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FORUM ET DÉBATS

DROIT D'EXPRESSION

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Contribution : n° 6
Date : 13/07/1999
Nom : Le Chanoine Pierre Caillon et Jean Luc Vandeboum (France)
Sujet : La main du diable ne se voit pas. (par le Chanoine Pierre Caillon, 14 Août 1997)

« A partir de 1960, ce sera plus clair. » — Sœur Lucie.

LA MAIN DU DIABLE NE SE VOIT PAS

L'élection de Jean XXIII

Donc le Pape Pie XII est mort en Octobre 1958. Quand furent achevées ses funérailles solennelles, on procéda au Conclave pour élire son successeur.

Dans l'après-midi du 28 Octobre 1958, les séminaristes du grand séminaire de Sées, où j'étais alors professeur, apprirent, je ne sais comment, que l'on connaîtrait le nom du nouveau Pape aux environs de cinq heures du soir.

Vers quatre heures, une douzaine de séminaristes — ils étaient alors en soutane à cette époque — firent violemment irruption dans mon bureau en criant : « Mon Père, Monsieur le Supérieur nous permet de prendre votre poste de radio et de l'installer dans le réfectoire, car on va bientôt savoir le nom du nouveau Pape. »

Etant, entre autres, professeur de chant grégorien, j'avais un poste de radio surmonté d'un tourne-disques, pour faire entendre aux élèves des disques de chant grégorien.

Contre la force, pas de résistance. Quatre vigoureux séminaristes s'emparèrent de mon poste et le descendirent au réfectoire. Je leur recommandais d'aller doucement, car on sait bien que la jeunesse casse tout.

Bref, la communauté se retrouva bien vite au réfectoire autour de mon poste de radio, y compris le Père Supérieur. Il y avait même un aumônier national d'A.C.I. qui était venu se confesser au grand séminaire et qui avait l'habitude d'édicter son opinion avec une autorité suprême.

Vers 17 h 30, on entendit la fameuse déclaration « Habemus Papam » (Nous avons un Pape). Et l'on sut que le nouveau Pape était le Cardinal Roncalli, Patriarche de Venise, qui prenait le nom de Jean XXIII. Aussitôt, l'aumônier national d'A.C.I. fit une moue profonde du mépris le plus absolu. Pouah !!! Il paraît que ce Roncalli avait laissé un mauvais souvenir comme Nonce à Paris (1).

Moi, depuis mon enfance, j'avais toujours vu un Pape à la tête de l'Eglise. J'ignorais tout de Roncalli. Peu m'importait le nom du nouveau Pape.

L'annonce du Concile Vatican II.

      Presque trois mois s'écoulèrent.

On arrive ainsi au 25 Janvier 1959. Ce jour-là, le Pape Jean XXIII se rendit à Saint-Paul Hors les Murs pour célébrer la conversion de Saint Paul et il annonça qu'il y aurait un concile et que ce serait le Concile Vatican II.

Alors, les mêmes qui avaient affiché un tel mépris pour ce Roncalli portèrent aux nues le Pape Jean XXIII, parce qu'il venait d'annoncer un concile (2).

Un concile... Moi, comme étudiant en théologie et comme professeur de théologie, j'avais toujours baigné dans les conciles jusqu'au cou. A tout propos, il faut toujours citer un texte de concile. Pour moi, un concile ce serait un livre qu'il faudrait acheter chez le libraire et consulter quand on en aurait besoin.

Parfois, j'essayais de faire apprendre par cœur à mes élèves un beau texte conciliaire, un chef d'œuvre génial tiré d'un Père de l'Eglise. Mais j'avais beaucoup de mal à soulever l'enthousiasme.

D'où venait donc, dans mes élèves, cette fougue pour un concile qui ne s'était jamais réuni et dont personne ne pouvait deviner ce qu'il dirait? Les séminaristes étaient alors en soutane : leurs soutanes ne touchaient plus terre, elles volaient au plafond. D'où venait cet enthousiasme mystérieux ?

La retraite de Juillet 1962

Je l'ai compris en un clin d'œil, au début de Juillet 1962.

Le grand séminaire de Sées comportait 150 chambres. L'Evêque qui l'avait fait bâtir entre 1937 et 1940 s'appelait Monseigneur Pasquet. Nous étions alors 450 prêtres dans le diocèse de Sées. Monseigneur Pasquet exigeait que chaque prêtre fût présent à une retraite pastorale afin d'y entendre, en plus du prédicateur, les consignes de l'Evêque.

Il y avait donc, chaque été, pendant les vacances d'été, trois retraites pastorales: deux en Juillet, une en Septembre : 150 + 150 + 150 = 450.

Or, à la première retraite de Juillet 1962, il y avait non pas 150 prêtres comme d'habitude, mais 220. Je ne m'en suis aperçu que peu à peu, de la façon suivante. Tous les matins, je célébrais la messe dans la chapelle des sœurs qui s'occupaient du linge et de la cuisine. Après la messe, je traversais à nouveau la cuisine, je prenais le café et le lait sur le fourneau et je m'installais pour déjeuner au réfectoire où j'étais encore seul.

Alors, la petite religieuse qui s'occupait du réfectoire se mettait à tourner inlassablement autour de moi pour me poser la même question : "Le prédicateur de la retraite est-il donc si intéressant ? D'habitude, les prêtres sont 150... Cette fois-ci, ils sont 220... Et puis des grosses têtes, des grosses pièces, des gros calibres, des gros curés, des gros archiprêtres, des gros aumôniers, des gros personnages, des hommes importants. Préparer pour 150, c'est déjà beaucoup, mais pour 220, c'est énorme. Pourquoi sont-ils donc tous venus ? Le prédicateur est-il donc si célèbre ?"

Vraiment, je ne savais pas quoi répondre. Le prédicateur me semblait tout ordinaire.

La déclaration du vendredi matin

La lumière se fit le dernier jour de la retraite, c'est-à-dire le vendredi matin.

A 9 h 30, sermon du prédicateur.

A 10 h 30, fin du sermon. Chacun s'en va, non pas en silence, comme le prévoit la règle, mais en devisant bruyamment avec ses voisins.

A 11 h 30, tout le monde revient dans la grande salle des exercices pour le discours de Monseigneur l'Evêque, c'est-à-dire Monseigneur Pioger, docteur ès lettres, une fine mouche, ancien professeur de rhétorique et ancien Supérieur du collège Saint François de Sales d'Alençon, ancien Supérieur du grand séminaire de Sées, devenu Evêque sur place.

Ce matin-là, Monseigneur Pioger a fait un miracle : il a parlé une heure pour ne rien dire. Suivez bien mon regard.

J'ai appris par la suite que les Vicaires Généraux avaient préparé pour le pauvre Evêque un discours en trois points :

a) Le Concile, le Concile, le Concile,
le Concile, le Concile, le Concile,
le Concile, le Concile, le Concile...

Bref, nous allons entrer en période conciliaire et tout va devenir merveilleux. On va pouvoir innover.

b) Le monde moderne, le monde moderne, le monde moderne,
le monde moderne, le monde moderne, le monde moderne,
le monde moderne, le monde moderne, le monde moderne.

c) L'ouverture au monde, l'ouverture au monde, l'ouverture au monde,
l'ouverture au monde, l'ouverture au monde, l'ouverture au monde,
l'ouverture au monde, l'ouverture au monde, l'ouverture au monde.

Conclusion : mettez-vous en civil pour convertir le monde moderne.

Comme ce charabia déplaisait souverainement à Monseigneur Pioger, il s'arrangea pour emplir toute l'heure qui lui était allouée par un fourmillement de petites remarques, une multitude de petites choses où l'esprit le plus pénétrant ne pouvait découvrir aucun plan.

Alors sonna 12 h 30, l'heure du déjeuner. La pauvre sœur qui s'occupait du réfectoire fit tinter l'Angélus. Cela voulait dire : "Vos beaux discours, c'est très beau. Mais nous, nous avons préparé pour 220 personnes ... On ne peut réchauffer."

Alors, Monseigneur Pioger, en rhéteur accompli, fit sa chute oratoire : son discours se posa comme un avion se pose, en plusieurs fois. Les 220 curés commencèrent à remuer leurs chaises, non par impolitesse: tout indiquait que c'était fini.

Monseigneur Pioger, avec une finesse incroyable, souleva un petit doigt fort distingué. Il ajouta : « Mes chers amis, j'ai oublié un détail de rien. J'en ai pour une seconde. Si d'aventure, par impossible, dans une circonstance tout à fait extraordinaire et rigoureusement imprévisible, on en avait absolument besoin, on pourrait à la rigueur se mettre en clergyman ».

Un rire formidable secoua les murs du séminaire qui tremblèrent et faillirent s'écrouler. 220 curés habitués au chant et à la prédication, cela fait du bruit quand ça se met à hurler. S'ils étaient venus en masse, c'était donc pour entendre cette déclaration. Et je n'en savais rien.

La main du diable ne se voit pas.

L'abandon de la soutane, dès le samedi matin

Mais voici le plus beau.

La retraite pastorale se terminait le samedi matin. Pour l'oraison et la messe, les 220 curés étaient encore en soutane.

Mais, vers 8 heures au réfectoire, pour le petit déjeuner, ils étaient tous en civil.

En venant à la retraite, ils avaient apporté une tenue civile qu'ils avaient préparée avec le plus grand soin. Ils voulaient rentrer dans leur paroisse en civil, mais venant de la retraite pastorale, pour bien montrer à tous que, s'ils étaient en civil, ce n'était point du tout par caprice personnel, mais par ordre supérieur, dans une visée purement spirituelle, apostolique et pastorale, bref, pour convertir le monde moderne.

Inutile de préciser que le petit déjeuner se déroula dans un vacarme parfaitement diabolique.

L'un des jeunes prêtres, qui avait été mon élève, me mit son poing sous le nez et cria : « Cela vous embête, hein !, qu'on se mette en civil !!! ».

Je lui ai répondu : « Mon petit Gilbert, vous pouvez aller tout nu si vous le désirez, mais l'abandon de la soutane est un premier pas vers un clergé marié ».

Alors, ce petit Gilbert, qui devait devenir Vicaire Général, et qui est mort maintenant, me jura par tous ses grands dieux que jamais le problème du célibat ne serait soulevé, qu'il ne serait jamais question du mariage des prêtres : s'accrocher à la soutane, c'était s'opposer au Progrès avec un GRAND P.

Un autre jeune prêtre à qui je disais : « Mais vous êtes cinglé !!! » me répondit : « Non ! Nous nous mettons en civil pour emplir les séminaires et les églises ».

La suite

On sait ce qui est advenu. Ce que je viens de raconter se passait au début de Juillet 1962.

Le Concile Vatican II s'est ouvert le 11 Octobre 1962. Notre grand séminaire s'est fermé le 29 Juin 1963.

Tout le monde connaît la liste interminable des séminaires, grands et petits, qui se sont fermés à la même époque.

Rappelons que le texte du Concile Vatican II ordonne de porter l'habit. Les prêtres se sont mis en civil au nom d'un Concile qui demande de porter l'habit, au nom d'un Concile qui ne s'était pas encore réuni, au nom d'un Concile dont tout le monde parle, mais dont personne n'a jamais lu le texte.

Les prêtres en civil devaient emplir les séminaires et les églises. Mais, dans le département de l'Orne, depuis le Concile, la pratique religieuse s'est effondrée de 85 %.

Signalons, au passage, que certaines gens, qui donnaient largement au denier du culte pour des prêtres en soutane, hésitent à donner pour les prêtres en civil. Les finances diocésaines ont baissé. On invente donc la péréquation, c'est-à-dire qu'on essaie de voir s'il n'y aurait point quelqu'un qui ait quelques sous pour donner là où on en manque.

Se mettre en civil ne devait pas amener au mariage des prêtres. Hélas, dans l'Orne, une quarantaine de prêtres se sont mariés. À la table du grand séminaire de Sées, nous étions huit professeurs, trois sur huit se sont mariés, ce n'est pas tout à fait la moitié, mais enfin.

Dans le monde, plusieurs milliers de prêtres se sont mariés à l'occasion du Concile.

Personne ne pouvait prévoir que l'effet immédiat du Concile serait de provoquer la fermeture des séminaires, grands et petits, l'affaissement de la pratique religieuse, et l'effondrement de la morale familiale. On raconte que ce serait en cela que consisterait le troisième Secret de Fatima.

Mais heureusement, "A la fin, mon Cœur Immaculé triomphera"

Pour terminer sur une note d'espoir, disons que j'ai vu naître depuis 25 ans des ordres religieux nouveaux qui ont du recrutement, qui sont en habit, et qui tiennent des paroisses où ils attirent du monde.

La sagesse semblerait indiquer qu'il faut les accueillir dans les diocèses où l'on recherche du personnel qualifié.

Que la Divine Providence, ineffable et infaillible, daigne accomplir ce grand miracle.

Chanoine Pierre Caillon, 14 Août 1997.

PS : Je serais reconnaissant au savant qui pourrait me dire qui a fait passer le mot d'ordre de venir en masse à cette première retraite de Juillet 1962 et d'y apporter soigneusement une tenue civile.
        Mais... la main du diable est invisible.
Et puis, se mettre en civil fut considéré comme une conquête sociale. Le progrès social se doit d'être irréversible.

————————
(1) « Quand on a vu arriver cet homme, on a craint le pire, c'est vrai » se souvient Jacques Noyer, aujourd'hui évêque d'Amiens. « Trop diplomate, il n'abordait pas les choses en profondeur ». On trouve ce témoignage dans un article de René Lechon intitulé : « Jean XXIII, les gestes et les paroles d'un Saint » paru dans "Messages" de Juillet-Août 1999, pages 28 à 29. Jacques Noyer a été surnommé "L'évêque au panache blanc" dans "Le Trombinoscope des Evêques", Editions Golias (1997), pages pages 23 à 26, qui lui a attribué la note maximale de 5 mitres.

(2) « Très vite, le nouveau Pontife... qui soutient une ligne plus "douce" faite de miséricorde que de condamnation... et qui pense que les temps modernes ne sont pas liés automatiquement aux catastrophes... lance un pavé dans la mare en annonçant la convocation d'un concile : « Ouvrez grand les fenêtres » suggère le petit pape à un monde étonné qui immédiatement l'adopte. Après quatre siècles de repli sur elle-même, dit l'historien Alberigo, l'Eglise prend une autre orientation ». Même source que (1).

~~~~~~~

Un complot ?

Le récit du Père Caillon est celui d'un témoin qui, à l'époque où il a écrit son texte (35 ans après), ignorait que, de notre côté, nous avions trouvé l'information suivante :

« 28 Juin 1962 :

Les prêtres parisiens sont les premiers à abandonner la soutane et à adopter le costume des pasteurs anglicans.

Rapidement, les curés des régions font de même. »

Cet entrefilet se trouve à la page 20 du numéro hors série du quotidien français "Ouest-France" de 1997 intitulé : "Les années 60. La vie quotidienne de 1960 à 1969", 80 pages.

Lorsqu'on fait le rapprochement de ce témoignage et de cette information, on peut donc légitimement se poser la question de savoir s'il n'y a pas eu un complot visant à l'abandon de la soutane, c'est-à-dire visant, en fait, à refuser le principe de "création-séparation" qui, dans l'histoire du Salut, a toujours été porteur de progrès spirituel.

Cela m'amène donc à porter un autre regard sur les années soixante que celui enthousiaste de l'opinion dominante.

Car Jean XXIII, ce "Saint" déjà canonisé par les media, a bel et bien dit "non", par trois fois, à la géopolitique voulue par Dieu pour le XXème siècle, telle qu'elle ressort des apparitions de Fatima (1917), de Pontevedra (1925), et de Tuy (1929) :

1°) Il a refusé de divulguer le "Troisième Secret de Fatima", le 8 Février 1960.

2°) Il a préféré accueillir les observateurs orthodoxes, le 13 Octobre 1962, lors de la première séance solennelle du Concile Vatican II, plutôt que Notre-Dame de Fatima, suite aux "Accords secrets verbaux de 1962" passés avec Moscou.

3°) Il n'a pas autorisé la pratique de la dévotion réparatrice des premiers samedis du mois.

Et, pourtant, Vatican II constituait une opportunité providentielle due à la Miséricorde Divine pour faire avancer les affaires du Ciel et nous offrir cette "(véritable) nouvelle Pentecôte" consistant en le triomphe du Cœur Immaculé de Marie. Aussi et hélas, ce fut l'inverse qui arriva, à savoir "une désorientation diabolique" qui s'est caractérisée, à partir de 1964, par une avalanche de cassures et de ruptures comme jamais l'histoire de l'humanité n'en avait connues, suite à "l'ouverture du puits de l'abîme" (Ap 9, 1-3) comme indiqué dans le "Secret de la Salette".

Jean Luc Vandeboum
(13 Juillet 1999).

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