Forum

Site de référence des Apparitions de la Sainte Vierge à Fatima
          Accueil

+ Le Portugal

+ Les voyants

+ Les apparitions
     à Fatima

+ Les apparitions
     à Pontevedra

+ Les apparitions
     à Tuy

+ Troisième secret

+ Le Procès

+ La critique

+ Actualités

+ Spiritualité

+ Saint Pie X

+ Droit à la vie

+ Librairie

+ Forum

+ Livre d'or

+ Liens

+ Mises à jour

+ Aide

+ Courriel

+ Annonces

+ Faire un don

FORUM ET DÉBATS

DROIT D'EXPRESSION

.

Contribution : n° 32
Date : 17/08/2007
Nom : Jacques Cosson
Sujet : La dévotion au Coeur Immaculé de Marie avant Fatima

LA DÉVOTION AU COEUR IMMACULÉ DE MARIE
AVANT LES APPARITIONS DE NOTRE-DAME À FATIMA

Nous n'avons nullement l'intention de faire l'histoire de la dévotion au Coeur immaculé, mais seulement celle d'indiquer les principaux jalons que la Providence en avait posés avant que Marie vienne Elle-même poser de nouvelles fondations pour cet « établissement ».  

En 1917, la dévotion au Cœur immaculé était loin de constituer une nouveauté, et cependant Notre-Dame emploie le mot « établir » pour indiquer ce que son Fils « veut » faire au sujet de cette dévotion. Sans doute la sainte Vierge a-t-elle voulu ainsi signifier que cette dévotion doit prendre un développement tout nouveau, un peu comme si la nouveauté des buts qu'Elle lui propose et l'importance qu'Elle lui souhaite prendre devaient faire oublier tout ce qui a été fait jusque-là. Peut-être aussi que le Ciel ne veut plus y intéresser seulement les saints et les âmes d'élite comme auparavant, mais tous ses enfants de la terre, l'Église elle-même et jusqu'au Souverain Pontife.

Peut-être encore, par le choix du mot « établir », veut-elle marquer sa préférence pour l'épithète « immaculé » qui doit désormais qualifier son Cœur dans le culte que lui rendront les chrétiens. Jusque-là on a parlé du très saint Cœur de Marie, de son sacré Cœur, du Cœur très pur, admirable, etc. L'adjectif « immaculé », choisi par Marie, rappelle son glorieux privilège défini par Pie IX, revendiqué par Elle-même à Massabielle, et sans doute répond mieux par quelque lien mystérieux aux besoins actuels des âmes, principalement au besoin de pureté dans un monde avili par un sensualisme abject.

Après Lourdes, les auteurs pieux n'emploieront guère que cette épithète, à moins d'y ajouter parfois celle de « douloureux » : « Très Sainte Vierge Marie, je me consacre à votre Cœur douloureux et immaculé et veux vivre et mourir en votre saint esclavage ».

Les « fondations » de cet « établissement » d'une dévotion voulue par le Ciel au XXeme siècle, nous les trouvons déjà dans le saint Évangile. En le lisant, nos esprits et nos cœurs sont tournés et attirés vers le Cœur de Marie — d'abord par cette plénitude de grâce et de vertus qui éclate dans le récit de l'Annonciation (Luc, I 28-38) — par cette explosion de reconnaissance et d'amour qu'est son Magnificat (Luc, I 46-55) — par cette méditation fervente des mystères du salut dans son Cœur virginal (Luc, II 51) — par cette compassion et sollicitude envers le prochain qui arrache à son Fils le premier miracle (Jean, II 2-10) — surtout par sa présence si significative au pied de la Croix où nous admirons son amour affligé pour Jésus et la charité de son Cœur assez large pour qu'Elle puisse servir de Mère à tous ceux que Jean représente à côté d'Elle (Jean, XII 25). Et qui nous dira si le souvenir de la douloureuse prophétie du vieillard Siméon : « Vous-même, un glaive transpercera votre âme » n'a pas torturé son Cœur tous les jours de sa vie jusqu'aux heures sombres du Calvaire ?

Voilà la mine scripturaire qu'ont exploitée à l'envi, surtout après le Concile d'Éphèse, tous les Pères de l'Église. Ils pourraient nous fournir de très abondantes citations de textes où est éloquemment célébré le Cœur de la Mère de Dieu, avec ses prérogatives et sa sainteté incomparables. Citons seulement saint Augustin : « L'affinité maternelle de Marie avec le Christ ne lui eût servi de rien si Elle n'eût pas plus heureusement porté le Christ dans son Cœur que dans sa chair ». Ce sont d'ailleurs ces textes antiques qu'approfondiront les dévots au Cœur immaculé du XVIIeme siècle.

C'est seulement au XIIeme siècle que l'on voit se constituer une doctrine sur ce point. Saint Bernard, qu'on a appelé « le chevalier et l'apôtre incomparable de Marie », y a beaucoup contribué, car maintes fois dans ses sermons et ses écrits, nous trouvons l'expression touchante de sa profonde vénération pour le Cœur de la Mère de Jésus.

Au siècle suivant, l'apparition de la Vierge aux saints Sept Fondateurs de l'ordre des Servîtes fut le principe d'une dévotion très populaire aux Sept-Douleurs de Notre-Dame ; et comment penser à l'affliction d'une mère sans évoquer son cœur ? Saint Dominique, saint François d'Assise et surtout saint Bonaventure chantent les richesses du Cœur de la Mère de Dieu. Ce dernier supplie : « Faites que j'obéisse à la volonté de votre Cœur et que je règle mes actions sur les vôtres ». Bientôt, sainte Mechtilde (1241-1298) ouvre un puissant courant de spiritualité cordi-mariale par son « Livre de la grâce spéciale » où elle raconte les visions dont elle fut favorisée. Elle s'entendit dire un jour par Nôtre-Seigneur : « Va d'abord au Cœur très pur de ma Mère virginale ». Sainte Brigitte (1302-1373) entend, à son tour, Notre-Dame lui dire : « Le Cœur de mon Fils était mon propre Cœur ».

A la fin du Moyen âge et au début de la Renaissance, on voit se développer dans la piété catholique la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, et, en vertu de l'inséparabilité des deux Cœurs prônée par les mystiques précédents, cela entraîne un progrès parallèle de la dévotion au Cœur de Marie. Nous ne pouvons que citer, parmi bien d'autres, les noms de Gerson (1365-1428), saint Bernardin de Sienne (1380-1444), sainte Catherine de Ricci (1522-1590), saint Philippe de Néri (1515-1595), le pape Jules II qui régna de 1503 à 1513, saint Pierre Canisius (1521-1597), saint François de Sales (1567-1622), enfin un disciple de saint Canisius, Marchèse, qui publia en 1658 une « octave de pratiques en l'honneur du très pur Cœur de Marie ».

Mais déjà, à cette date, Notre-Dame possédait, en France, un apôtre spécialement zélé dont on peut dire que son amour pour le Cœur de Marie fut le tout de sa laborieuse vie apostolique, saint Jean Eudes (1601-1681).
Ce prêtre normand fut un disciple du célèbre cardinal de Bérulle qui écrivait : « Le Cœur de Marie est le premier autel sur lequel Jésus a offert son Cœur, son corps et son esprit en hostie de louange perpétuelle ». C'est à son exemple que son disciple parle souvent au singulier du « Cœur divin de Jésus et de Marie », comme si la Mère et le Fils avaient le même et unique Cœur, cela afin de signifier la concordance absolue des sentiments et des volontés.

Le décret de canonisation de saint Jean Eudes le désigne comme l'« auteur du culte liturgique des saints Cœurs de Jésus et de Marie, le docteur et l'apôtre de ces deux dévotions ». Son apostolat en faveur du Sacré-Cœur de Jésus fut grandement aidé, à la fin de sa vie, par les révélations de sainte Marguerite-Marie ; mais pour ce qui est du Cœur immaculé, il ne reçut pas du Ciel un secours analogue, à moins qu'il n'ait été lui-même favorisé de visions qu'il aurait cachées.

Dès 1646, Jean Eudes avait institué, dans les communautés d'hommes et de femmes qu'il commençait à grouper sous le vocable des saints Cœurs, des exercices de piété en l'honneur du Cœur de Marie. En 1648, il publait un livre sur « la dévotion au très saint Cœur et au très saint Nom de Marie ».

La même année, ayant composé une messe et un office du Cœur de Marie, il obtint de l'évêque d'Autun que cette messe fût célébrée très solennellement dans sa cathédrale.

En 1674 et l'année suivante, le pape Clément X enrichit d'indulgences les prières et exercices présentés par Jean Eudes. Pendant que sainte Marguerite-Marie, à Paray-le-Monial, reçoit les confidences du Sacré-Cœur, lui, il travaille à un ouvrage monumental en douze livres : « Le Cœur admirable de la Mère de Dieu » ; il réussit à le terminer quelques semaines avant sa mort. Il fut imprimé à Caen l'année suivante.

A la fin du XVIIème siècle et pendant le suivant, la dévotion au Cœur immaculé devient pour ainsi dire « classique ». On en retrouve les formules dans tous les auteurs depuis Bossuet jusqu'à saint Paul de la Croix, fondateur des passionistes. Les principaux apôtres en sont le Père de Galifet, le Père Condrin qui fonde la congrégation des Prêtres des sacrés Cœurs de Jésus et de Marie, le vénérable Liberman, fondateur des Missionnaires du saint Cœur de Marie, saint Alphonse de Liguori, fondateur des Rédemptoristes, le Père Colin, fondateur de la Société de Marie, etc.

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort (1673-1716) ne parle pas, dans ses fervents écrits sur la Vierge, de son Cœur immaculé, quoique la dévotion à Marie tienne une très grande place dans ses prédications apostoliques ; cependant son influence a beaucoup contribué à la diffusion et à l'approfondissement de cette dévotion, à cause du caractère profondément affectif, filial, qu'il lui donnait et à l'acte de consécration dit de l'esclavage d'amour. Il fait ainsi prier celui qui le formule : « Que je n'aie point d'autre cœur que le vôtre pour aimer Dieu d'un amour pur et ardent comme Vous ».

Nommons encore le Père Chaminade, fondateur des Frères maristes, la vénérable Marie-Thérèse Dubouché, fondatrice des sœurs de l'Adoration réparatrice, l'abbé Jean Gailhac, fondateur de l'Institut du Sacré-Cœur de Marie (Béziers), et surtout le grand apôtre du Cœur immaculé, Mgr Antoine-Marie Claret, fondateur des « Missionnaires Fils du Cœur immaculé ».

Le Ciel aidait les efforts de ces saintes âmes pour faire connaître la richesse des miséricordes du Cœur de Marie, par la demande à sainte Catherine Labouré de la Médaille miraculeuse (1830) — par la demande faite au curé de Notre-Dame des Victoires de Paris (1836) de consacrer sa paroisse au Cœur immaculé en vue de la conversion des pécheurs, — par la proclamation solennelle du dogme de l'Immaculée-Conception (1854), — par les apparitions de Lourdes (1858), — par celle de Pontmain (1871), etc. Aussi en 1855, la sacrée Congrégation des Rites avait-elle approuvé une fête du Cœur très pur de la Bienheureuse Vierge Marie.

Ce qui indique surtout les progrès de notre dévotion, ce sont les fondations d'associations, de confréries, de congrégations mises par leurs fondateurs sous le patronage du Cœur immaculé, soit seul, soit uni à celui de son Fils. Nous avons mentionné quelques-unes de ces congrégations ; mais la liste en serait trop longue. En Belgique, le seul diocèse de Malines, en plus des Missionnaires du Cœur immaculé de Scheut, possède sept maisons-mères de congrégations féminines érigées sous le vocable du Cœur immaculé, soit seul, soit conjointement avec le Sacré-Cœur de Jésus.

En 1873, un pieux jésuite, le R. P. Xavier de Franciosi, écrit un important ouvrage où nous cueillons cette pensée : « La dévotion au saint et immaculé Cœur de Marie [...] est la forme actuellement choisie et désignée par Elle pour nous acquitter de nos devoirs à son égard ». C'est bien là la conviction que nous voudrions créer chez chacun de nos lecteurs. Et cet auteur écrit encore : « Le Cœur de Marie conduit infailliblement au Cœur de Jésus ; ces deux Cœurs ne se séparent pas ; qui trouve l'un trouve l'autre. C'est le Cœur de Marie qui montre le Cœur de Jésus et c'est lui également qui le donne ».

Les congrès marials qui marquèrent la fin du XIXème siècle (Livourne, Florence, Turin, Lyon, Lille) contribuèrent à mettre cette dévotion à l'honneur. Au Congrès de Fribourg (1902), il fut lu un rapport béni par Mgr Jean-Augustin Germain, archevêque de Toulouse, concernant une association dénommée « Croisade Mariale ». Elle venait d'être fondée dans la paroisse toulousaine de l'Immaculée-Conception par le R. P. Alfred Deschamps, S.J., aidé par le zélé curé, abbé Joseph Martres.
Cette paroisse fut choisie pour siège de cette œuvre parce que son église est la première construite en France sous ce vocable après la définition du dogme et aussi la première après la déclaration mariale de la Grotte de Lourdes. Fondée pendant les apparitions de Lourdes (1er mai 1858) elle fut mise à cause de cela sous le vocable même du titre que Marie s'était donné à Massabielle cinq semaines auparavant, par son fondateur, lequel avait été ordonné prêtre douze ans plus tôt, le jour même où la Vierge se montrait à La Salette (19 septembre 1846). De plus, depuis 1946, cette église possède une très belle statue de Notre-Dame de Fatima, don du très pieux évêque de Leiria-Fatima, Mgr José da Silva, pour représenter en France, celle de la Capelinha.

Cette association répandait dans le monde entier une formule de consécration au Cœur immaculé de Marie et aussi une supplique au Saint-Père pour en obtenir un acte solennel de consécration du monde au Cœur immaculé de Marie. A ce sujet, le Père Deschamps écrivait : « D'après les desseins de Dieu que nous avons pu entrevoir assez clairement, l'avènement du Cœur immaculé de Marie est providentiellement nécessaire à l'avènement du Cœur adorable de Jésus ».

La Croisade mariale fut approuvée par le Saint-Siège dans une lettre très laudative du cardinal Merry del Val, datée du 6 janvier 1904. En décembre suivant, le Congrès marial de Rome, présidé par Monseigneur Radini-Tedeschi, approuva chaleureusement un rapport sur cette œuvre, ainsi que plusieurs vœux en sa faveur.

La mort prématurée de l'abbé Martres (Noël 1905) et les difficultés de la loi de Séparation amenèrent le transfert de la Croisade au sanctuaire parisien de Notre-Dame des Victoires (1906}. La supplique au Saint Père pour la consécration du monde recueillit des centaines de milliers de signatures, au point que l'on put proposer à saint Pie X de procéder à cet acte solennel à l'occasion du Congrès eucharistique mondial de Lourdes (juillet 1914). Le bon Pape répondit que si Lourdes était un sanctuaire marial, le Congrès visait uniquement la gloire du Dieu de l'Eucharistie, et remit la chose à une occasion plus mariale.

Hélas! victime de la guerre qui allait en faire tant d'autres, Pie X mourut quatre semaines après la fin du Congrès.

Et ce fut la Très Sainte Vierge elle-même qui vint trois ans plus tard, sur un chêne vert dans la lande de Fatima, demander, au moins indirectement, cette consécration désirée depuis longtemps par tant d'âmes dévotes à la Mère de Dieu et des hommes.
Nous disons « indirectement », car le 13 juillet 1917, en précisant les deux demandes qu'Elle viendrait proposer ultérieurement : la communion réparatrice et la consécration de la Russie, Elle ne mentionne pas celle du monde que le pape Pie XII voulut faire par la même occasion, pas plus d'ailleurs qu'Elle n'a parlé de la consécration du monde entier dans les apparitions subséquentes.

Extraits du livre du Père Barthas : « Ce que la Vierge nous demande »
Ed. Fatima, 1966, pp. 161-169.

Le cardinal Cerejeira rappelle dans la préface de la brochure « Fatima et les destins du monde » : en 1931 les évêques du Portugal avaient consacré solennellement leur pays au Coeur Immaculé de Marie, et ils l'avaient fait tout spontanément sans qu'aucun d'entre-eux connaisse la vision de Lucie de juin précédent, ni la promesse de paix qu'elle contenait. Ils avaient simplement voulu montrer leur grande confiance en l'Immaculée, patronne du Portugal, et donner un parallèle à la consécration qu'ils avaient faite au Sacré-Coeur de Jésus l'année précédente.
Sept ans plus tard, le 13 mai 1938, encouragés par les bienfaits qu'ils attribuaient à la consécration mariale, ils la renouvelèrent solennellement. Ce fut à la fin de leur retraite annuelle faite au sanctuaire de Fatima et au cours du pélerinage extraordinaire d'action de grâces promis deux ans plus tôt, si leur pays était préservé de la révolution communiste qui commençait de ravager l'Espagne. Ils en profitèrent pour écrire au Saint Père en lui exprimant le voeu de la voir consacrer le monde au Coeur Immaculé.

Extraits du livre du Père Barthas : « Ce que la Vierge nous demande »
Ed. Fatima, 1966, p. 176.

Retour
Retour



Site protégé par le Copyright ©