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FORUM ET DÉBATS

DROIT D'EXPRESSION

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Contribution : n° 24 — n° 24a — n° 24b — n° 24c
Date : 01/08/2005
Nom : , o.p — Couvent la Haye aux Bonshommes
Sujet : « Avons-nous le vrai troisième Secret ? »

LA NEUTRALISATION DU TROISIÈME SECRET DE FATIMA
par frère Louis-Marie O.P.

(« Sel de la terre » n° 53 — été 2005)

 

La question ici abordée est complexe et fort débattue. L’article qui suit n’entend pas la trancher de façon définitive, mais apporter des éléments d’information et de réflexion. Il s’inspire librement des travaux publics ou privés de différents auteurs, parmi lesquels nous tenons à remercier spécialement messieurs les abbés Fabrice Delestre, François Knittel et Gérard Mura – quelles que puissent être les divergences d’appréciation sur certains détails.

 

 

Le Sel de la terre.

 

[...]

 

Avons-nous le vrai secret ?

Première question : [le] texte [publié le 26 juin 2000 par le Vatican] est-il authentique ? Les garanties offertes (révélation solennelle faite par les plus hauts cardinaux de la curie, du vivant de soeur Lucie, et avec publication du texte original en fac-similé) permettent-elles de compenser la légitime méfiance éprouvée par les catholiques envers la Rome conciliaire ?
De fait, l’authenticité a immédiatement été contestée, avec des arguments de très inégale valeur. Laurent Morlier, dans une brochure éditée par la D.F.T. (1), défend l’idée d’une « fausse soeur Lucie » employée par le Vatican pour authentifier le « faux secret » (2). Certains arguments sont trop visiblement fondés sur des paralogismes ou des interprétations arbitraires pour mériter une réfutation détaillée (3). Mais ce n’est pas le cas de tous. Plusieurs démonstrations ne font que reprendre les thèses développées, avant le 13 mai 2000, par les meilleurs spécialistes de Fatima (thèses popularisées en France par les ouvrages de la C.R.C.). Elles méritent donc d’être prises au sérieux. Si l’on admet que le texte révélé en l’an 2000 par le Vatican est authentique, il convient en effet d’expliquer comment et pourquoi l’ensemble des spécialistes a pu, avant cette révélation, aiguiller les fidèles sur une fausse piste.

Nous avons ainsi distingué onze arguments principaux, que nous commencerons par exposer, avant de les examiner en détail.

Onze arguments contre l’authenticité

1. — Le texte publié par le Vatican, « à peine compréhensible », « ne cadre ni avec le contenu ni avec le style des deux premières parties » (p. 23 (4) ).

2.— Le texte n’apporte rien de nouveau par rapport au deuxième secret qui parlait déjà de persécutions contre l’Église et de souffrances pour le pape ; il est donc inutile ; or Dieu ne fait rien d’inutile. « Il est de la plus élémentaire logique que le troisième secret contienne l’annonce d’événements bien différents de ceux déjà décrits dans le deuxième secret » (p. 25). D’ailleurs, le père Alonso, spécialiste de Fatima, déclarait : « Faim, guerre, persécutions pour l’Église et pour le Saint-Père, rien de tout cela ne sera répété dans le texte de la troisième partie » (p. 26-27).

3. — Le texte publié par le Vatican ne rend pas raison de la mystérieuse et terrible agonie éprouvée par Lucie pendant trois mois, lorsqu’elle dut rédiger le secret (p. 43-44).

4. — Le thème de ce texte ne correspond pas au membre de phrase que soeur Lucie avait ajouté en 1941 au texte du deuxième secret : « Au Portugal se conservera toujours le dogme de la foi ». Or « il est certain que soeur Lucie ne l’a pas inséré là à la légère, mais dans l’intention expresse de laisser transparaître, de manière voilée, le contenu essentiel du troisième secret. » (p. 30). La chose semble confirmée par Lucie elle-même qui a déclaré en 1943, à propos du secret, que « d’une certaine façon, elle l’avait dit (5) ». On note d’ailleurs que le Vatican, gêné par cette phrase du quatrième mémoire, la renvoie en note, sans aucune explication (note 7) (6).

5. — Cette phrase semble elle-même inachevée. Or on n’en trouve pas la suite dans le secret révélé par le Vatican.

 

[Le fameux etc.] vient de soeur Lucie elle-même, pour bien montrer que la phrase a une suite. Si elle voulait désigner par là une autre vision annexe, sans rapport avec cette phrase, elle aurait placé ce « etc. » bien après sa phrase, après le point qui termine sa phrase, et avec un E majuscule : « Au Portugal se conservera toujours le dogme de la foi. Etc. » [Laurent Morlier (7) ]

 

6. — Le troisième secret doit d’ailleurs nécessairement contenir des paroles, et non une simple vision puisque, juste après, Notre-Dame dit à Lucie et Jacinthe : « A François, vous pouvez le dire » (13 juillet 1917). « Si le troisième secret pouvait être dit à François, c’est qu’il ne contenait pas de vision […]. Argument décisif qui, à lui seul, convainc de mensonge le Vatican ». (p. 47). « On peut maintenant d’ailleurs mieux comprendre pourquoi François fut privé de la grâce d’entendre la sainte Vierge. La raison restait jusqu’à ce jour mystérieuse. Or, ce “handicap” sert aujourd’hui à dévoiler une énorme imposture ! » (p. 46). D’ailleurs, « le communiqué de presse de l’agence A.N.I., du 8 février 1960, annonçant que ‘‘le secret ne serait pas publié’’ avançait, comme ‘‘troisième raison donnée pour justifier sa non-divulgation’’, que, ‘‘bien que l’Église reconnaisse les apparitions de Fatima, elle ne désire pas prendre la responsabilité de garantir la véracité des paroles que les trois pastoureaux dirent que la Vierge leur avait adressées’’ »

7. — Au témoignage de Mgr Venancio (qui, en 1957, regarda par transparence l’enveloppe contenant le secret) comme du cardinal Ottaviani (qui lut ce secret), le texte rédigé par Lucie tenait sur une seule feuille (le frère François de Marie-des-Anges en concluait qu’il devait contenir vingt à vingt-cinq lignes (8) ). Or le texte publié par le Vatican comprend quatre pages (soit au moins deux feuilles) et compte 62 lignes.

8. — En novembre 1984, le journaliste italien Vittorio Messori, publiait dans la revue Jésus, page 79, une interview du cardinal Ratzinger, préfet de la congrégation pour la Doctrine de la foi, dans laquelle ce dernier déclarait à propos du troisième secret : « “Oui, je l’ai lu”. — “Pourquoi n’est-il pas révélé ?” — “Parce que, selon le jugement des papes, cela n’ajoute rien d’autre à tout ce qu’un chrétien doit savoir de la Révélation : un appel radical à la conversion, la gravité absolue de l’histoire, les périls qui menacent la foi et la vie du chrétien, et donc du monde, et puis l’importance des derniers temps’’ […] ». Or, seize ans après, nous ne retrouvons aucune de ces quatre remarques dans le dossier proposé par le même cardinal Ratzinger.

9. — La date de 1960, à laquelle le secret devait être révélé parce que, selon les paroles de soeur Lucie, « il paraîtra plus clair » semble n’avoir aucun rapport avec le secret dévoilé.

10. — Les meilleurs experts de Fatima (père Alonso, père Sébastien Martins dos Reis, père Antonio Martins S.J.), et même de moins bons comme l’abbé Laurentin, ont admis que le troisième secret devait concerner la crise de la foi. L’évêque de Leiria-Fatima, Mgr do Amaral, l’a d’ailleurs confirmé le 10 septembre 1984 : « Son contenu ne concerne que notre foi. Identifier le secret avec des annonces catastrophiques ou avec un holocauste nucléaire, c’est déformer le sens du message. La perte de la foi d’un continent est pire que l’anéantissement d’une nation ; et il est vrai que la foi diminue continuellement en Europe. » Frère Michel de la Sainte Trinité pouvait commenter : « L’ultime secret de Notre-Dame n’annonce ni la fin du monde ni la guerre atomique : il concerne notre foi, la foi catholique ; et plus précisément la perte de cette foi, “a perda da fé”, nous précise l’évêque de Fatima. C’est désormais pour nous non seulement une hypothèse solidement fondée, et d’ailleurs la seule pleinement vraisemblable, c’est une vérité sur laquelle nous pouvons nous appuyer avec certitude, parce qu’elle est rigoureusement démontrable. Comment cela ? Par la simple analyse de ce qui nous a été révélé du secret (9). »

11.— Enfin, Laurent Morlier cite une analyse graphologique Ouvre une nouvelle fenetre disponible sur un site internet américain, qui tend à considérer le document publié en fac-similé par le Vatican comme un faux.

Examen des onze arguments

1. — Le style et le contenu du troisième secret détonnent-ils par rapport à ceux des deux premiers ? Il semble qu’une telle appréciation résulte davantage de la surprise causée par un secret imprévu (on attendait des paroles de Notre-Dame, et l’on se trouve avec le récit de deux visions successives) que d’un examen objectif de la réalité. En fait, comme l’a justement remarqué M. l’abbé Delestre (10), soeur Lucie parle, dans sa première présentation publique du secret, non pas de trois parties, mais de trois choses distinctes :

 

Le secret comporte trois choses distinctes (« três coisas distintas »), et je vais en révéler deux.
La première fut la vision de l’enfer. […]
Ensuite, nous levâmes les yeux vers Notre-Dame, qui nous dit avec bonté et tristesse […] (11).

 

Autrement dit, le secret contient trois choses de nature différente quoique formant un tout harmonieux. Or, c’est bien ce que nous retrouvons après la publication du dernier texte le 26 juin 2000 :

Première partie : une vision, celle de l’enfer.
Deuxième partie : des paroles de Notre-Dame, qui présentent au monde les moyens de salut offerts par la miséricorde infinie de Dieu pour notre temps ; si l’on n’utilise pas ces moyens, Dieu offensé abattra sur le monde les terribles châtiments de sa justice.
Troisième partie : deux visions successives, dont la seconde est vue « dans une lumière immense qui est Dieu ».
Quant au style, on retrouve également celui de soeur Lucie, jusque dans ses essais pour décrire – de façon nécessairement inadéquate – certaines réalités surnaturelles auxquelles elle fut confrontée. Le texte publié le 26 juin 2000 emploie ainsi la comparaison du « miroir » (espelho en portugais), en une explication quelque peu embarrassée :

 

Et nous avons vu dans une lumière immense qui est Dieu – « quelque chose de semblable à la manière dont se voient les personnes dans un miroir quand elles passent devant » – un évêque vêtu de blanc […]

 

Or cette comparaison est classique chez Lucie (12). On la trouve par exemple dans le treizième point de l’interrogatoire que le père José Pedro da Silva envoya à Lucie en juillet 1947 :

 

— Pouvez-vous, de quelque manière, décrire la lumière que Notre-Dame vous a « mise dans la poitrine » (deuxième apparition, 13 juin 1917) ?
— Je ne peux pas, parce que je ne connais pas de parole qui la décrive.
— D’où partait-elle ?
— Des mains de Notre-Dame.
— Quelle était sa couleur, était-elle d’un jet fort ?
— Je ne sais décrire, avec exactitude, comment c’était.
— Comment est-ce que vous vous êtes vus en Dieu… Qu’était cette lumière… ?
— Je ne sais pas décrire.
— Vous avez vu Dieu d’une forme sensible, ou vous avez seulement expérimenté un sentiment de présence, une union intime de quasi-identification avec lui ?
— Nous nous vîmes en lui. Comment : je ne sais pas l’expliquer.
— Comment vous êtes-vous vus dans cette lumière « qui restait longtemps sur la terre » ?
— Je n’ai pas vu qu’elle restait longtemps, ni qu’elle restait peu ; j’ai seulement vu que j’étais dans la lumière qui se répandait sur la terre.
— Ce fut une illumination dans l’intelligence, qui accompagna cette vision, ou bien quelque voix sensible ?
— Il me semble que ce ne fut ni l’un ni l’autre. Nous nous vîmes dans cette lumière, que nous sentions être Dieu, quelque chose de semblable à la façon dont nous nous voyons dans un miroir. L’explication n’est pas exacte, mais c’est celle qui me paraît donner la meilleure idée. Avec la différence que, dans un miroir, nous voyons notre figure ; et, dans cette lumière, nous nous voyions et nous nous sentions personnellement en elle (13).

 

Soeur Lucie emploie aussi la comparaison du miroir dans ses Mémoires, en parlant de l’apparition du 13 mai 1917 :

 

Elle ouvrit la première fois les mains et nous communiqua, comme par un reflet qui émanait d’elles, une lumière si intense que, pénétrant notre coeur et jusqu’au plus profond de notre âme, elle nous faisait nous voir nous-mêmes en Dieu qui était cette lumière, plus clairement que nous nous voyons dans le meilleur des miroirs (14).

 

L’expression se retrouve encore dans son dernier livre, Apelos da Mensagem de Fátima, publié en langue portugaise le 13 décembre 2000 (15).

De même, le texte publié le 26 juin 2000 parle deux fois du « Saint-Père » (« Santo Padre ») pour désigner le pape. On peut noter que c’est aussi le terme employé par Notre-Dame dans la deuxième partie du secret du 13 juillet 1917, et que c’est celui que Lucie utilise toujours dans ses Mémoires, – à l’exclusion de celui de « papa » qui existe pourtant en portugais (16).
On retrouve dans le fac-similé publié par le Vatican jusqu’aux fautes d’orthographe habituelles à soeur Lucie (elle n’a appris à lire et écrire que fort tard). M. l’abbé Delestre en donne un recensement minutieux, et peut conclure :

 

En ce qui concerne l’orthographe et la grammaire, après comparaison avec d’autres manuscrits publiés de Lucie datant à peu près des mêmes années (les quatre premiers Mémoires sont rédigés entre décembre 1935 et décembre 1941, le texte publié le 26 juin 2000 fut écrit le 3 janvier 1944), on retrouve les mêmes fautes, la même écriture phonétique, les mêmes expressions ou difficultés à mettre par écrit le langage parlé, ce qui montre clairement que c’est la même personne qui a rédigé ces différents écrits (17).

 

En définitive, non seulement rien ne permet de mettre en doute, sur ce point, l’authenticité du texte publié le 26 juin 2000, mais un examen attentif en donne au contraire plusieurs marques difficilement imitables.

2. — Le troisième secret se contente-t-il de répéter d’une autre façon, ce que disait déjà le deuxième ? La chose pourrait se soutenir si l’on s’en tenait à l’interprétation qu’en donne le Vatican (le troisième secret représenterait les persécutions du XXe siècle et l’attentat du 13 mai 1981). Mais c’est une interprétation très peu objective, nous le verrons. De toute manière, ce genre d’argument, s’il pouvait servir à donner une plus ou moins grande vraisemblance à telle ou telle hypothèse avant que le secret soit révélé, ne saurait avoir de force contraignante. La sainte Vierge n’a-t-elle pas le droit de se répéter lorsqu’elle veut insister sur un sujet – et ne l’a-t-elle pas fait à plusieurs reprises (parlant par exemple du rosaire à chacune de ses apparitions) ?

3. — La terrible agonie éprouvée par soeur Lucie avant la rédaction du troisième secret a souvent été présentée comme une preuve du caractère particulièrement dramatique de ce secret. Et parce que le deuxième secret annonçait déjà de terribles persécutions contre l’Église, on en concluait que le troisième secret devait se rapporter à un mal d’une gravité encore supérieure. Il n’y avait pas besoin d’aller très loin pour découvrir un tel mal : ce devait être la terrible crise actuelle de la foi (18). — En réalité, cependant, aucun texte ne prouve que le trouble de soeur Lucie ait été directement causé par le contenu du troisième secret. Il s’explique très bien par le dilemme posé à soeur Lucie, écartelée entre l’obéissance au Ciel, qui ne lui avait pas encore donné la permission de le révéler, et l’obéissance à son évêque, qui la pressait de le faire. Le 2 janvier 1944, une apparition de Notre-Dame vint la délivrer de cette perplexité, et elle rédigea le texte dès le lendemain (19).

4. — La phrase « Au Portugal se conservera toujours le dogme de la foi », est d’une interprétation difficile, non en elle-même (elle est, de soi, très claire (20) ), mais dans son rapport avec le contexte. Jusqu’à l’an 2000, quatre indices pouvaient paraître en faire la clé du troisième secret :
1) le fait qu’elle n’ait guère de rapport avec ce qui la précédait (elle devait donc, concluait-on, en avoir avec ce qui suit) ;
2) le fait que soeur Lucie ne l’ait pas citée lorsqu’elle révéla pour la première fois le deuxième secret, mais qu’elle l’ait rajoutée plus tard (on en inféra que le texte n’appartenait pas vraiment au second secret) ;
3) le fait que la crise dans l’Église s’aggrava de façon inquiétante au moment même où le secret aurait dû être révélé (1960) ;
4) tandis que Rome s’ensevelissait dans un silence persistant à son sujet.

Avec le recul, on perçoit mieux la fragilité de ces présomptions – que l’on a trop souvent présentées comme des certitudes (« Il est certain que soeur Lucie ne l’a pas inséré là à la légère, mais dans l’intention expresse de laisser transparaître, de manière voilée, le contenu essentiel du troisième secret (21) »). Pensons d’abord à la chronologie des événements et à la psychologie de soeur Lucie. Si celle-ci a eu, en 1943, de longues crises de scrupules avant de se résoudre à mettre par écrit le troisième secret, et s’il a fallu une intervention de Notre-Dame pour l’y décider, comment imaginer qu’elle en ait volontairement révélé, dès 1941, la teneur essentielle (fût-ce en n’en livrant que la première phrase) ?

Par ailleurs, une réflexion logique sur les deux premiers indices mentionnés plus haut mène à une conclusion analogue. Pourquoi en effet Lucie n’a-t-elle pas mentionné la phrase sur le Portugal lorsqu’elle a révélé pour la première fois le texte du second secret (dans son troisième Mémoire, achevé le 31 août 1941) ? On admettra sans peine que c’est vraisemblablement parce que cette phrase n’avait pas de lien visible avec ce qui précédait. Mais en ce cas, comment expliquer que Lucie l’ait ensuite ajoutée dans le quatrième Mémoire, alors qu’on l’avait pressée de rédiger un nouveau récit des apparitions qui soit le plus précis et le plus complet possible ? N’est-ce pas à l’évidence que cette phrase un peu mystérieuse lui a paru, à la réflexion, avoir encore moins de lien avec ce qui suivait – et qui était le troisième secret ?

Sans jeter la pierre à quiconque (il est toujours facile de critiquer après coup !), on peut aussi constater que les mêmes personnes qui accordaient tant d’importance à un argument principalement basé sur l’emplacement de cette petite phrase (c’est parce que la sentence sur la conservation de la foi est située juste avant le troisième secret qu’elle doit en indiquer le thème) s’accordaient au même moment la liberté de déplacer à leur guise la même petite phrase, pour les besoins de leur démonstration. Le père Alonso comme le frère Michel de la Sainte-Trinité butaient en effet sur les deux promesses que Lucie avait placées à la fin du second secret : « A la fin, mon Coeur Immaculé triomphera. Le Saint-Père me consacrera la Russie qui se convertira, et un certain temps de paix sera accordé au monde. » Comment expliquer que cette annonce – qui ressemble à une conclusion générale – soit ainsi placée avant le troisième secret ? Si le troisième secret contient une vision – et non des paroles de Notre-Dame – la chose est parfaitement compréhensible. Mais si l’on veut à toute force trouver dans le troisième secret d’autres paroles de Notre-Dame et une annonce explicite de la crise dans l’Église, rien ne va plus. Nos auteurs sont donc contraints de déplacer leur fameuse « phrase décisive » pour la placer avant cette annonce du triomphe final. Et ils justifient cet audacieux transfert par l’« évidence » de sa nécessité :

 

Dans son quatrième Mémoire, en dévoilant discrètement la première phrase du troisième secret, soeur Lucie ne l’a pas située à sa place logique. Elle l’a ajoutée tout à la fin du secret, alors que sa place réelle est évidemment [c’est nous qui soulignons] entre la seconde partie et la conclusion générale (22).

 

Grâce à cette translation, la phrase est maintenant située dans le contexte qui permet de la bien comprendre : l’annonce des châtiments. Et le frère Michel peut conclure :

 

Ainsi, le sens obvie des premiers mots du troisième secret considérés dans leur contexte immédiat n’est guère douteux (23).

 

Pour renforcer encore l’idée que cette phrase sur le Portugal annonce bien le thème du troisième secret, les partisans de cette thèse aiment rappeler comment, lorsque Mgr da Silva lui demanda de rédiger le troisième secret, soeur Lucie répondit que « d’une certaine façon, elle l’avait dit (24) ». Mais rien n’indique que soeur Lucie aurait ici fait allusion à la sentence sur le Portugal. Elle pouvait tout aussi bien se référer à l’annonce déjà contenue dans la deuxième partie du secret : « Les bons seront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir ».

En définitive, si le texte révélé le 26 juin 2000 laisse demeurer quelques zones d’ombre (notamment sur la portée exacte et la raison d’être de la phrase sur le Portugal), il n’a rien d’irrecevable. Il n’implique aucune contradiction avec les données dont nous disposons par ailleurs. Et en cela, il se révèle finalement plus plausible que l’hypothèse selon laquelle Lucie aurait, dès 1941, livré le thème essentiel du troisième secret en une petite phrase volontairement déplacée hors de son contexte « afin de ne pas attirer l’attention sur elle avant le moment opportun ».

5. — Quant au fait que le « etc. » qui conclut la phrase sur le Portugal soit précédé d’une virgule et non d’un point (ce qui prouverait, selon Laurent Morlier, que la phrase de Notre-Dame est inachevée, et qu’on en doit trouver la suite dans le troisième secret), on nous permettra de l’écarter d’un revers de main : soeur Lucie n’était pas une correctrice professionnelle, pesant les virgules et les points-virgules. L’expression « etc. », ordinairement destinée à clore une énumération, est, dans ce cas, systématiquement précédée d’une virgule (c’est du moins la recommandation des bons grammairiens (25) ). La voyante de Fatima l’emploie ici, un peu maladroitement, pour signifier qu’elle interrompt son récit de l’apparition et que la suite appartient au troisième secret. On ne saurait s’étonner de ce qu’elle l’ait, suivant la règle générale, fait précéder d’une virgule.

6. — Le fait que le communiqué de presse de l’agence A.N.I., du 8 février 1960 ait mentionné des « paroles » de Notre-Dame que contiendrait le troisième secret, ne prouve qu’une chose : son auteur croyait (comme tout le monde à l’époque) que ce secret contenait de telles paroles. Mais comme cet auteur est resté anonyme, et que rien ne permet de supposer qu’il avait eu accès au secret, l’argument manque de poids. Quant à la consigne de Notre-Dame : « A François, vous pouvez le dire », il n’y a aucune raison contraignante de l’entendre exclusivement de la troisième partie du secret. Elle peut très bien se rapporter aux paroles prononcées par Notre-Dame au cours de la deuxième partie (26). L’argument est donc, là encore, sans portée.

7. — Les auteurs ayant cherché, avant l’an 2000, à deviner le contenu du troisième secret se sont effectivement appuyés sur le témoignage de Mgr Venancio et du cardinal Ottaviani pour affirmer qu’il tenait sur une seule feuille. Ils ont en revanche méconnu la déclaration du secrétaire de Jean XXIII, Mgr Capovilla, qui le lut avec le pape en 1960, et expliqua ensuite à la presse qu’il contenait « quatre ou cinq petites pages » (27). Or ce témoignage vient d’un homme qui a non seulement pu voir avec certitude combien de pages contenait ce secret, mais qui a également expressément voulu dire ce qu’il avait vu. Double qualité qui vient souligner la fragilité des deux autres témoignages : Mgr Venancio n’a pas pu bien voir, tandis que le cardinal Ottaviani n’a pas manifesté sa volonté de répondre à cette question.

Mgr Venancio n’a pu que palper et regarder par transparence à travers deux enveloppes (la grande enveloppe de l’évêque et, à l’intérieur, celle de Lucie). Il lui était donc très facile de se tromper et de ne voir qu’une seule feuille de papier pliée, là où il y en avait deux pliées ensemble. Son témoignage manque donc de poids. On peut s’y fier, en revanche, quant aux dimensions du papier – car il a pu les discerner avec certitude et les a soigneusement notées (28). Or les dimensions qu’il a notées correspondent exactement à celles du document publié par le Vatican.

Quant au cardinal Ottaviani, il s’est contenté de dire en passant que soeur Lucie, pour obéir à la sainte Vierge, avait « écrit sur une feuille, en portugais » le fameux secret (conférence du 11 février 1967). Devant un juge d’instruction, une telle phrase aurait immédiatement entraîné une demande de précision : « Le secret a-t-il donc été écrit sur une seule feuille de papier ? », et le témoin aurait confirmé ou infirmé. De fait, aucune question n’a été posée. Personne ne peut donc garantir que le cardinal (qui employait évidemment l’article indéfini [« une »], et non l’adjectif numéral) entendait réellement affirmer l’unicité de la feuille de papier et n’usait pas du singulier par simplification et commodité de langage.

Qu’on veuille bien ne pas voir là une échappatoire ! Quiconque a dû, au cours de sa vie, confronter des témoignages sait la prudence dont il convient d’user en la matière. Le cardinal Ottaviani, malgré sa haute autorité, n’échappe pas à la règle. C’est un fait que son intervention du 11 février 1967 sur le secret de Fatima manquait de rigueur. Il est d’ailleurs amusant de noter que le même frère Michel de la Sainte-Trinité qui invoque l’autorité du cardinal pour affirmer que le secret tient sur une feuille (29) critique férocement, quelques pages plus loin, les imprécisions, erreurs, infidélités historiques et inventions du même prélat (« Une fois de plus, le cardinal invente (30) »). De fait, on est assez surpris d’entendre le vieux cardinal présenter Lucie comme la soeur de François et Jacinthe ! Lorsqu’il en vient ensuite à raconter que Lucie, pour obéir à la sainte Vierge « a écrit sur une feuille, en portugais, ce que la sainte Vierge lui avait demandé de dire au Saint-Père », le frère Michel de la Sainte-Trinité fait suivre la phrase d’un « sic » désapprobateur, car il sait bien (c’est un des thèmes majeurs de son livre) que le secret de Fatima n’était pas exclusivement destiné au Saint-Père. Qui peut donc, dans ces conditions, nous garantir que l’expression « sur une feuille » serait plus rigoureuse ? Cet argument est vraiment bâti sur du sable.

8. — L’entretien accordé en 1984 à Vittorio Messori par le cardinal Ratzinger a souvent été évoqué par ceux qui cherchaient à en deviner le contenu. Le cardinal avait déclaré : « Cela n’ajoute rien d’autre à tout ce qu’un chrétien doit savoir de la Révélation : un appel radical à la conversion, la gravité absolue de l’histoire, les périls qui menacent la foi et la vie du chrétien, et donc du monde, et puis l’importance des derniers temps (31) ». On ne voit rien, dans ces propos, qui contredise le texte publié le 26 juin 2000 (surtout si l’on garde à l’esprit que le cardinal n’entendait aucunement révéler le secret, mais, au contraire, éluder la question). Par ailleurs, on est obligé de constater que le frère Michel de la Sainte-Trinité qui accordait tant d’importance à ces propos du cardinal Ratzinger (voulant même y voir « une confirmation de nos démonstrations (32) ») écartait en revanche d’un revers de main d’autres témoignages allant en sens contraire : ceux portés par le cardinal Ottaviani en 1967 et par Jean-Paul II en 1980.

Le cardinal Ottaviani – qui savait sans doute à quoi s’en tenir, ayant déjà lu le troisième secret, mais s’efforçait de présenter les choses comme s’il ne l’avait pas lu, en se basant uniquement sur les dires de soeur Lucie – commentait ainsi le mot de soeur Lucie disant qu’en 1960, le secret apparaîtrait plus clair :

 

Ce qui me fait penser que le message était de ton prophétique, parce que, précisément, les prophéties, comme on le voit dans la sainte Écriture, sont recouvertes d’un voile de mystère. Elles ne sont généralement pas exprimées en langage manifeste, clair, compréhensible à tout le monde. […] Il est cependant vrai comme on le voit dans tant de prophéties – parce que j’imagine que le message de Fatima a un ton de prophétie puisque Lucie a dit qu’en 1960 il paraîtrait plus clair – qu’il y a là un signe qui est comme voilé, ce n’est pas un langage qui est tout à fait manifeste et clair (33).

 

Un tel passage se comprend très bien si le cardinal Ottaviani a lu le même texte que nous, celui qui a été révélé le 26 juin 2000 : il éprouve, à sa lecture, les mêmes doutes et les mêmes interrogations que chacun d’entre nous, et il les exprime. Mais cela ne correspond pas à la thèse du frère Michel de la Sainte-Trinité ; aussi, tout en le citant honnêtement, il s’emploie à discréditer ce témoignage : « Cherchant visiblement à égarer ses auditeurs, le cardinal mêle à plaisir la vérité et les insinuations erronées (34). »

Jean-Paul II, lui, séjourna en novembre 1980 à Fulda. Il y fut abordé par un groupe de pèlerins qui l’interrogèrent notamment sur le secret de Fatima. La revue allemande Stimme des Glaubens a donné ce compte-rendu de la réponse du pape :

 

Étant donné la gravité de son contenu, pour ne pas encourager la puissance mondiale du communisme à accomplir certains actes, mes prédécesseurs dans la charge de Pierre ont préféré par diplomatie surseoir à sa publication. […] Nous devons nous préparer à subir sous peu de grandes épreuves qui exigeront de nous la disposition de sacrifier jusqu’à notre vie, et une soumission totale au Christ et pour le Christ. Par votre prière et la mienne, il est encore possible de diminuer cette épreuve, mais il n’est plus possible de la détourner, parce que c’est de cette manière seulement que l’Église peut être effectivement rénovée. Combien de fois la rénovation de l’Église s’est opérée dans le sang ! Il n’en sera pas autrement cette fois-ci. Nous devons être forts, nous préparer, nous confier au Christ et à sa très sainte Mère, être assidus, très assidus à la prière du rosaire (35).

 

Là encore, la correspondance avec le texte révélé le 26 juin 2000 est frappante ; lu en 1980, en pleine époque de guerre froide, ce texte pouvait sembler annoncer une invasion de Rome par les Russes, ceux-ci détruisant à moitié la ville avant de martyriser pape, évêques et chrétiens dont le sang, recueilli par les anges, régénérerait l’Église. Les propos attribués à Jean-Paul II s’insèrent parfaitement dans une telle perspective. Sont-ils authentiques ? On en a discuté, et le bureau de presse du Saint-Siège intervint pour le contester, mais la rédaction de Stimme des Glaubens maintint fermement l’authenticité des propos, dont elle possédait l’enregistrement (36). De plus, le cardinal Ratzinger, interrogé à ce sujet par Vittorio Messori, en 1984, ne mit aucunement en doute l’authenticité de ces paroles ; elles sont citées dans la version définitive des Entretiens sur la foi, qui furent pourtant révisés de près avant publication. Ces propos jouissent donc d’une forte présomption d’authenticité, et l’on est obligé de constater, a posteriori, qu’ils correspondent étonnamment au texte révélé en l’an 2000. Mais ils ne correspondent pas, en revanche, à la thèse du frère Michel de la Trinité. Aussi ce dernier les qualifie de « discours invraisemblable », et les écarte à ce titre (37).

On doit conclure, une fois encore, que rien dans les déclarations des personnes ayant lu le secret avant l’an 2000 ne permet de douter du texte révélé par le Vatican. Au contraire, les déclarations du cardinal Ottaviani (1967) et de Jean-Paul II (1980) semblent plutôt confirmer cette version.

9. — Quant à la date de 1960, il faut distinguer deux choses. Le fait que la sainte Vierge ait elle-même inspiré cette date pour la révélation du secret paraît certain. Le chanoine Barthas rapporte la réponse que soeur Lucie lui fit à ce sujet en 1946 : « Parce que la sainte Vierge le veut ainsi (38). » — Mais autre chose est la réponse que soeur Lucie fit le 17 mai 1955 au cardinal Ottaviani :

 

Je demandai à soeur Lucie : « Pourquoi cette date ? » Et elle me répondit : « Parce que, alors, il apparaîtra plus clair ».

 

Ici, soeur Lucie ne prétend pas transmettre une explication qu’elle aurait reçue telle quelle de la bouche de Notre-Dame. Sa réponse « Alors, il apparaîtra plus clair » semble plutôt une réflexion de bon sens face à une question dont la répétition devait devenir lassante. Comme une façon de dire : La sainte Vierge sait ce qu’elle fait. Si elle a demandé sa divulgation en 1960, c’est qu’à cette date, il sera utile.

Il convient de ne pas donner à cette petite phrase plus d’autorité qu’elle n’en a. Il semble exagéré d’en vouloir faire, comme la C.R.C., la base d’une démonstration.

Reste évidemment le premier fait : la date de 1960 indiquée par Notre-Dame. Mais rien ne garantit que cette date corresponde au début de la réalisation de la prophétie (39). Elle peut très bien ne désigner que le moment où la hiérarchie de l’Église aura besoin de cet avertissement pour éviter de s’engager dans une voie qui mènera (peut-être beaucoup plus tard) au malheur annoncé (40). Dans cette perspective, la date de 1960 paraît claire. Sans même entrer dans l’interprétation du secret, il suffit de remarquer que sa tonalité générale ne va pas du tout dans le sens de l’euphorie conciliaire. Sa révélation en 1960 aurait sans doute freiné – et peut-être même empêché – l’« ouverture au monde » prônée par Vatican II. Mais Jean XXIII préféra, lui, dans son discours d’ouverture, fustiger les « prophètes de malheur ».

10. — Le fait que l’hypothèse du père Alonso ait été adoptée par beaucoup des meilleurs experts de Fatima ne change rien à la valeur des arguments sur lesquels elle s’appuyait, et que nous venons d’examiner. En tant que conjecture, et au vu des éléments dont on disposait à l’époque, elle était raisonnable. Mais elle demeurait une simple conjecture, fondée sur des indices et des présomptions, non sur des preuves contraignantes.

Le grand tort de la C.R.C. fut de la présenter comme une certitude absolue. Les travaux du frère Michel de la Sainte-Trinité (et leur résumé par le frère François de Marie-des-Anges) ont réalisé – personne ne peut le nier – un bien immense, tant en France que dans les pays anglophones (41). Ils ont fait connaître et aimer Fatima ; ils ont éclairé toute l’histoire du XXème siècle à la lumière de cette apparition ; ils ont suscité dans bien des âmes la dévotion au Coeur Immaculé de Marie. Mais ils n’ont pas échappé (le troisième tome, surtout) à cet esprit « thésiste » qui marque jusqu’aux meilleures oeuvres de l’abbé de Nantes. L’hypothèse séduisante du père Alonso fut embrassée et défendue de façon trop systématique, avec volonté d’y plier à toute force la réalité. Il fallait à tout prix prouver que le troisième secret dénonçait explicitement la responsabilité de la hiérarchie actuelle dans la crise de la foi. Pour cela, les arguments du père Alonso étaient non seulement repris, mais majorés. Lorsque par exemple il se contentait de suggérer, à propos du secret : « Peut-être même y a-t-il référence aux défaillances de la haute hiérarchie de l’Église », on ne manquait pas de souligner la phrase en gras, et de la faire précéder d’une phrase affirmant que l’auteur « nous laisse entendre qu’il en sait sur ce sujet beaucoup plus long qu’il ne peut en dire (42) » (ce qui changeait nettement la portée du propos).

Aujourd’hui, la C.R.C. a changé de thèse. Elle soutient désormais – avec le même esprit systématique – que le troisième secret se rapporterait, tout compte fait, au pape Jean-Paul Ier. Elle n’a cependant pas pris la peine d’effectuer une critique méthodique de ses anciens travaux ; les arguments qu’elle avait massivement diffusés pendant vingt ans pour défendre sa thèse précédente sont toujours en circulation, repris et utilisés par tous ceux qui contestent l’authenticité du secret de l’an 2000. Mais le simple fait que cette construction argumentaire, apparemment si cohérente et si bien charpentée, ait été si brusquement abandonnée par ceux-là même qui l’avaient édifiée ne suffit-il pas à lui ôter beaucoup de sa vraisemblance ?

11. — Dernier argument des « négationnistes » : une analyse graphologique Ouvre une nouvelle fenetre disponible sur un site internet américain. L’auteur y étudie la façon dont sont formés, dans le texte publié par le Vatican, les N et les S majuscules, le sigle « J.M.J. » [Jésus, Marie, Joseph], les g et les h minuscules, etc. Dans chaque cas, il fournit, côte à côte, des extraits du texte révélé le 26 juin 2000 et des extraits d’autres lettres de soeur Lucie. Il faut reconnaître que, à première vue, et quand on ne dispose que des éléments ainsi fournis, la comparaison peut jeter le doute, tant les dissemblances semblent nombreuses. Et cependant ces doutes disparaissent dès que l’on prend la peine de consulter, par exemple, le fac-similé du quatrième mémoire de soeur Lucie (rédigé en 1941) (43) : on s’aperçoit alors que, dans ce quatrième mémoire, toutes les lettres en question (N et S majuscules, sigle « J.M.J. », g et h minuscules, etc.) concordent tout à fait avec celles du troisième secret publié par le Vatican. On se demande comment Laurent Morlier, qui connaît cette édition des manuscrits de soeur Lucie (il s’y réfère) ne s’en est pas aperçu. En tout cas, l’enquête graphologique tend donc, finalement, à prouver le contraire de ce qu’assurent ses commanditaires. Ceux-ci présentent cependant une seconde étude Ouvre une nouvelle fenetre, beaucoup moins détaillée que la première (et sans même indiquer le nom de son auteur). Celle-ci conclut (sans donner de véritables preuves) qu’il peut s’agir d’un faux, et, pour confirmer ses dires, affirme que le texte semble avoir été écrit par une personne ayant appris à écrire à l’âge adulte. Précision à la fois étonnante et précieuse car… c’est justement le cas de soeur Lucie !

Conclusion : le texte est authentique

Au terme de cette enquête, et au regard tant de la critique externe que de la critique interne, il nous semble pouvoir affirmer avec certitude, comme M. l’abbé Delestre, que le texte publié le 26 juin 2000 par le Vatican est authentique. Est-il intègre ? C’est une autre question que nous étudierons ci-dessous ; mais l’authenticité paraît, elle, certaine. Des dix arguments avancés contre l’authenticité, un seul garde une certaine portée : l’étrangeté de la phrase « Au Portugal se conservera toujours le dogme de la foi » insérée par soeur Lucie entre le deuxième et le troisième secret. Mais une difficulté d’interprétation ne saurait être un motif suffisant pour rejeter un texte. De toute manière, cette phrase un peu obscure n’est pas contenue dans le texte révélé le 26 juin, mais dans le quatrième Mémoire de soeur Lucie. En toute rigueur, s’il y a un problème, c’est un problème d’exégèse concernant le quatrième Mémoire de soeur Lucie ; rien de plus.

Pour qui éprouverait encore quelque doute, nous voudrions ajouter deux arguments :

— D’abord, le texte en question a été publié du vivant même de soeur Lucie, cinq ans avant sa mort. Quelles que soient les sévères restrictions imposées depuis 1955 aux communications avec soeur Lucie et quelle que soit la scrupuleuse obéissance de celle-ci à la hiérarchie, la publication solennelle d’un faux caractérisé aurait été, de la part du Vatican, une grave imprudence. Le péril était trop grand que la vérité ne finisse par filtrer – ou, tout au moins, que la désapprobation de soeur Lucie soit remarquée. Les autorités vaticanes ne pouvaient courir un tel risque. Elles étaient nécessairement, sur ce plan-là au moins, sûres de leur fait.

— Par ailleurs – et cet argument nous semble, à lui seul, décisif – le texte du secret correspond si peu à ce que le commentaire officiel veut lui faire dire, il contient des détails tellement inattendus – et que les interprètes du Vatican ont tellement de mal à contourner – (par exemple, l’emploi de flèches contre l’« évêque en blanc ») qu’il apparaît impossible qu’il ait été forgé pour l’occasion.

[...]

Conclusion

[...] Toutefois, et comme nous l’avons déjà dit, nous n’entendons pas imposer une thèse ou clore un débat qui ne s’achèvera sans doute qu’avec le plein accomplissement des prophéties. Les divergences, en ce domaine, sont légitimes, et nous recevrons avec reconnaissance tous éléments pouvant permettre de rectifier, d’affiner ou de compléter notre jugement.

Tous en tout cas, sommes d’accord sur un point, parce que la sainte Vierge l’a solennellement promis :

« A la fin, mon Coeur Immaculé triomphera ».

_______________________________

1 — Laurent Morlier, « Le troisième secret de Fatima publié par le Vatican le 26 juin 2000 est un faux. En voici les preuves », Argentré-du-Plessis, D.F.T., 2001. — On peut aussi se référer, pour un état de la question, à l’enquête de Jean-Louis Mangin et Camille Pierron. Ces auteurs sont favorables aux thèses de la C.R.C. On peut également lire l'analyse de Fernand Saura, plus proche de la thèse de Laurent Morlier.

2 — Cette hypothèse rocambolesque faisait rire la famille de soeur Lucie qui continua à la visiter régulièrement jusqu’à sa mort, et qui la reconnaissait parfaitement. — Laurent Morlier, qui consacre tout un chapitre à cette thèse de la « fausse soeur Lucie » (p. 128-143), se fonde principalement sur les étranges paroles que soeur Lucie aurait prononcées en 1992 et 1993 en présence de Carlos Evaristo. Mais nous avons déjà montré dans Le Sel de la terre (nº 35, p. 64-88) que la relation de Carlos Evaristo ne mérite aucun crédit.

3 — Exemples : « Comment le Saint-Père pourrait-il donc consacrer finalement la Russie si préalablement il meurt sous les balles et sous les flèches ? » (Laurent MORLIER, ibid., p. 29) — « Cette description rappelle les mauvais westerns » (Michèle REBOUL dans Monde et Vie du 13 juillet 2000, nº 670) — « [Un] autre élément qui fait fortement douter de l’authenticité du texte est l’expression “l’évêque vêtu de blanc”, car dans toutes les apparitions, la sainte Vierge emploie l’expression “le Saint-Père”. Bien sûr, on peut penser que le dépôt de la tiare par Paul VI, le 13 novembre 1964, en signe de renonciation à la souveraineté du pontife romain, donnerait une légitimité au prétendu troisième secret, puisque le pape est vêtu de blanc ; toutefois il n’en reste pas moins le souverain pontife, donc chef de l’Église et pape. On ne peut dès lors le considérer comme un évêque, même s’il est “vêtu de blanc” » (Analyse de Fernand Saura). — « “La grande croix est de troncs bruts, comme si elle était en chêne-liège avec l’écorce”, donc sans le Christ. Les hommes martyrs l’ont remplacé ! Ce n’est plus la religion catholique, avec son calice et le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais c’est la religion humaine avec son arrosoir et le sang des martyrs que le Vatican instaure par le “message de Fatima” : cette religion humaine, où l’oecuménisme a une grande place puisque les martyrs ne sont plus des hommes qui ont souffert la mort plutôt que de renier leur foi au Christ et à sa divinité, mais “des messieurs et des dames de rangs et de conditions différents”, sous-entendu : de toutes religions ! voire même sans religion du tout ! C’est donc l’aboutissement du grand rêve de la franc-maçonnerie que nous voyons s’accomplir sous nos yeux. » (Ibid.) — « En fin de déclaration, le cardinal Sodano commet une lourde erreur […]. Il dit en effet que “la troisième partie du secret de Fatima semble appartenir au passé”, oubliant dans l’emportement que les paroles de la sainte Vierge datent de 1917 et qu’à cette époque elles avaient un caractère prophétique. Si le cardinal Sodano était en train de communiquer le véritable troisième secret, il se serait placé en 1917 et non en l’an 1981. » (ibid.).

4 — Sauf mention contraire, les phrases entre guillemets et les références, dans cette partie, renvoient à l’ouvrage de Laurent Morlier.

5 — Voir frère MICHEL DE LA SAINTE-TRINITÉ, ibid., p. 458.

6 — Mgr Bertone annonce, dans l’introduction du document de la congrégation pour la Doctrine de la foi : « En ce qui concerne la description des deux premières parties du “secret”, déjà publiées par ailleurs et donc connues, on a choisi le texte écrit de Soeur Lucie dans le troisième Mémoire du 31 août 1941 ; dans le quatrième Mémoire du 8 décembre 1941, elle y a ajouté quelques annotations. » (Documentation Catholique, 2000, p. 671-683.)

7 — Laurent MORLIER, Vrai ou faux secret de Fatima. Réponse au tome IV de « Toute la Vérité sur Fatima », Argentré-du-Plessis, D.F.T., 2004, p. 17.

8 — Frère FRANÇOIS DE MARIE-DES-ANGES, Fatima, joie intime, événement mondial, Saint-Parres-lès-Vaudes, CRC, 1991, p. 291.

9 — Frère MICHEL DE LA SAINTE-TRINITÉ, ibid., p. 457

10 — Nous nous inspirons, ici comme ensuite, de l’étude de M. l’abbé DELESTRE publiée dans les Nouvelles de Chrétienté nº 7 (novembre-décembre 2002).

11 — Mémoires de soeur LUCIE, 2e édition française, mai 1991, réimprimée en 1997, IIIème Mémoire.

12 — Nous suivons là encore M. l’abbé DELESTRE, ibid.

13 — Cité dans le livre du père Sebastião MARTINS DOS REIS : A vidente de Fátima dialoga e responde pelas Aparições, Braga, 1970, p. 59.

14 — Mémoires de soeur Lucie, IVème Mémoire, p. 166.

15 — Ière partie : Sous le regard de Dieu – I) Les familles des pastoureaux, p. 26 (p. 42 dans l’édition française, Appels du message de Fatima, 2003).

16 — Voir Mémoires de soeur Lucie, Ier Mémoire, p. 35 ; IIIème Mémoire p. 113-114, etc.

17 — Abbé DELESTRE, ibid.

18 — P. ALONSO, La Vérité sur le secret de Fatima, p. 75 ; Fr. MICHEL, ibid., p. 425, 429, etc.

19 — Fr. MICHEL, ibid.,p. 35-39.

20 — Soeur Lucie a précisé que l’expression « le dogme de la foi » désignait la foi authentique, la vraie foi.

21 — Laurent MORLIER, ibid., p. 30.

22 — Frère MICHEL, ibid., p. 459. Le frère précise en note que cet illogisme fut, à son avis, intentionnel : « [Lucie] préféra laisser la nouvelle phrase en fin de paragraphe afin de ne pas attirer l’attention sur elle avant le moment opportun. Ce qui réussit parfaitement ! »

23 — ibid..

24 — Cité par exemple par Frère MICHEL, ibid., p. 458.

25 — Exemple : « La locution etc. est toujours précédée d’une virgule et suivie d’un point. » Jean GIRODET, Dictionnaire Bordas. Pièges et difficultés de la langue française, Paris, Bordas, 1986, p. 295.

26 — Il faut en dire autant des passages où soeur Lucie a parlé du secret (dans son ensemble) en évoquant les « paroles » de Notre-Dame. Cela ne signifie pas que tout le secret est composé de paroles de Notre-Dame, et la meilleure preuve en est que la première partie du secret, déjà, était constituée d’une vision, celle de l’enfer.

27 — Mgr Loris CAPOVILLA dans La Stampa du 20 octobre 1997. Cité par frère FRANÇOIS DE MARIE-DES-ANGES, Jean-Paul Ier, le pape du secret (Toute la vérité sur Fatima, tome IV), Saint-Parres-lès-Vaudes, C.R.C., 2003, p. 22.

28 — Voir Aura MIGUEL, Le Secret de Jean-Paul II, Paris, Mame-Plon, 2000, p. 167-168.

29 — Frère MICHEL DE LA SAINTE-TRINITÉ, ibid., p. 437.

30 — Frère MICHEL DE LA SAINTE-TRINITÉ, ibid., p. 487. Voir tout le passage p. 483-493, très sévère pour le préfet de la congrégation pour la Doctrine de la foi.

31 — Cardinal RATZINGER (interrogé par Vittorio Messori) dans la revue italienne Jésus, novembre 1984, p. 79.

32 — Frère MICHEL, ibid., p. 568.

33 — Cardinal OTTAVIANI, conférence du 11 février 1967, DC, 19 mars 1967, col. 542, 545.

34 — Frère MICHEL, ibid., p. 446.

35 — Stimme des Glaubens nº 10, octobre 1981, éd. Vox Fidei. Cité par frère MICHEL, ibid., p. 442-443.

36 — Les propos du pape furent assez rapidement répandus dans le monde entier. Dom Putti en publia, à Rome, la traduction italienne, et le père M. Crowdy une version anglaise dans la revue écossaise Approaches Magazine (éditée par le communiste converti Hamish Fraser).

37 — Frère MICHEL, ibid., p. 563.

38 — Voir frère MICHEL, ibid., p. 314-319.

39 — Frère Michel affirmait au contraire que « la prophétie du troisième secret se réalise sous nos yeux depuis 1960 », en se fondant sur le principe que « la seule raison qui puisse rendre une prophétie plus claire à partir d’une date déterminée est sans nul doute le début de sa réalisation » (p. 428-429).

40 — On peut aussi concevoir que le châtiment annoncé dans ce troisième secret soit conditionnel : il aura lieu si les chefs de l’Église n’obéissent pas aux demandes du Ciel. Dans sa bonté, Dieu ménage donc un certain nombre d’avertissements successifs pour les papes qui se succèdent, tout en rendant l’annonce du châtiment de plus en plus manifeste : Pie XII a bénéficié de la reproduction du miracle du soleil ; Jean-Paul II sera frappé par l’attentat du 13 mai 1981. Entre temps, Jean XXIII et Paul VI reçoivent le troisième secret. Tout se passe comme si la Providence divine voulait contraindre tous les papes qui se succèdent à se pencher personnellement sur Fatima. (Benoît XVI n’échappe pas à la règle puisqu’il a dû, avant même d’être élu pape, rédiger un commentaire du troisième secret.)

41 — Tout en indiquant dans le même article les défauts de la C.R.C., Jean MADIRAN notait en 1986 : « Les trois volumes parus [du frère Michel de la Sainte–Trinité] provoquent un changement dans le paysage catholique. Ils apportent un éclairage, un éclaircissement ; des brumes se dissipent. On distingue avec netteté ce que l’on pressentait vaguement dans le brouillard. Souvent on y apprend ce que l’on ne savait pas. […] Un travail monumental de critique historique. » (Itinéraires 305, juillet-août 1986, p. 7-8).

42 — Frère MICHEL, ibid., p. 472

43 — Le texte manuscrit de ce quatrième Mémoire est reproduit en fac-similé dans l’ouvrage Memorias e cartas da Irma Lucia (édition réalisée par le P. Antonio Maria MARTINS S.J.), Porto, 1973, p. 242-396.

, o.p.
Couvent de la Haye aux Bonshommes
49240 AVRILLÉ (France)



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