché d’homicide. Mais, s’il est exempt de toute faute, c’est simplement un péché matériel d’homicide. En fait, il n’a pas du tout péché quand bien même il a commis un péché matériel, quand bien même il est en état de péché matériel. Cependant, si ce conducteur malheureux, sous le prétexte qu’il n’a commis aucune ombre de faute formelle, disait : « Je n’ai pas commis de péché matériel », ce serait faux, il a bel et bien commis la matière d’un péché, au for externe.
Maintenant, supposons que quelqu’un ne connaisse rien du contexte de la faute matérielle commise, qui innocente parfaitement ce conducteur malheureux, mais qu’il soit seulement en connaissance du fait lui-même de l’homicide commis : celui-là aurait alors devant les yeux un homme pécheur au for externe, strictement dans le même état (si le péché se voyait à l’extérieur) qu’un pécheur qui aurait péché formellement… Autrement dit, au for externe, RIEN, stricto sensu, ne différencie le pécheur simplement matériel, du pécheur réel ou formel (3). Seul Celui auquel est réservé le jugement au for interne, Dieu qui « sonde les reins et les cœurs », peut voir la différence, et nul autre. Donc, pour en revenir à notre affaire, l’acteur de la Passion apparaît invinciblement comme un pécheur formel, sans cependant l’être, il va donc pouvoir être traité comme un pécheur formel, et la punition qu’il va subir du péché formel anéantira ledit péché puisqu’en fait, il ne l’a pas commis. D’ores et déjà, nous pouvons mieux comprendre que ce qui se passe pour l’acteur de la Passion, c’est tout un jeu de substitution mystique, je dirai de cache-cache entre le Bien et le mal, mais un cache-cache implacable (car il n’y a rien de Bien dans le mal, rien non plus de mal dans le Bien, et c’est une lutte à mort, et il n’y a pas plus lutte à mort que cette lutte à mort) (4).

Voyez, M. l’abbé, comme, en suivant saint Paul, on est très-loin de considérer que l’acteur de la Passion est simplement revêtu de la malédiction du péché, qu’il porterait certes, mais sans que son être en soit le moins du monde atteint, informé. Être en état de péché matériel est en vérité très-différent et beaucoup plus profond que simplement porter la malédiction du péché, car dans cet état, l’être de l’acteur de la Passion est attouché par le péché, pour employer le terme qui me semble le plus approché, voire idoine & adéquat, pour définir ce qui se passe. Et c’est précisément ce terrible, horrible, affreux attouchement, qui va produire dans le Christ à Gethsémani l’hématidrose. Mais il était, dans l’économie de la Rédemption, absolument indispensable que cet attouchement ait lieu. Sinon rien, pas de rachat du péché, pas de salut de l’homme. Car c’est seulement d’être mis en état de péché matériel qui peut donner à l’acteur de la Passion le pouvoir d’ôter le péché du monde, par cet attouchement quasi contre-nature et renversant qui, plus tard, sur la Croix, a arraché de la sainte Humanité du Christ le cri déchirant de douleur morale, une sorte d’implosion-explosion de tout son être, Eli, Eli, lamma sabhactani (5)… L’être de l’acteur de la Passion étant attouché du péché sans en être touché, étant par ailleurs Dieu, a donc, par la mort véritable quoique mystique qu’il endure de cet attouchement par le péché, le pouvoir divin de l’anéantir, de le brûler, de « l’engloutir », pour employer la si belle expression de l’épître de saint Pierre qui ravissait Léon Bloy (saint Pierre, ici, se rappelait sûrement son métier de pêcheur, l’image est d’un marin…). Mais si l’acteur de la Passion n’était pas attouché par le péché, comme le disent ceux qui commentent saint Paul en disant que le Christ a simplement porté la malédiction du péché, alors, le péché n’aurait pas pu être ôté du monde, et bien entendu il ne l’aurait pas été.

Le Christ, pour vivre ou plutôt mourir sa Passion, est donc mis en état de péché matériel. L’Église, pour vivre et mourir la sienne qui s’opère de nos jours, va donc être mise elle aussi en état de péché matériel. N’en soyons pas surpris, méditons plutôt le beau dogme de la co-Rédemption. On l’a appliqué jusque là beaucoup à la très-sainte Vierge, mais il ne faut pas oublier que l’image la plus parfaite de la très-sainte Vierge, c’est l’Église. Ce qui s’applique pour la très-sainte Vierge, s’applique également pour l’Église. Je crois qu’on ferait très-bien de parler de la co-Rédemption de l’Église. Parce que, précisément, il n’y a rien de plus actuel. Et justement, si l’on médite les choses de la Passion de l’Église par le côté positif, et même très-positif, il faut saisir que par sa propre et présente Passion, l’Église est en train de devenir… co-Rédemptrice ! C’est en vérité vraiment exaltant, spirituellement enthousiasmant, à vivre, quand bien même pour l’instant c’est effroyablement, ignominieusement, mortellement crucifiant. L’hymne de la fête pascale révèle d’ailleurs fort bien ce côté positif, mors et vita duello, conflixere MIRANDO : la mort et la vie sont en duel dans un conflit MERVEILLEUX (mais le conflixere est mirando, vu du Ciel, pas de la terre !)…

Or, édifié, rasséréné en ce qui vous concerne, je vois dans votre édito., qu’à présent, vous commencez, M. l’abbé de la Fraternité saint Pie X, à bien saisir théoriquement la chose, mais, mais il vous reste maintenant, vous et vos respectables & édifiants confrères de la Fraternité saint Pie X, à bien rentrer dans la compréhension pratique de la question, à bien incarner cette réalité de l’Église mise en état de péché matériel pour vivre la Passion… ce que je ne vous vois pas faire, vous en êtes encore, là, tout au contraire, à la suite de votre vénéré et vénérable fondateur, au réflexe instinctif et humainement parlant par trop compréhensible, du rejet de cet attouchement terrible du péché sur le Saint des Saints dans son Église, mysterium iniquitatis. Ce n’est pas compliqué, et un ami à qui j’ai fait lire votre édito. a eu la même impression que moi, vous ressemblez à quelqu’un qui dit très-fort quelque chose mais qui, phrase suivante, reprend ou tâche de reprendre ce qu’il vient de dire, ce que mon ami a traduit en langage imagé, comme d’un bateau dont les voiles sont poussées par le vent du Saint-Esprit dans la bonne direction, mais qui, au moment de toucher à bon port, palsambleu !, n’y veut point aborder, encore moins s’y ancrer, et tâche à toutes forces & bordées de repartir dans la direction opposée, virant inconséquemment, tonnerre de Brest !, de bâbord & tribord de manière totalement incohérente… risquant même de casser son gouvernail maltraité ! De par Dieu, seul un prophète peut vous aider à mettre vos mœurs en accord avec votre Foi, vous les prêtres du Seigneur, et c’est précisément là toute la raison de mon effort & de mon épistole…

L’Église catholique, apostolique & romaine, depuis Vatican II pour faire court, est donc elle aussi mise en état de péché matériel pour épouser et répliquer parfaitement ce qu’elle a vu faire dans son divin Époux, le Christ, dans sa Passion qu’elle est destinée à revivre et répliquer très-parfaitement. Qu’est-ce que cela peut bien signifier ? Cela signifie que si l’on veut être cohérent avec ce qu’on a compris de par Dieu et grâce à saint Paul de la Passion du Christ répliquée dans l’Église, il faut discerner où se situe le péché matériel de l’Église actuelle vivant présentement la Passion. Et ne pas commencer les choses de la théologie de la crise de l’Église en esquivant ce péché matériel commis par l’Église, par toutes sortes d’échappatoires pseudo-théologiques. Or, précisément, toutes les écoles de pensée traditionalistes, pour résoudre théologiquement la Crise de l’Église, ont commencé par poser en prolégomènes que l’Église n’était pas en état de péché matériel. Sans même y penser d’ailleurs, par ce réflexe basique et automatique tellement inhérent à la nature humaine. Mais par-là même, par cette prise de position préliminaire inconsciente plus que réfléchie, elles s’excluaient toutes de ce qu’avait à vivre véritablement l’Église dans cette « Crise affreuse » (Secret de La Salette) ! Elles se mettaient par là tout simplement en-dehors de la réalité ecclésiale concrète que le Saint-Esprit donne à vivre à l’Église aujourd’hui ! Et donc, elles ne pouvaient recevoir toutes les grâces salvatrices que Dieu donne exclusivement à qui vit sa Foi en Église aujourd’hui.

Par quoi est engendrée la Crise de l’Église ? Pour faire simple mais pas vraiment faux, on va dire qu’elle est engendrée par le décret sur la Liberté religieuse et toute la pratique oecuméniste subséquente (la nouvelle messe, comme l’a très-bien dit Mgr Fellay dans son mot de la fin, n’est pas le principal, c’est la doctrine, le dogme, qui l’est). Or, voici : Dignitatis Humanae Personae est un péché commis par l’Église in personna ecclesiae. Là, je vois l’abbé de Cacqueray et tous ses honorables confrères de la Fraternité, … fuir. Comme les apôtres lors de la Passion. Comme d’ailleurs Mgr Lefebvre lui-même soi-même. Non, non, ce sont les gens d’église mais pas l’Église elle-même qui ont commis ce péché. Je vous laisse vous exprimer vous-même, M. l’abbé, ou plutôt Mgr Lefebvre que vous citez, qu’on voit fuir la réalité de l’Église de la Passion mise en état de péché matériel, ainsi : «… Oui, c’est vrai, l’Église est divine, l’Église ne peut pas perdre la vérité, l’Église gardera la vérité éternelle. Mais elle est humaine, et bien plus humaine que ne l’était Notre-Seigneur Jésus-Christ. Elle est supportée par des hommes qui peuvent être, eux, des pécheurs, qui sont des pécheurs et qui, s’ils participent dans une certaine manière à la divinité de l’Église dans une certaine mesure (comme le pape par exemple, par son infaillibilité), ils restent pécheurs. En-dehors de ces cas où le pape use de son charisme d’infaillibilité, il peut errer, il peut pécher ».

Donc, M. l’abbé, loin de moi l’idée de mettre à plaisir à contradiction les propos de « l’évêque de fer » avec eux-mêmes, mais je suis obligé de constater là sa contradiction : d’un côté, il rentre bien dans la compréhension que la Crise de l’Église manifeste la Passion du Christ (« Il me semble que l’on peut comparer cette Passion que souffre la sainte Église aujourd’hui à la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ », citez-vous de lui page précédente), ce qui prouve que le Saint-Esprit est dans sa pensée, mais il ne peut empêcher son humanité de reprendre ce que son âme a compris, comme un certain abbé de Cacqueray dans son édito., en posant qu’en fait, cette Passion serait vécue par l’Église sans que celle-ci soit mise en état de péché matériel. Car c’est cela que veut dire son affirmation comme quoi ce sont les gens d’église qui ont péché, mais pas l’Église elle-même : s’il en était ainsi, alors évidemment, l’Église ne serait pas en état de péché matériel, c’est facile à comprendre. Cependant, vous êtes bien à même de voir M. l’abbé, que Mgr Lefebvre n’est pas là en accord avec saint Paul qui nous affirme que l’économie de la Passion inclut la mise en état de péché matériel de l’acteur de cette Passion.

En fait, vous vous empêchez de prendre conscience de la mise en état de péché matériel de l’Église de Passion, par votre théorie profondément hétérodoxe sur le Magistère ordinaire et universel, que vous avez frauduleusement réduit à peau de chagrin, et par laquelle vous croyez pouvoir professer que la Liberté religieuse n’a pas été posée par les gens d’Église dans le cadre de l’infaillibilité, c’est-à-dire in personna Ecclesiae, mais seulement en tant que docteurs privés et pouvant faillir. Mgr Lefebvre comprend sûrement Là-haut, peut-être bien déjà au Ciel pourquoi pas le supposer, toute la fausseté de cette thèse, j’en suis sûr, et il comprend bien, à présent, que la vérité est, qu’en fait, la Liberté religieuse étant posée dans un cadre tout ce qu’il y a de plus infaillible, l’Église est introduite, par cet acte magistériel peccamineux au for externe, dans la Passion du Christ, parce qu’il la met en état de péché matériel… Ah ! l’Église catholique, la sainte Épouse du Christ, être mise en état de péché matériel ! C’est horrible à voir et à vivre, c’est vrai. Mais c’est cela que le Christ et Dieu tout ensemble VEULENT que nous vivions, que VOUS viviez. Quant à moi, devant ce vouloir manifestement divin, je m’incline sans discussion, en toute soumission, et je vous conseille d’en faire autant. Si vous ne voulez pas m’écouter, ce que je comprendrais fort bien, écoutez alors Mgr Lefebvre qui l’a sûrement compris maintenant, dans la Lumière divine, et qui vous le dit doucement à l’oreille de votre âme. Ne fuyez plus, par ignorance invincible, rentrez dans la Passion, dans le paradoxe le plus incroyable qui puisse exister et qui existera jamais, en vérité je vous le dis, c’est en vivant cet état de péché matériel avec l’Église immaculée que vous trouverez la gloire et la grâce pour tenir bon jusques et y compris la Fin. Ne faites pas que prêcher sur la Passion de l’Église, d’une manière toute spirituelle, comprenez et vivez les attendus théologiques de cette (bonne) spiritualité par laquelle Dieu révèle à vos âmes que l’Église vit la Passion du Christ...

… Certes, vous n’êtes pas la seule école de pensée traditionnelle à fuir la réalité concrète de la mise en état de péché matériel de l’Église contemporaine. En fait, il est trop vrai de dire que TOUTES les écoles de pensée tradis. le font, chacune de son côté invoquant sa petite pseudo-raison théologique pour le faire. Prenons par exemple vos « frères ennemis » les sédévacantistes. Eux non plus, pas plus que vous, ne vivent en Église aujourd’hui. Ils s’imaginent pouvoir fuir la conclusion de la mise en état de péché matériel de l’Église en soutenant que les papes qui ont signé ou professé magistériellement la Liberté religieuse, ne sont pas… papes. Ainsi, le tour est joué (vive la poudre de Perlimpinpin). Puisque nous serions là en présence d’un pseudo-Magistère, l’Église évidemment ne pourrait être tenue responsable du péché de Dignitatis Humanae Personae : elle ne serait pas, par-là, mise en état de péché matériel. Mais les sédévacantistes, pour soutenir cette échappatoire, font obstruction d’une loi fondamentale de la constitution divine de l’Église, à savoir que la règle prochaine de la légitimité pontificale, c’est que le pape est reconnu par l’Église universelle ordinairement représenté par le Sacré-Collège cardinalice, et non pas, comme ils le croient, que le pape possède la Foi dans son Magistère (la grâce de manifester la Foi impeccablement dans son Magistère, qu’il soit ordinaire ou extraordinaire, lui vient en effet par le canal de l’acte de reconnaissance ecclésiale universelle de sa qualité de pape, doté de l’infaillibilité). Or, tous les papes modernes ont dûment bénéficié de la reconnaissance ecclésiale universelle, le dernier en date s’appelle Benoît XVI, il est donc impossible de dire que les papes vaticandeux ne sont pas papes. Et donc, si Paul VI était vrai pape, verus papa, en signant la Liberté religieuse, l’Église est par-là même mise en état de péché matériel. Les ralliés quant à eux, ont une autre porte de sortie : c’est de dire que la doctrine de la Liberté religieuse n’est pas vraiment une hérésie et qu’on peut même trouver, oui, oui, un lien logique entre la Tradition et la Liberté religieuse. Cependant, rien n’est plus faux, et l’abbé Castelein, de chez vous, a réfuté magistralement, merveilleusement bien, dans un article de Fideliter, cette échappatoire intellectuellement bien peu glorieuse pour ses tenants, dans le livre révoltant du compère Basile. Donc, puisque là encore, l’hérésie est… une hérésie (pardon, cher Mis de La Palice), par la Liberté religieuse l’Église est bel et bien mise en état de péché matériel. Je ne parlerai pas de la porte de sortie guérardienne, parce que le prétendu distinguo matérialiter-formaliter n’est qu’une absurdité plus encore métaphysique que théologique. Pour conclure ce chapitre, nous avons donc, dans Dignitatis, un pape vraiment pape, un acte du Magistère infaillible (6), et une doctrine vraiment hérétique. Ces trois lieux théologiques rassemblés dans un seul et même acte magistériel nous donnent la certitude de la mise en état de péché matériel de notre Église contemporaine.

Maintenant que nous avons bien compris que l’Église est mise en état de péché matériel, qu’avons-nous bien à attendre de l’avenir de cette Église vivant la Passion ? Mais quoi, M. l’abbé ! Que pouvons-nous bien nous apprendre à nous-mêmes, sinon rien ?! Si l’on veut savoir la suite, il faut tout simplement aller contempler Notre-Seigneur lorsqu’Il vit sa Passion. C’est Lui notre Maître, notre « Voie, Vérité & Vie »… surtout quand Il meurt. Aller voir comment la suite se déroule pour Lui, comment Il la vit, ou plutôt, comment Il la meurt. Car cette science nous apprendra très-sûrement la manière dont va se dérouler l’avenir de l’Église vivant présentement sa propre et personnelle Passion à la suite immaculée de son divin Époux.

L’agonie engendre inéluctablement la mort. Sinon, elle ne s’appelle pas agonie, étymologiquement il y aurait contradiction dans les termes. Je vous ai dit plus haut que je reviendrais sur votre porte de sortie à vous, M. l’abbé, qui consiste à croire bizarrement et dans une grande incohérence, que la mort ne suivra pas l’agonie qu’est en train de vivre l’Église présentement (7). Parce que, disais-je plus haut, l’Église est immaculée, parce que, subséquemment, elle imite parfaitement tous les moments de la Passion du Christ, alors, l’Église vivant la Passion ne peut que passer par une mort réelle, puisque son divin Époux est passé par-là dans sa Passion. Une deuxième raison invalide complètement votre thèse. Vous distinguez deux morts dans la Passion du Christ, celle de l’hématidrose à Gethsémani, et celle de la Croix. Je retiens cette distinction que je trouve judicieuse et tout-à-fait fondée, et à laquelle ma méditation m’avait déjà menée (mais je ne me l’étais pas formulée aussi nettement). Rien de plus exact, en effet, de dire que l’agonie de Gethsémani est une véritable mort. Mais vous oubliez une toute petite chose, M. l’abbé, c’est que cette première mort de Gethsémani, elle est vécue par l’Âme du Christ, quand la seconde mort, celle de la Croix, l’est par son Corps. Cette précision est capitale, car l’âme étant la forme du corps selon la très-exacte définition scolastique, si l’âme vit une chose en premier, elle ne peut qu’en informer le corps qui lui est adjoint, obligatoirement et automatiquement, tôt ou tard. L’âme ne peut pas vivre une chose sans que le corps en soit absolument informé. Ce qui signifie qu’il est tout-à-fait impossible, métaphysiquement, de supposer une âme passant par la mort sans que le corps qui lui est adjoint n’y passasse lui aussi. Or, puisque vous soutenez, à juste titre et raison, que l’Église vivant présentement sa Passion a déjà passé par la première mort inhérente à l’âme (Gethsémani), alors la mort du corps de l’Église ne peut que suivre. « Dans l’Absolu » comme aurait dit Léon Bloy. C’est d’ailleurs bien ce qui s’est passé pour le Christ : après avoir subi sa première mort, celle de l’Âme, à Gethsémani, il NE pouvait plus QUE subir la seconde mort, celle du Corps… ce qui Lui est effectivement arrivé. Et s’il y a eu grâce divine expresse pour empêcher que la première mort touchant l’âme n’ait eu son immédiat effet, il n’y en a pas eu pour la seconde mort, celle du corps. Idem pour l’Église, vous le verrez.

La mort physique de la personne morale qu’est l’Église est donc, je viens de le prouver par deux raisons, l’une théologique & l’autre métaphysique, l’aboutissement tout ce qu’il y a de plus obligé et sûr de la Passion qu’elle vit présentement. Mais de quelle mort peut-il s’agir ? La question est très-intéressante pour notre Foi, et la réponse est somme toute assez simple, au vu et su de la constitution divine de la sainte Épouse du Christ et de la Prophétie scripturaire, mais, M. l’abbé, je me rends compte que vous êtes encore bien loin de vouloir aller jusque là… ! Éh bien, je vais vous y obliger pour votre bien, même s’il faut pour cela vous tirer irrespectueusement par les phylactères scolastiques sclérosés ou plutôt nécrosés de votre soutane cléricale ! Pour commencer, dites-vous bien que prévoir la mort de l’Église au terme de sa Passion, n’a rien d’incompatible, d’antinomique, avec les promesses du Christ concernant son indéfectibilité, contrairement à ce que vous pensez : de la même manière que le Christ est resté Dieu quoique subissant la mort réelle dans sa Passion (et vous le dites, dénonçant, montrant du doigt les pharisiens qui pensaient le contraire), il est évident que l’Église restera… inhabitée de Dieu, quoique subissant elle aussi à l’instar du divin Époux, sa propre mort ! Donc, non, cette mort réelle de l’Église à la fin de sa Passion personnelle, n’a décidément aucune incidence négative sur les promesses d’indéfectibilité du Christ. De même que pour le Christ vivant sa Passion, le résultat final pour l’Église sera de toutes les façons, que l’auteur de la Vie est mort, et, vivant, Il règne, Dux vitae mortuus, REGNAT VIVUS ! (c’est extraordinaire de lire dans le latin ces mots « vie » et « mort » qui s’entremêlent, s’entrechoquent et se combattent, pour finalement voir le triomphe complet et sans appel de la Vie sur la mort !). Dans ces versets de l’hymne pascal, il est donc prophétisé, par le mystère du Christ, que l’Église, passant à son image et ressemblance sa propre mort co-rédemptrice, VIVRA, et non seulement vivra, mais vivra EN RÉGNANT, la Gloire en plus autrement dit ! En tant que chrétien, j’avoue qu’on savait déjà que l’Église vivra après sa mort : la Foi nous l’enseigne, l’Église qui est « au commencement de toutes choses » (saint Épiphane), est aussi à la fin d’icelles toutes, en d’autres termes, elle est éternelle comme Dieu.

La question reste cependant entière : de quelle mort mourra de mâlemort l’Église in via ? Réponse : cette mort sera opérée par le règne de l’Antéchrist-personne prophétisé par la Sainte-Écriture. L’Antéchrist-personne, engendrée par les dix rois ou antéchrists-collectifs ou démocraties post-révolutionnaires, que tout annonce de nos jours, fera mourir de mâlemort l’Église du Temps des Nations, apostolique et romaine. Ici, je ne m’appesantirai pas, c’est inutile, le descriptif scripturaire du règne de l’Antéchrist suffisant à bien montrer la victoire complète au for externe du mal sur le Bien… exactement comme lors de la mort du Christ en Croix. Ce qui est plus intéressant pour notre Foi, M. l’abbé, par contre, c’est de s’étendre sur ce qui s’ensuivra, à savoir la Vie qui suivra cette mort de l’Église sous l’Antéchrist, sa… Résurrection pour tout dire. Alors, de quelle vie vivra l’Église après la mort qu’elle va endurer prochainement dans son corps après l’avoir endurée dans son âme ? Je l’ai dit tout-à-l’heure, si l’on veut savoir prédire l’avenir de l’Église après sa Passion, il faut faire oraison sur la Passion archétypale, celle du Christ. La question que l’on se pose pour l’Église revient donc à celle-ci : De quelle vie le Christ a-t-Il vécu après sa mort sur la Croix ? La réponse est la suivante : si, faut-il le dire, la Vie du Christ est identiquement pareille à elle-même avant comme après sa mort sur la Croix, elle ne se déroule plus sous le même mode, la même économie. En effet, après la mort sur la Croix ou plus exactement après la Résurrection du Christ, la Vie du Christ est entièrement glorieuse, sous le mode de la Gloire de sa divinité. Tandis qu’auparavant cette mort, elle se déroulait sous le mode humble de son humanité. Faisons la transcription à l’Église, car nous y sommes non seulement autorisé mais cette transcription ecclésiale du Mystère du Christ est la divine « clef qui ouvre, et personne ne ferme, et qui ferme, et personne ne peut ouvrir ». Après sa mort qui sera consommée dans et par le règne de l’Antéchrist, que viendra finir le Déluge de feu et l’Apocalypse (la coupure sera aussi forte et aussi cataclysmique que lors du premier Déluge d’eau), l’Église revivra sous une autre économie, glorieuse, pleinement glorieuse non seulement de la Gloire du Christ mais… de la sienne propre (puisque l’Église l’aura « achetée » par sa présente Passion & co-Rédemption !). Cette nouvelle économie ne peut donc pas remanifester l’Église apostolique et romaine dans son modus inhérent à l’économie du Temps des Nations, telle que nous la connaissons actuellement avec son caractère hiérarchique et sacramentel (8). Ceci, c’est une certitude et, comme disaient les deux Dupont/d dans Tintin & Milou, je dirais même plus : c’est une certitude de Foi, de fide. Une nouvelle économie qu’il n’est pas théologiquement imprudent de baptiser « IIIème Testament » voire même « Règne du Saint-Esprit », qui manifestera un nouveau mode de vie pour l’Église, est donc à attendre après la présente mort qu’elle va endurer très-prochainement. C’est bien sûr ce que la Tradition de l’Église, je dis bien la TRADITION (9), a appelé le Règne millénaire ou Millenium. Le Règne millénaire, par allusion aux fameux mille ans d’Apoc. XX, que saint Jean entendait et prêchait littéralement, contrairement aux élucubrations mensongères des scolastiques qui diront le contraire (entre autres, nous en avons la certitude absolue par le seul et simple fait que là où saint Jean a prêché, dans l’Asie mineure, c’est là où précisément les chrétiens entendaient plus que partout ailleurs dans le premier christianisme, le ch. XX de saint Jean à la manière millénariste : le millénarisme a donc pour lui la note d’apostolicité), est donc la destinée future de l’Église, après sa mort réelle sur sa Croix à elle, qui sera le règne de l’Antéchrist.

Il me reste à dire une chose très-importante, c’est à savoir qu’il y a une grande différence entre l’Époux et l’Épouse, le Christ et l’Église : l’un est Dieu par l’une de ses deux natures, l’autre ne l’est, si je puis dire, que par inhabitation. Ainsi donc, si le Christ a le divin pouvoir de s’auto-ressusciter après sa mort sur la Croix, puisqu’Il est Dieu, il n’en saurait être de même de l’Église subissant sa propre mort par crucifixion dans le règne de l’Antéchrist : lorsque l’Antéchrist aura mis à mort l’Église du Temps des Nations, il est nécessaire, de nécessité théologique absolue, que son Auteur le Christ revienne dans notre univers physique pour la ressusciter, car elle ne pourra pas le faire de par elle-même, par la vertu intrinsèque que le Christ a déposée en elle lorsqu’Il l’a engendrée lors de sa mort sur la Croix. Ce redivivus de l’Église que nous enseigne la Foi après sa propre mort (la Vie a le dernier mot sur la mort) inclut donc le Retour du Christ dans notre univers physique, sur notre terre. C’est la seconde Parousie. Cette seconde Parousie peut, selon les deux opinions qui ont libre cours dans l’Église, engendrer deux choses, et deux choses seulement : soit le Christ revient pour redonner vie à l’Église et l’introduit immédiatement dans l’Éternité bienheureuse en passant par le Jugement dernier, soit Il lui redonne vie pour l’introduire dans une nouvelle économie de salut in via, encore sur cette terre, pour vivre le Millenium plein de la gloire du Christ… et de l’Église co-Rédemptrice. La cause première, théologiquement, de la Revenue du Christ en Gloire sur les Nuées du Ciel, c’est très-précisément de faire revivre l’Église après la mort qu’elle aura subie dans et par le règne de l’Antéchrist. Cette Revenue n’est pas hypothétique, elle est théologiquement certaine dès lors que la mort de l’Église intervient. Car puisque nous avons la certitude que la mort de l’Église viendra puisqu’elle vit la Passion de nos jours (n’est-ce pas, M. l’abbé ?), alors, M. l’abbé, tirez la chevillette du syllogisme, et la bobinette cherra : la Parousie est donc le dénouement certain de la Crise de l’Église ! Dans le cas contraire, alors là, si le Christ ne revenait pas après la mort de l’Église, elle ne pourrait revivre, et c’est seulement là que vous seriez fondé à dire que les promesses d’indéfectibilité de l’Église seraient trouvées en défaut...

Un autre aspect de la question doit être évoqué. Vous allez me dire : « Bon, fort bien, vous dites que l’Église est mise en état de péché matériel par le décret hérétique de la Liberté religieuse pour vivre sa propre et personnelle Passion ; mais si l’on tient que l’Église a péché par ce décret (= puisque le pape est pape, puisque l’acte s’inscrit dans le cadre de l’infaillibilité magistérielle, puisque la doctrine de la Liberté religieuse est formellement hérétique), alors, qu’est-ce qui peut bien empêcher de dire que l’Église a péché… formellement ? N’importe quel malveillant, voyant l’acte valide et légitime de la Liberté religieuse peut en conclure que l’Église, là, a péché formellement. Personne ne pourra le contredire ». Éh bien, M. l’abbé, mais, ce malveillant-là, vous le laisserez dire, vous le laisserez dans son impiété et son blasphème d’oser accuser l’Église de péché formel, il aura RAISON avec les pharisiens impénitents qui sont maintenant en enfer où son impiété l’enverra, s’il ne s’en convertit. Mais quant à vous, vous en resterez à croire que l’Église ne peut pécher que matériellement, c’est-à-dire vous en resterez… à ce que la Foi vous enseigne. Je vous ai rappelé tout-à-l’heure qu’il était impossible, au for externe, de différencier le pécheur simplement matériel du pécheur formel. Pour l’Église mise en état de péché matériel, c’est exactement la même chose. PERSONNE ne peut assurer au for externe, qu’elle n’a pas commis un péché formel par la Liberté religieuse, notre humiliation est là. C’est justement la grande épreuve morale du croyant devant vivre avec l’Église et par elle, la Passion. Mais précisément, loin d’inquiéter votre Foi, cela doit au contraire vous rassurer : le cas de figure est identique pour la Passion du Christ. Une fois mis sous « la puissance des ténèbres », c’est-à-dire en état de péché matériel, PERSONNE ne pouvait plus assurer que le Christ était le Messie-Dieu. Les pharisiens d’ailleurs, rappelez-vous, en faisaient des gorges chaudes au pied de la Croix : « Ah ! Mais qu’il descende donc de la Croix, qu’il se comporte donc en Dieu à la fin, et nous croirons en Lui…! » Or, considérez qu’Il n’est pas descendu de la Croix, considérez qu’Il est resté dessus pour y mourir, considérez qu’Il n’en est pas moins resté… Dieu.

Quant à l’Église subissant sa Passion de nos jours, et donc soumise à l’humiliation suprême de ne plus pouvoir manifester la Vérité au for externe, comme vous l’écrivez vous-même si bien, un beau syllogisme, un de plus, va nous sortir de l’impasse prétendue à laquelle l’impie croit pouvoir nous acculer. Majeure. L’Église est sainte, parfaitement sainte. Mineure : la situation ecclésiale du moment me fait constater que l’Église a péché.
Conclusion : donc, il ne peut s’agir que d’un péché matériel, sans la moindre ombre d’ombre d’ombre de coulpe formelle. Et par ce seul syllogisme, l’impie est vaincu. C’est la Foi qui me fait poser que l’Église est SAINTE, pure de tout péché. Et cette seule majeure terrasse l’impie. À moi de m’y accrocher pour vaincre Satan, même si l’apparence contraire me crucifie très-certainement. L’Église est sainte en tous temps y compris et surtout lors de sa Passion, parce que Dieu l’a révélé et qu’Il ne peut ni se tromper ni me tromper. Et basé sur cette révélation que Dieu m’a faite, je suis sûr, plus encore que de la réalité de ma vie, que l’Église n’a pas péché, je veux dire formellement. Si les apôtres s’étaient fait ce syllogisme, ils auraient pu assister le Christ au pied de la Croix, Lui qui avait tellement besoin de leur présence au moment où Il donnait sa Vie. Majeure : Jésus est le Messie-Dieu. Mineure : il est humilié par « la puissance des ténèbres » au point de ne plus pouvoir être vu comme le Messie-Dieu, mais tout au contraire comme le péché fait homme, que d’aucuns voudront voir comme l’homme de péché, l’Antéchrist.
Conclusion : PUISQUE Il est le Messie-Dieu, son humiliation sous la « puissance des ténèbres » n’a pu supprimer en Lui cette dite qualité de Messie-Dieu. L’autorité divine. Pas d’autre moyen d’en sortir que de s’appuyer sur elle, mais si on le fait, notre victoire est radicale, quand bien même il nous faut encore passer par les affres de la Passion. Le Christ, s’appuyant sur son Père, n’était-Il pas dans la béatitude alors même qu’Il avait à souffrir la Passion puis la mort ? C’est ce qu’enseignent les théologiens. Notre destinée de catholiques ayant à vivre la Passion inclut donc que nous connaissions la béatitude au milieu des pires affres de la crucifixion et de la mort… pour peu que l’on s’appuie sur l’autorité divine.

Un dernier mot, qui me touche de près : la comparaison de Mgr Lefebvre avec le sida. Cette maladie en effet, est un descriptif que je trouve providentiel, pour bien montrer aux yeux qui veulent voir, l’état de l’Église. Maladie, comme par hasard mais il n’y a pas de hasard, moderne, toute récente… qui arrive là exactement au moment où l’Église est spirituellement sidaïque ! Est-ce qu’il est interdit de penser que la Providence envoie dans l’ordre naturel des signes pour tâcher de révéler aux âmes ce qui se passe dans l’ordre spirituel ? Mais il y a une autre « maladie » moderne, qui explose de nos jours, c’est celle d’Alzheimer, dont ma pauvre maman vient d’être prise il y a quelques mois à 84 ans : je crois qu’elle manifeste encore plus que le sida l’état spirituel précis où se trouve l’Église contemporaine, parce qu’elle a une résonance ténébreuse beaucoup plus forte. Ceux qui sont touchés par l’Alzheimer qui pour moi n’est pas une maladie, deviennent véritablement, je parle d’expérience pénible, douloureuse, des énergumènes. Entre autres, ils manifestent un dédoublement de personnalité, leur langage est plus qu’incohérent, acceptant la contradiction la plus criante, ils cassent tout, déchirent tout, deviennent colériques, violents, sont pris de cleptomanie, de bouffonneries, et tout-à-coup, on voit une petite fille priant avec affection… pendant 5 mns. Mais… ne voit-on pas au même moment le pape assis sur le Siège de Pierre être doctrinalement dans cet état, en faire doctrinalement autant ? Je pose simplement la question. Quand je dois m’occuper de ma pauvre maman dans cet état, je vois en elle l’Église de la Passion, car c’est exactement ce qu’elle manifeste, et cela m’aide beaucoup.

Ayant en tant que prophète du Seigneur une longueur d’avance sur vous les clercs (ne souriez pas, ce n’est que la stricte vérité et… dans l’ordre des choses, que le prophète voit avant le prêtre sinon il ne serait pas prophète), je suis remonté dans un dernier livre qui paraîtra très-prochainement, à la racine même de la Crise de l’Église, je veux dire au vecteur humain qui l’initie premièrement dans l’Église. On ne saurait en effet s’arrêter à l’hérésie de la Liberté religieuse pour expliquer la mise de l’Église dans l’économie de la Passion : cette doctrine hérétique n’est pas venue comme cela, toute seule, comme un cheveu sur la soupe, dans la mentalité des Pères conciliaires d’une génération ecclésiale donnée : impossible de supposer cela ! Il a bien fallu que cette mentalité collective soit corrompue AVANT, et bien AVANT. Mais qu’est-ce qui a bien pu la corrompre ainsi ?? La réponse est : la pratique concordataire pontificale post-révolutionnaire avec des États constitutionnellement athées, comme étant basés sur les « droits de l’homme ». C’est pourquoi, dans la foulée d’ailleurs de Mgr Lefebvre, je viens de finir d’écrire ce que j’espère être mon dernier livre : « J’accuse le Concordat ! », dont le titre est certes bien transparent pour un fils de Mgr Lefebvre. Votre fondateur avait en effet écrit « J’accuse le Concile ! » en 1976, mais on ne saurait accuser le concile, accusation parfaitement fondée, que si on accuse le système concordataire moderne avec des États constitutionnellement athées. Car, quand on s’appelle l’Église, copuler (pardon) concordatairement avec des États athées qui forcément pratiquent la Liberté religieuse, c’est forcer les catholiques à vivre dans les mœurs la Liberté religieuse. Et c’est pourquoi, après un siècle et demi de pratique de la Liberté religieuse, les Pères de l’Église, imbibés d’elle, ont trouvé comme tout naturel de la professer en droit. À mauvaises mœurs, mauvaise doctrine. Si je ne vis pas comme je pense, je vais être inéluctablement forcé de penser comme je vis. Ainsi donc, La Passion de l’Église existerait depuis… 1801 dans les Mœurs pour commencer, et puis, depuis 1965, dans les Mœurs & la Foi. Ce dernier livre, qui serait une véritable bombe en d’autres temps moins cala(très)miteux, ne paraîtra que dans quelques semaines, mais vous pouvez déjà le lire, ce que je vous recommande fortement, en cliquant sur le lien suivant.

Bien d’autres aspects de La Passion de l’Église seraient à développer, mais il faut arrêter. Et puis, de toutes façons, la méditation de La Passion de l’Église est infinie puisqu’aussi bien, c’est elle qui doit être notre vie, et nous donner la vie, notre pain quotidien, tous les jours. J’espère de toute mon âme que ce courrier va vous servir spirituellement à quelque chose.

Pour finir, croyez vraiment à toute ma profonde sympathie spirituelle & à ma prière, M. l’abbé de Cacqueray, vous & vos confrères, j’appelle de tous mes vœux de prophète du Seigneur la Bénédiction de Dieu sur vous & la Fraternité,

Et vous prie d’agréer mes sentiments les plus respectueux dans les très-saints Cœurs Unis de Jésus-Marie-Joseph.

Vincent Morlier,

(1) Était-ce à Pâques 2005 ou 2006 ? Je ne sais plus, l’abbé Pivert officiait en tout cas dans la petite chapelle de Laval. Ce qui reste par contre très-présent à mon esprit, c’est qu’il avait basé son sermon sur le fait que le chrétien de nos jours devait ambitionner d’être « la garde d’honneur » de Jésus dans l’opprobre de sa Passion… ce qui pouvait sembler étrange puisque nous fêtions Pâques ! C’était en tout cas on ne peut mieux inspiré. Je ne ferai qu’un commentaire : la garde d’honneur, c’est vu du côté du Ciel, mais vu du côté de la terre, nous serons, tels la très-sainte Vierge, saint Jean & les saintes femmes, la garde de déshonneur de Jésus à nouveau crucifié dans son Église, les zouaves pontificaux de l’opprobre. Quelle mystique avait dit qu’aux premiers temps du christianisme, il y eut les « martyrs glorieux de Jésus-Christ », mais qu’à la Fin des Temps, une autre race de martyrs surgirait, les « martyrs honteux du Saint-Esprit » ? Cela fait écho en tout cas à votre exergue, M. l’abbé : « La Foi est réputée un opprobre » tout spécialement quand elle doit être vécue in finem dilexi, jusqu’à la fin de l’Amour, c’est-à-dire jusqu’au sacrifice suprême de la Croix.

(2) Il s’agira évidemment de bien définir la nature de cette mort de l’Église militante vivant sa propre et personnelle Passion, qui ne saurait être définitive, mort que vous vous êtes cru autorisé à escamoter, esquiver, certainement par un réflexe de recul instinctif et innocent, humainement tellement compréhensible ; mais je vais venir à cette définition tout-à-l’heure.

(3) J’ai écrit tout-à-l’heure, en suivant saint Paul, que le Christ, après être « fait péché pour notre salut » à Gethsémani, était le PÉCHÉ FAIT HOMME. La Sainte-Écriture nous révèle de l’Antéchrist qu’il sera l’HOMME DE PÉCHÉ. C’est presque pareil ! En vérité, nous sommes là au cœur du problème, au plus profond du mysterium iniquitatis : au for externe, rien ne peut différencier le PÉCHÉ FAIT HOMME (= le Saint des Saints, l’agnus Dei parfaitement innocent), de l’HOMME DE PÉCHÉ (= l’Antéchrist)…

(4) Qu'un simple péché exclusivement matériel puisse ne pas être la plus petite faute qui soit, est un point indiscuté de la théologie morale la plus élémentaire, d'ailleurs illustré par le fait que l'Église a infailliblement canonisé plusieurs saints qui en avaient commis un : ma certitude de l’orthodoxie de la formule que j’emploie L’Église de la Passion est en état de péché matériel, est donc complète sur ce point (sainte Apolline, fêtée au 9 février, au temps des grandes persécutions des premiers siècles chrétiens, a couru se jeter d'elle-même dans le feu en s'échappant des mains des bourreaux : stricto sensu, il y avait donc là la matière d'un péché de suicide, mais l'Église a considéré que notre sainte avait été animée par la pure motion du Saint-Esprit pour le commettre, et donc son péché matériel excluait toute faute réelle ; c'est pourquoi l'Église a canonisé cette martyre — une autre jeune sainte de quinze ans, pour échapper aux persécutions, s’est jetée du toit de sa maison et est morte sur le coup, autrement dit, a elle aussi commis un péché matériel de suicide, ce qui, là non plus comme pour sainte Apolline, n’a nullement empêché l’Église de la canoniser, il s’agit de sainte Pélagie, fêtée au 12 juin). Pour notre situation ecclésiale, le raisonnement va beaucoup plus loin encore : cet acte de péché matériel de la Liberté religieuse, posé par l'Église tout entière (jamais, de toute l'histoire de l'Église, il n'y eut, en effet, une telle manifestation de l'universalité de l'Église Enseignante comme à Vatican II !), non seulement ne contient aucune coulpe mais est méritoire au plus haut degré, en fait, il est le SUMMUM DE LA VERTU in finem dilexi par lequel l'Église, inspirée du Saint-Esprit, accepte d'épouser la matière du péché du monde pour être configurée parfaitement au Christ Rédempteur, et devenir à son tour co-Rédemptrice. C’est bien sûr une vue mystique de la question, mais seule cette vue mystique donne le fin mot et le mot supérieur, la raison profonde de notre situation ecclésiale contemporaine.

(5) Peut-on mieux cerner encore la question ? je vais essayer d'aller plus loin. On pourrait définir l’attouchement comme un toucher de l’écorce, de l’épiderme de l’être attouché, qui produit dans l’être tout entier une onde, l’être étant alors par cette onde, informé cognitivement. Quant au Christ à Gethsémani, cet attouchement produisit une onde de choc, ressenti comme un vrai tsunami, qui L’informa cognitivement du péché. Inutile de préciser que, sans une grâce divine toute spéciale, la très-sainte Humanité du Christ n’aurait pu que mourir très-immédiatement, instantanément, de cet attouchement effroyable autant qu’affreux. Vous avez parfaitement bien dit, M. l’abbé, qu’il s’agissait là d’une véritable première mort avant celle sur la Croix, qui, normalement, aurait dû engendrer son effet immédiat sans une expresse et toute spéciale aide divine... Charles Péguy a fait une remarquable méditation sur cette parole du Christ, lorsque, tout tremblant, défait, aux abois et couvert de son sang juste après l’Agonie qu’Il venait de vivre ou plutôt de mourir, il revient dans une angoisse terrible chercher de l’aide, appeler au secours, vers les pauvres apôtres qui… ronflaient : « L’esprit est fort mais la chair est faible ». Les habituels glosateurs de vérités diminuées, scolastiques voire jansénistes, ont commenté en disant que c’était une leçon de morale en direction des apôtres, et bien sûr de nous-mêmes derrière eux, mais pas du tout, il ne s’agit pas du tout de cela, en fait Jésus PARLAIT DE LUI, DE SON ESPRIT, DE SA CHAIR, Il révélait là l’expérience qu’Il venait d’effroyablement subir dans l’Agonie, à savoir : constater que SA chair n’aurait pu supporter sans mourir l’attouchement du péché si la Divinité n’était venue immédiatement à la rescousse…

(6) N’en déplaisent aux dilueurs hérétiques de votre Fraternité, excusez-moi M. l’abbé, mais je peux prouver cette affirmation quand vous voulez, comme vous voulez, avec tout théologien de la Fraternité que vous-même ou Mgr Fellay voudrez bien me désigner, que je convaincrais aisément du… péché matériel de la Fraternité — la réfutation exhaustive de votre thèse hétérodoxe sur le Magistère ordinaire, se trouve d’ailleurs dans la 1ère partie de L’Impubliable, aussi dans la 1ère partie de Pour bien comprendre la théologie de la crise de l’Église, et également dans Pour mémoire de gloire & d’opprobre.

(7) C’est une constante d’ailleurs, dans la réflexion des clercs de la Fraternité, de refuser d’aller jusqu’où la bonne inspiration du Saint-Esprit les mène ! Et pour cela, je le dis en tout respect, vous n’hésitez pas à employer les raisonnements les plus imbéciles !! Voyez, par exemple, vous, M. l’abbé de Cacqueray, l’inspiration du Saint-Esprit vous amène à professer que l’Église passe l’agonie, mais le plus imbécilement du monde (excusez-moi), vous vous imaginez que cette agonie qui, étymologiquement est absolument liée à la mort sinon rien, ne doit pas mener à… la mort !!! Permettez au prophète du Seigneur que je suis, de rire un peu de vous… tout en vous demandant d’aller jusqu’au bout du bon combat du Seigneur, expurgeant avec force et sans pitié de votre âme toute pleutrerie, toute pusillanimité, toute timidité. Basta, ça suffit, si vous voulez que le Bon Dieu vous aime encore, soyez forts, à la Fraternité, faites coller la pratique au principe sans retour sur vous-même, le Fils de Dieu a été jusqu’au bout du bout de faire copier-coller le principe de la Rédemption à sa pratique, il faut donc que nous le fassions à sa Divine suite. Je me rappelle, c’était dans les années 1977, je crois, l’abbé Schmidberger lui aussi, au vu des signes de la Fin des Temps dont il prenait conscience dans l’Église et l’humanité, reprenait l’inspiration du Saint-Esprit en nous concoctant une thèse scripturairement stupide, celle de « la répétition générale de la Fin des Temps » ! Les signes montreraient que nous serions à la répétition générale, mais surtout pas à… la Fin des Temps elle-même !! Là aussi, c’est d’une rare stupidité, excusez-moi, en fait c’est une ânerie non-scripturaire, la sainte-Écriture nous prophétise une période qui verra la Fin des Temps, elle n’a aucun endroit pour nous prophétiser… une répétition générale de la Fin des Temps, voyons ! Soit les Signes de la Fin révélés scripturairement sont manifestés au monde et à l’Église, soit ils ne le sont pas. En d’autres termes, soit on est à la Fin des Temps, soit on n’y est pas, mais en tout état de cause, on ne saurait supposer avoir à vivre « une répétition générale de la Fin des Temps », cette ânerie non-scripturaire…! Laissez-moi, en tant que prophète, vous donner ce coup de fouet de la part de Notre-Seigneur : ne prostituez plus l’inspiration du Saint-Esprit qui vous visite tous les jours (car Dieu vous visite tous les jours jusqu’à la Fin, puisque vous poursuivez le bonum certamen), à la pusillanimité de la pauvre nature humaine, surtout quand elle est cléricale, au contraire, soumettez-là sans pitié, cette pauvre nature humaine, à l’inspiration du Saint-Esprit... Ne dites plus, quand l’agonie survient certainement : « la mort ne saurait la suivre » ; ne dites plus, quand les signes eschatologiques sont manifestés : « c’est une répétition générale de la Fin des Temps », ET VOUS VIVREZ. Au cas contraire, à Dieu ne plaise !!, vous ressembleriez alors à ces faux-prophètes que Jérémie dénonçait, qui disaient des mensonges pour plaire aux foules juives… ou tradis., ET VOUS MOURREZ.

(8) Le « Secret de La Salette » révélé à Mélanie Calvat, corrobore et confirme étonnamment cette vue des choses. « Rome » dans la bouche de la très-sainte Vierge signifie « l’Église du Temps des Nations ». Or, Notre-Dame à La Salette a prophétisé trois choses sur « Rome ». Les deux premières sont beaucoup citées, mais comme par hasard, la troisième ne l’est jamais… 1/ « Rome perdra la Foi… » (ça, c’est déjà accompli) ; 2/ «… et deviendra le siège de l’Antéchrist » (ça, c’est dans un futur proche dès lors que Rome a perdu la Foi, notez-le, M. l’abbé, et bien entendu, il n’est pas nécessaire d’être grand’clerc en prophétie pour deviner que le siège de Rome, c’est le saint-siège, le Siège de Pierre… qui donc sera entièrement investi par l’Antéchrist) ; 3/ « Rome païenne DISPARAÏTRA » (par contre, cette troisième et lapidaire prophétie qui est à la fin du Secret, comme cachée des deux premières, n’est jamais citée : elle est pourtant capitale, vous en conviendrez ! Le triptyque prophétique est facile à interpréter : d’abord, Rome perdra la Foi, puis deviendra le siège de l’Antéchrist ; elle sera alors devenue complètement païenne, et, une fois devenue telle, sa destinée sera de… disparaître ; or, puisque Rome est le siège de l’économie du Temps des Nations, et que, d’autre part, l’Église doit vivre après sa mort mystique engendrée par sa présente Passion, alors, il y aura donc une autre économie de salut mise en route par le Retour du Christ Glorieux : cqfd).

(9) Ce qui est tout-à-fait « marrant », c’est que le Père de l’Église qui est l’auteur principal, le découvreur du concept de Tradition dans l’Église, je veux dire le grand saint Irénée de Lyon, est également le meilleur apologiste de la doctrine millénariste ! Ainsi donc, ceci dit évidemment très-malicieusement, prenez bien conscience, M. l’abbé, qu’on ne saurait se dire « traditionaliste » si l’on n’est pas en même temps « millénariste » !!! Le côté traditionaliste de la doctrine millénariste n’est pas une mauvaise blague, c’est une grande réalité théologique, hélas passée à la trappe par les scolastiques. Pendant les trois premiers siècles chrétiens, la majorité des chrétiens pensaient « millénariste ». Si saint Justin, patron des philosophes et... millénariste, donne vers l'an 150, dans son Dialogue avec le juif Tryphon, une proportion à peu près égale de chrétiens millénaristes et non millénaristes (en précisant, ce qui ne manque pas de piquant, que seuls les chrétiens millénaristes « ont pour eux la rectitude doctrinale en tous points » ! C’est cocasse, parce que de nos jours, on pense exactement le contraire !), saint Irénée, quelqu'un demi siècle après, vers l'an 200, sous entend que le millénarisme est croyance plus suivie par les premiers chrétiens que la pensée gréco-romaine « allégoriste », anti-millénariste, qui, depuis, a hélas prévalu dans l'Église, sous l'impulsion fort peu inspirée de saint Jérôme & saint Augustin : « Il y en a, dit il, qui interprètent plusieurs de ces textes [scripturaires révélant le millénarisme], voire même l'ensemble, dans un sens allégorique [c'est-à-dire comme s'appliquant à l'Église seule] ; une pareille exégèse ne peut se soutenir longtemps [rien de plus vrai !], et ceux qui l'emploient se condamnent eux-mêmes en reconnaissant qu'elle n'est pas d'un emploi GÉNÉRAL » (Contra Haereses, 33.4). J’ai écrit un livre sur le millénarisme, un historique apologétique, que je vous recommande fort si vous avez de la difficulté à vaincre en vous, disons, une certaine hostilité cléricale à l’énoncé de cette question, par ailleurs passionnante et tellement d'actualité (TOUTES les sectes actuelles professent peu ou prou une contrefaçon de millénarisme !) : cf. Bientôt le Règne millénaire.


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