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FORUM ET DÉBATS

DROIT D'EXPRESSION

.

Contribution : n° 18
Date : 20/09/2003
Nom : Georgius
Sujet : « L'obéissance au pape » — I

LE DEVOIR DE DÉSOBÉIR AUX HOMMES
POUR OBÉIR À DIEU.
( Léon XIII )

« Courrier de Rome - Si Si No No » (1)
n° 259 - Septembre 2003

Un lecteur écrit au "Courrier de Rome" :

Cher Directeur,

Je voudrais vous faire part de la consolation et de la satisfaction que votre article du Courrier de Rome de mai 2003 « Autorité et vérité. La nuit... à midi ? » m'a apportées. En effet, au sujet de l'autorité du Pape, qui n'est pas absolue mais limitée par le droit divin, et au sujet de l'obéissance qui ne lui est donc pas toujours due, l'argumentation que vous avez si efficacement construite m'a une nouvelle fois confirmé à quel point le choix d'appartenir à l'Église de toujours, c'est-à-dire à l'Église de la Tradition Apostolique, est juste et motivé.

Vos démonstrations et vos preuves, toutes entières tournées vers la réfutation des erreurs des néomodernistes et des conciliaristes qui font rage aujourd'hui, appartiennent à cette catégorie de la morale et de la doctrine qui nous donne, à nous qui sommes théologiquement et doctrinalement pauvres et désarmés, certitude et espérance pour l'avenir de l'Eglise autant que pour le salut de nos âmes.

Toutefois, cher Directeur, et c'est la raison pour laquelle je vous écris, je suis tombé il y a quelques jours sur un texte, que je vous rapporte brièvement, et qui m'a un peu troublé...

Je viens juste de finir, en effet, un livre qui relate les vies des grands saints italiens... et je suis tombé sur sainte Catherine de Sienne, la grande sainte du XIVème siècle, patronne de l'Italie. Lisez ce que Catherine disait à Ser Bernabó Visconti, seigneur de Milan, l'un des plus féroces ennemis de la papauté à cette époque (1373) : « Nous péchons chaque jour, et chaque jour nous avons besoin de recevoir le pardon de nos péchés; mais seule l'Église administre ce sacrement, car elle est la seule dépositaire du Sang de l'Agneau. Donc, comme il est insensé celui qui s'éloigne du Vicaire du Christ, gardien des clefs du ciel ! Même s'il était le démon incarné, je ne dois pas lever la tête contre lui, mais toujours m'humilier, demander le sang pour la miséricorde : car je ne pourrais pas l'avoir autrement, ni participer de ses fruits. Je vous prie, pour l'amour du Christ crucifié, de ne jamais rien faire contre votre Chef.. Et rendez-vous compte que seul le démon peut vous avoir tenté par le mirage de faire justice des mauvais pasteurs de l'Eglise. Ne croyez pas le démon : ne cherchez pas à faire justice de ce qu'il ne vous revient pas de juger. Notre Sauveur ne le veut pas; il ne veut que ni vous ni aucune créature ne fassiez cette justice, car il veut la faire Lui-même...»

En 1375 va se confirmer la rébellion ouverte de la république de Florence contre l'autorité du Pape. Catherine tonne et lance ses foudres contre les gouvernants de la Commune de Sienne : « Celui qui, comme un membre malade, se rebelle contre la sainte Eglise et contre notre Père le Pape qui est le Christ sur la terre, est tombé dans le ban de la mort, puisque ce que nous faisons au Vicaire du Christ, nous le faisons au Christ lui-même. Vous voyez bien ce que vous avez obtenu par votre désobéissance et par vos persécutions : vous êtes tombés dans la mort et dans la haine, et vous déplaisez à Dieu; et vous ne pourriez rien connaître de pire que d'être privés de Sa grâce. Nous reconnaissons qu'ils sont nombreux ceux qui ne pensent pas offenser Dieu en se conduisant ainsi, et tout en persécutant l'Église et ses pasteurs, ils se défendent en affirmant que ceux-ci sont mauvais et font le mal. Mais je vous dis que Dieu veut et a ordonné que, même si ses pasteurs et le Christ sur la terre étaient des diables incarnés, nous leur soyons également soumis et obéissants, non pour leurs personnes, mais pour l'obéissance à Dieu, comme Vicaire du Christ ».

Voilà, cher Directeur, je vous demande un commentaire, une explication des affirmations de sainte Catherine de Sienne par rapport à la figure du Pape, du Vicaire du Christ sur la terre, et à l'obéissance absolue que nous lui devrions dans tous les cas, même s'il était le démon incarné, car je me trouve pris, à présent, entre le marteau des excellents arguments exposés dans l'article du Courrier de Rome cité ci-dessus, et l'enclume des paroles de la Patronne de l'Italie qui, de prime abord, semblent irréfutables et inattaquables.

  — Lettre signée —

Réponse du « Courrier de Rome » :

Pour comprendre les textes de sainte Catherine, il faut bien avoir à l'esprit ce qui pour la sainte de Sienne était très clair : la notion exacte d'obéissance et de désobéissance. Saint Pierre, lui aussi, (1 Pt. 2, 18), disait aux esclaves d'obéir à leurs maîtres même s'ils étaient mauvais, mais il ne voulait certes pas dire, et l'Eglise ne l'a jamais compris ainsi, qu'ils devaient obéir aussi aux mauvais ordres des mauvais maîtres (sinon, les martyrs auraient dû sacrifier aux dieux pour obéir à l'empereur).

Heureux de cette occasion que notre lecteur nous offre, nous allons donc exposer une nouvelle fois la doctrine catholique sur l'obéissance, que nous avons déjà rappelée dans nos colonnes plusieurs fois par le passé.

Commençons par exclure que sainte Catherine, comme l'a pensé notre lecteur, puisse exiger une obéissance « absolue » au Pape. En effet, l'Église enseigne que l'obéissance absolue n'est due qu'à Dieu seul. Saint Thomas, dans sa Somme Théologique, se demande si l'on doit obéir à Dieu en tout (S. Th. II II q. 104 a. 4). Oui — répond-il — parce que non seulement Dieu est le Maître Suprême, mais Il ne peut rien commander contre la vérité ni la vertu (ibid. ad 2). Il se demande ensuite si les sujets son également tenus à obéir en tout à leurs supérieurs (S. Th. II II q. 104 a. 5). Non — répond-il — parce que le supérieur peut commander contre Dieu, et dans ce cas on doit obéir à Dieu sans tenir compte de l'ordre de l'autorité inférieure, selon le principe proclamé par saint Pierre dans Actes 5, 29 : « Il faut obéir à Dieu plus qu'aux hommes » (ibid.).

L'obéissance, à laquelle les religieux sont liés par leurs voeux, n'est pas absolue elle non plus, mais soumise à cette règle, si bien que saint Thomas distingue trois obéissances : « la première, suffisante pour se sauver s'en tient à obéir dans les choses d'obligation; la deuxième, parfaite, obéit dans toutes les choses permises; la troisième, désordonnée, (indiscrète), obéit aussi dans les choses non permises » (ibid. ad 3).

Et pourtant, c'est par la voie de cette obéissance, « indiscrète », désordonnée et sans discernement, que beaucoup de religieux et d'ecclésiastiques se sont pliés au modernisme déjà condamné par l'Église.

Donc, « l'obéissance est illimitée quant à Dieu...; quant aux hommes, elle est limitée par le droit divin (naturel et positif), par toute autorité humaine supérieure, par la matière soustraite au pouvoir du supérieur » (Encyclopédie Catholique art. obéissance).

Le Pape n'a pas d'autorité humaine qui lui soit supérieure, mais son pouvoir ne se soustrait pas aux deux autres limites : le droit divin naturel et positif et la matière qui n'est pas de sa compétence.

La revue des Jésuites La Civiità Cattolica, qui était alors influente, glorieuse et de grand mérite, écrivait il y a plus d'un siècle :

« Tout pouvoir absolu répugne ici-bas. Même l'Eglise ne le possède pas, ayant dans l'Évangile et dans la tradition un code immuable, dans son organisme une constitution, dont elle ne peut s'écarter, dans l'assistance divine un guide qui la rassure. Nous pouvons pour la vérité, mais nous ne pouvons rien contre elle; saint Paul a écrit : Non possumus aliquid adversus veritatem, sed pro veritate [...]. Seul Dieu, Seigneur suprême de ses créatures, n'a de limites d'aucune sorte, car Il n'en a besoin en aucune manière, de même que ce qui est par essence droit et sage; si bien que Lui seul est la règle pour Lui-même. [...] Tout autre pouvoir ne peut être que ministériel, et donc circonscrit par des limites et nécessitant une direction » (vol. Il série XV, 1892, p.10). Et parlant particulièrement du Pape : « Mais est-il vrai que le Pape possède dans l'Église une souveraineté absolue ? À proprement parler, cette expression est fausse. Certes, la forme du gouvernement de l'Eglise catholique se dit et est réellement monarchique : mais une chose est de placer dans le Pape une souveraineté monarchique dans sa forme, une autre chose est de placer en lui une souveraineté absolue. La souveraineté monarchique se rapporte à celui qui exerce le pouvoir, et c'est le gouvernement d'un seul; la souveraineté absolue se rapporte au pouvoir, et c'est un pouvoir indépendant de qui que ce soit. Le Pape a bien la souveraineté monarchique, en tant que c'est sur lui seul qu'est centré tout le gouvernement de l'Église; mais il n'a pas la souveraineté absolue, en tant qu'il n'est ni roi ni maître de l'Église, mais Vicaire du roi et maître de l'Église, qui est le Christ. C'est pourquoi, de même que le Vicaire ne peut administrer à son gré, mais est obligé de s'en tenir aux prescriptions qui lui sont imposées par la personne dont il est le Vicaire, et, en les respectant, d'administrer avec prudence, de même le Pape ne peut à son gré gouverner l'Eglise, mais il doit dépendre de la volonté du Christ, dont il est le Vicaire, en gardant inviolées les lois et les prescriptions nécessaires de Celui-ci et, en les respectant, administrer l'Église avec prudence » (vol. VII série IX, 1875).

Benoît XIV écrivait ainsi à l'Évêque de Breslava (12 septembre 1750) :

« Le fait que Nous connaissions et tolérions ceci doit suffire à rassurer votre conscience, puisque, en cette question, il n'y a pas d'opposition avec le doit divin ni le droit naturel [auquel cas la conscience de l'Évêque n'aurait pu être rassurée], mais seulement avec le droit ecclésiastique ». Et c'est aussi pour cette tolérance non contraire au droit divin que le Pape se faisait un devoir de protester : « Ce que Nous faisons, Nous l'attestons devant vous, au pied du Crucifix, Nous le faisons uniquement pour que soient évités des maux plus grands pour notre religion ». Pie VII à Napoléon, qui demandait l'annulation du mariage valide de son frère, répondait : « Si Nous usurpions une autorité que nous n'avons pas, Nous nous rendrions coupables du plus abominable abus de Notre saint ministère, devant le tribunal de Dieu et l'Église tout entière » (Que Votre Majesté 26juin 1805).

Ceci posé, lorsque sainte Catherine parle d'obéissance et de désobéissance au Pape, elle parle clairement, comme saint Pierre, d' « obéissance » et de « désobéissance » aux ordres qui n'usurpent pas une autorité que le Pape a reçue du Christ, elle parle d'ordres qui ne s'opposent pas au droit divin naturel et positif, ce qui est possible même de la part d'un Pape qui, d'aventure, serait un « démon incarné ». Et si le Pape, en plus d'être personnellement « un démon incarné », donne aussi des ordres de « démon incarné », alors le fait qu'il soit le Pape ne suffit pas à « rassurer la conscience » de qui que ce soit.

L'obéissance, en effet, exige non seulement que l'Autorité soit légitime, mais que l'ordre donné soit lui aussi légitime (et c'est ici qu'apparaît l'inanité du sédévacantisme : si mon père me donne un mauvais ordre, il n'est pas nécessaire que je me donne le mal de prouver qu'il n'est pas réellement mon père, chose qu'il pourrait m'être impossible de démontrer : pour lui refuser l'obéissance, il me suffit que son ordre soit mauvais).

L'obéissance est une vertu morale, et non théologale. Et entre vertus théologales et vertus morales, il existe une différence fondamentale : dans les vertus théologales (foi, espérance, charité), il n'est pas possible de pécher par excès car, ces vertus ayant Dieu pour objet, plus l'on croit, plus l'on espère et plus l'on aime, mieux c'est; dans les vertus morales au contraire, on peut pécher par excès et par défaut. Dans le cas de l'obéissance, « on pèche par défaut en n'exécutant pas un ordre qui se trouve dans le domaine de compétence du Supérieur, c'est-à-dire un ordre légitime, dans ce cas il y a désobéissance » ; « on pèche par excès en obéissant dans des choses contraires à une loi et à un précepte supérieur; dans ce cas il y a servilité » (cf. Roberti Dictionnaire de théologie morale, éd. Studium). C'est pourquoi saint François de Sales écrit : « Beaucoup se sont grandement trompés [...] en croyant que l'obéissance consiste à faire à tort et à travers ce qui peut nous être commandé, même si c'était contre les commandements de Dieu et de l'Eglise; en quoi ils se trompent gravement [...] parce qu'en tout ce qui concerne les commandements de Dieu, les Supérieurs n'ayant aucun pouvoir de jamais donner un ordre contraire, les inférieurs n'ont jamais l'obligation d'obéir dans ce cas; au contraire, s'ils obéissaient, ils pécheraient » (Entretiens spirituels, chap. IX).

Donc, le devoir d'obéir présuppose toujours que l'ordre du Supérieur soit légitime. Autrement, il n'y a pas obéissance, mais péché contre l'obéissance. En parlant de l'obéissance parfaite, également appelée « aveugle », le père Pesch précise :

« Pour qu'il y ait un acte d'obéissance, il est nécessaire que le sujet voie deux choses :
1) celui qui commande est un supérieur compétent;
2) ce qu'il commande n'est pas un péché.
Pour assurer ces deux points l'obéissance doit voir, et ne peut donc pas être aveugle... En quel sens parle-t-on d'obéissance aveugle comme acte parfait d'obéissance ? En ce sens que, en ayant la certitude de la compétence du supérieur et de la licéité de l'ordre, nous excluons la prudence charnelle, qui rend odieux à l'homme ce qui va contre sa nature corrompue, et qui donc le pousse à chercher des raisons pour se soustraire aux ordres qu'il n'aime pas » (Praelectiones Dogmaticae, t. 9, éd. 1923 nn. 261 s.).

Il y a toutefois deux cas où l'on doit au Pape une obéissance véritablement « aveugle » : celui où il parle ex cathedra (magistère extraordinaire infaillible), et celui où il repropose ce que l'Église a toujours cru et enseigné (magistère ordinaire infaillible). L'obéissance « aveugle », en effet, présuppose une autorité infaillible (card. Billot De Ecclesia), et dans le premier cas le Pape jouit personnellement de l'infaillibilité promise à Pierre et à ses successeurs; dans le second cas, c'est son enseignement qui jouit de l'infaillibilité promise par Notre Seigneur Jésus-Christ à son Église en général. Par conséquent l'obéissance aveugle qui « ne discute pas l'intention ni ne pèse les raisons [...] est absolument nécessaire à l'égard de Dieu et du magistère infaillible de l'Église » (Encyclopédie Catholique, art. obéissance).

En dehors du Magistère infaillible, ce qui s'applique à tout supérieur s'applique à plus forte raison au Pape, étant donné ses très graves responsabilités, à savoir que ne jouissant pas dans ce cas du don de l'infaillibilité, il a le devoir de faire preuve de grande prudence, et les sujets, quant à eux, n'ont pas l'obligation de l'obéissance « aveugle », mais de l'obéissance qui peut et « doit voir » (pour parler comme le père Pesch) si le « sensus fidei » (qui n'est pas le « jugement privé » des luthériens) signale une opposition, non avec leurs propres opinions ou leurs propres goûts, mais avec ce que l'Église a constamment cru, enseigné et fait.

C'est ainsi que les Évêques allemands, après la définition de l'infaillibilité pontificale, purent en toute vérité répondre à Bismark que « l'Église catholique n'est certes pas une société dans laquelle on admet l'immoral et despotique principe qui veut que l'ordre du supérieur décharge inconditionnellement les sujets de toute responsabilité personnelle »; que même l'infaillibilité du Pape ne fait pas de lui « un souverain absolu », comme le prétendait le chancelier allemand, car « l'infaillibilité est une propriété qui se rapporte uniquement au magistère du Pape, ce qui coïncide précisément avec le domaine du magistère infaillible de l'Église en général, et qui est lié à ce qui est contenu dans l'Écriture Sainte et dans la Tradition, ainsi qu'aux définitions déjà données par le magistère ecclésiastique ».

Cette Déclaration collective des Evêques fut louée et approuvée par Pie IX qui la reprit à son compte, au nom de la Suprême Autorité Apostolique, si bien qu'elle figure dans le Denzlnger (DS 3115-3116).

À Gladstone, qui accusait les catholiques de ne pas pouvoir être des sujets loyaux de la Reine parce qu'ils devaient au Pape une obéissance « absolue » qui lui donnait « le droit de créer une conscience fausse pour ses fins » et de faire des catholiques autant d'« esclaves intellectuels et moraux », Newman répondit que le Pape ne revendique pas d'obéissance absolue, pas plus que les catholiques ne la lui prêtent, dans les choses licites et dans les choses illicites. A l'appui de sa sentence, il cita, parmi les docteurs de l'Église, saint Robert Bellarmin : « De même qu'il serait légitime de résister au Pape, s'il s'attaquait à un homme dans sa personne, de même il serait légitime de lui résister s'il attaquait les âmes, troublait les États, et bien plus s'il cherchait à détruire l'Église. Il est légitime, dis-je, de lui résister en ne faisant pas ce qu'il commande et en empêchant que l'on fasse sa volonté » (Newman Lettre au Duc de Norfolk; saint Robert Bellarmin, De romano Pontifice Il, 29).

Si nous devions interpréter les textes de sainte Catherine de Sienne dans le sens où notre lecteur les a compris, en s'en troublant (le démon sait y faire pour enlever la paix aux âmes de bonne volonté !), nous devrions alors dire qu'en dépit de l'enseignement de l'Église et des docteurs de l'Eglise, l'Eglise de Notre Seigneur Jésus-Christ est vraiment une société dans laquelle s'applique le principe immoral selon lequel l'ordre du Supérieur décharge inconditionnellement les sujets de toute responsabilité personnelle, ce qui est faux. Par conséquent, nous devons supposer — et l'histoire de ce temps nous le confirme — qu'il s'agissait de princes ou de gouvernants qui résistaient à des ordres légitimes du Pape, ou du moins des ordres qui ne sortaient pas de la légitimité, et justifiaient hypocritement cette résistance, comme il apparaît dans la lettre aux Siénois, par le prétexte de l'indignité personnelle du Pape et des autres Pasteurs de l'Église; c'est pourquoi sainte Catherine souligne qu'on leur doit obéissance « non pour leurs personnes, mais pour l'obéissance à Dieu, comme Vicaire du Christ ». Elle n'aurait pas écrit cela si l'obéissance requise par le Pape avait été contraire à Dieu et à la fonction de Vicaire du Christ.

Lorsque les ordres et les directives du Pape contredisent le droit naturel et positif, on doit obéissance à une autorité plus haute que le Pape, à Jésus-Christ Notre Seigneur lui-même, dont il est le Vicaire. Ce qui vaut pour toute autorité terrestre vaut alors aussi pour le Pape : « Lorsque... l'ordre est contraire à la raison, à la Loi éternelle, à l'autorité de Dieu, alors il devient un devoir de désobéir aux hommes pour obéir à Dieu » (Léon XIII Libertas Praestantissimum, n. 15).

En ce qui concerne la situation actuelle, nous nous limitons à quelques exemples :

1) Nous savons que Dieu veut que l'Évangile soit prêché à tous les hommes, car il n'y a pas de salut en dehors de Jésus-Christ et de son Église (Mc 16, 15-16), et c'est pourquoi l'Eglise a toujours été missionnaire.

L'oecuménisme d'aujourd'hui, au contraire, voudrait que nous embrassions l'idée qu'il n'est plus nécessaire de prêcher Jésus-Christ, ni que les peuples se fassent baptiser dans son Église; il taxe même de «prosélytisme » toute action missionnaire suivant le sillon de la Tradition. En effet, il suffirait aux musulmans, pour se sauver, d'être de bons musulmans (ce qui revient à nier la Trinité de Dieu, la divinité de Jésus-Christ, la réalité de son sacrifice pour les hommes...), il suffirait aux hindouistes d'être de bons hindouistes (ce qui signifie nier jusqu'à l'unité de Dieu) et ainsi de suite, de même pour les hérétiques et les schismatiques.

À qui donnerons-nous l'obéissance de notre intelligence : à Dieu, ou à des hommes d'Église qui trahissent Dieu et son Eglise? (Avec quel degré de responsabilité, ce n'est pas à nous d'en juger).

2) Le droit divin interdit aux fidèles d'avoir des rapports avec les infidèles, sauf dans le domaine matériel et en cas de nécessité (saint Paul « Haereticum hominem devita », « Evite l'hérétique » Tit. 3, 10 et saint Jean « Ne le saluez même pas » 2 Jean v. 10). C'est en effet un péché contre la foi d'exposer au danger sa propre foi (cf. Encyclopédie Catholique, art. foi).

L'oecuménisme d'aujourd'hui, au contraire, promeut les contacts à tous les niveaux, et même au niveau du culte et de la prédication (échange de chaire avec des infidèles en tous genres (hérétiques, schismatiques, idolâtres).

À qui devons-nous obéissance : à Dieu, ou à des hommes qui, bien qu'hommes d'Église, n'agissent pas en hommes d'Église ?

3) Notre Seigneur Jésus-Christ a fondé son Eglise sur l'unité de la Foi, racine et fondement de la vie chrétienne et de toute vertu, y compris la charité, parce qu'il est selon la nature même de l'homme que l'accord des volontés naisse de l'accord des esprits (cf. Léon XIII Satis Cognitum; Pie XI Mortalium Animos).

L'oecuménisme d'aujourd'hui nous dit au contraire que nous devons placer la « charité » comme fondement et mettre de côté (au moins) la foi, en embrassant l'idée de l'« unité dans la diversité » (diversité de foi, évidemment, car la diversité dans l'unité de la foi a toujours existé dans l'Eglise). À qui obéirons-nous : à Dieu ou aux hommes ? Et nous pourrions multiplier les exemples...

Nous savons — parce que notre Sainte Mère l'Église nous l'a toujours enseigné (et la raison droite nous le dit déjà par elle-même) — que « l'on doit obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes » (Actes 5, 29), même si ce sont des hommes d'Église, mais qui abusent de leur autorité. C'est donc la conscience tranquille que nous défendons notre foi et celle de nos frères contre le « nouveau courant » promu dans l'Église au nom d'un Concile présenté comme « pastoral », puis imposé comme « dogmatique », comme s'il était même le seul concile dogmatique, ou du moins supérieur à tous les autres, y compris celui de Nicée (Paul VI !), qui défendit contre Arius la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Que dirait aujourd'hui sainte Catherine ? Elle rappela à la vraie obéissance les vrais désobéissants, mais dans ses lettres, elle rappela aussi les Papes à leurs devoirs : « Je vous prie de faire courageusement ce que vous avez à faire, et avec crainte de Dieu » ; « Soyez un homme courageux, et non craintif » (à Grégoire XI). Et pourtant les faiblesses de ces Papes n'étaient en rien comparables avec les méfaits actuels de la hiérarchie. Et cela ne revient pas à s'arroger le doit de « juger » le Pape (ou les autres Pasteurs). Vitoria, grand théologien dominicain, écrit en effet, en reprenant Gaetano et d'autres théologiens « sûrs » de l'Église : « Nous affirmons tout cela [le droit de résister, même publiquement, au Pape qui démolit publiquement l'Église] non parce que l'on a le droit de juger le Pape ou que l'on a autorité sur lui [excepté Dieu, évidemment], mais parce qu'il est légitime de se défendre. En effet tout homme a le droit [même naturel] de résister à un acte injuste, de chercher à l'empêcher, de se défendre » (Vitoria Obras p. 487). À plus forte raison s'il s'agit de la foi.

Non, les princes et les gouvernants à qui écrivait sainte Catherine ne devaient pas, comme nous, choisir entre la Foi et une injuste « obéissance », entre la fidélité au Christ et une injuste « fidélité » à son Vicaire qui, ébloui par la chimère de l'oecuménisme, sort des limites de son autorité de Vicaire et expose la Foi, les âmes et l'Église à de grands dangers. Sinon sainte Catherine, en les exhortant à une fausse, injuste et catastrophique obéissance, les aurait exhortés à désobéir à Dieu pour obéir aux hommes.

  — Georgius —

(1) Boite Postale 156
     78001 Versailles Cedex



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